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Ma Plume Fée dans Paris

Ma Plume Fée dans Paris

Une passionnée d'écriture qui explore les chemins de Paris et d'ailleurs...

Publié le par maplumefee
Publié dans : #arbre, #carnet, #ecriture, #mots, #papier

 

 

Velours et spasmes d'écriture

Je réponds à l'invitation de Sophie qui a fêté l'anniversaire de son blog « Sur des Ailes de Papier » et proposé à ses amies de se « définir » à travers quelques objets familiers.

 

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Ce qui me caractérise le plus: Incontestablement les carnets et les stylos que je collectionne depuis l'enfance et que j'utilise de manière passionnée voire compulsive! Il m'arrive très souvent de m'endormir un carnet à la main et de glisser des petits bouts de papier sous mon oreiller. Je ne vous montrerai qu'une partie de mes « trésors » mais vous comprendrez aisément pourquoi mon mari m'a donné, entre autres surnoms facétieux, celui de « mange-papier »...

 

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       Le Parchemin

 Dans le feu et la glace

Veinés de passion pure

Mes secrets s'entrelacent

Ma plume s'aventure

 

En syllabes de soie

Entre jeu et morsure

Papillonnent mes doigts

Sur ta peau d'écriture

 

Je glisse au fil des mondes

Un parfum me capture

M'emporte dans sa ronde

Entre clair et obscur

 

Mots de fièvre et de vent

Brodés sur l'encolure

De ce rêve troublant

A fleur de signature

 

Muse aux lèvres d'argent

Mes désirs sont diaprures

Grimoire des amants

Contre toute censure...

 

                       Cendrine

 

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Caresser le papier, matière puissamment sensuelle, c'est s'ouvrir à un florilège d'émotions qui deviennent flammes créatrices. Dans l'écriture il y a la partie brute, instinctive, « veinée de passion pure » et le travail d'orfèvre, l'art de ciseler encore et encore la matière sauvage en tenant compte des caprices des mots, de leurs mélodies changeantes, de leur folie passagère...

 

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Encres et flacons mystérieux, mues de papier et songes que j'effeuille...

 

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Dragon qui me contemple, gardien de mes secrets en feu.

 

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Larmes d'inspiration, que j'aime votre sillage doré!

 

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Quand mon écriture féline file sur des toits imaginaires, la passion m'emporte, à la brune, dans ses maraudes facétieuses, et les mots en fièvre sont pure délectation.

 

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Le début d'un poème, paysage de fascination où frissonne la magie de l'instant...

 

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Voici l'un de mes « duos » préférés: petit grimoire à la peau douce et stylo plume en bois de hêtre.

 Le hêtre, arbre de la connaissance écrite, est appelé « book-tree » dans les pays anglo-saxons. Cet « arbre à livres » est aussi celui des balais de sorcières (sachant que bien d'autres bois sont associés à la magie et à la sorcellerie), des rondes de fées et des créatures fantastiques. Arbre des runes, des voeux et des rêves, arbre des pouvoirs de l'écrit dont je vous reparlerai avec grand plaisir lorsque je publierai un article consacré aux vieux hêtres de Paris.

 

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Fée d'argent qui chevauche le rose poudré des fleurs de cerisier...

 

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Lion de jade talisman, confident miniature qui m'accompagne dans mes rêveries d'écriture.

 

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Petite kokeshi dans ses atours de Printemps.

 

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Belle d'hiver signée Alfons Mucha (1860-1939), artiste emblématique de l'Art Nouveau.

 

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J'associe ce carnet à des arômes de vanille, de cannelle et de chocolat chaud, sans oublier l'encens qui déploie ses volutes balsamiques dans ma bulle d'écriture...

 

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L'Améthyste de Mucha, énigmatique et rayonnante de sensualité... La couverture idéale pour une poésie « à fleur de peau ».

 

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L'Emeraude et sa magie ophidienne...

 

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Outre les stylos et les carnets, je collectionne les tampons décoratifs.

 

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J'aime les carnets, les plumes, les stylos, les moirures de l'encre et le parfum des mots. J'aime aussi passionnément les livres. Je passe de longues heures devant l'ordinateur mais rien ne saurait remplacer le lien merveilleux qui unit mes doigts, mon coeur et mon esprit aux courbes du papier.

 

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Quand j'ouvre un de mes carnets, je songe très souvent à cette phrase de Jules Supervielle (1884-1960):

 

« Faire en sorte que l'ineffable nous devienne familier tout en gardant ses racines fabuleuses. »

 

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Le papier contient l'âme du bois et la mémoire magique des anciennes forêts. J'ai de nombreux carnets en papier recyclé. Je n'oublie jamais que les arbres nous offrent, outre leur sagesse et leur beauté, une matière précieuse.

 

Je vous remercie de votre fidélité, chers aminautes, et je vous envoie de gros bisous. Merci à Sophie pour sa gentillesse et pour sa belle idée. Joyeux « anniblog » et une myriade de caresses pour Norma, adorable féline qui vient de fêter ses un an!

 

Cendrine

 

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Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #ching, #loo, #pagode, #paris, #rue

Bonne fête maman, bonne fête à toutes les mamans...

Une pagode nommée désir...

 

La Pagode Loo

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A l'angle de la rue de Courcelles et de la rue Rembrandt, dans le 8e arrondissement de Paris, se dresse une fascinante maison rouge.

 

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A quelques encablures du Parc Monceau, elle apparaît, un brin mystérieuse parmi les immeubles haussmanniens. Est-elle décor de théâtre, temple ou rêve échoué dans la réalité? Quoi qu'il en soit, sa couleur, sa hauteur et son architecture inattendues attisent la curiosité des passants.

 

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Singulière sous le ciel de Paris, avec ses volumes élégants et sa peau « sang de boeuf » caressée par la lumière, la Pagode reflète la passion de son premier propriétaire, l'antiquaire Ching-Tsai Loo (1880-1957), pour les arts de l'Asie.

 

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Ce chinois ambitieux, originaire de la province méridionale du Zhejiang, s'établit à Paris au début du XXe siècle et devint le plus fameux spécialiste du commerce d'antiquités orientales que connut son époque.

 

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(Photographie Chine-informations.com. )

 

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Il acquit en 1922, rue de Courcelles, un hôtel particulier où se mêlaient styles Louis-Philippe et Napoléon III (visible à gauche sur la photographie ancienne). Il voulait y installer ses collections mais comme il trouvait le bâtiment trop petit, il fit construire, entre 1926 et 1928, une maison rouge en forme de pagode par l'architecte François Bloch. L'écrivain Marcel Proust (1871-1922) a vécu dans l'immeuble situé en face de cet élégant manoir.

 

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Le nouvel édifice, d'une superficie de 800 m2, séduisit par son charme insolite les habitants des luxueuses propriétés de la Plaine Monceau. Il rayonna sur un quartier qui s'était considérablement transformé sous l’impulsion du Baron Haussmann.

 

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Parmi les richissimes demeures de mécènes et de collectionneurs, à l'instar des Camondo, des Menier, des André ou des Rothschild, la maison Loo devint un haut lieu d'échanges artistiques et commerciaux.

 

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Grâce à Ching-Tsai Loo, de prestigieux cabinets de curiosités privés se constituèrent et plusieurs musées d'art asiatiques, comme le musée Guimet à Paris, le British Museum à Londres et le Metropolitan Museum à New York, enrichirent considérablement leurs collections.

 

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Ce roman décrit le parcours d'un jeune homme appelé Huan Wen, issu d'une famille de paysans « totalement dépourvue de culture savante » et devenu cuisinier au service de Zhang Jinjiang, troisième conseiller à l'ambassade de Chine à Paris. Après son arrivée dans la capitale en 1902, Huan s'imposa comme l'homme de confiance du puissant dignitaire. Il allait réceptionner à la Douane des marchandises précieuses (thé, soie, laques fines, antiquités) pour approvisionner le magasin que Zhang Jinjiang avait ouvert Place de la Madeleine.

Rusé, tenace et brillant d'intelligence, il ouvrit en 1908 sa première galerie rue Taitbout, dans le 9e arrondissement de Paris et prit le nom de Ching Tsai Loo. En Orient comme en Occident, il s'imposa dans le monde des arts grâce à un réseau de clients fidèles et de riches associés.

Chaque année, à la différence de ses concurrents, il se rendait en Chine par le Transsibérien et collectait des objets magnifiques grâce aux solides appuis dont il bénéficiait dans le gouvernement de Sun Yat-Sen, suite à la proclamation de la République chinoise en octobre 1911.

Pendant l'hiver 1914, dans un train qui se dirigeait vers New York, il fit la connaissance de Charles Lang Freer, richissime fabricant de voitures et collectionneur d'antiquités chinoises. Après cette rencontre déterminante, il ouvrit un magasin d'objets d'art asiatiques sur la Cinquième Avenue à New York et côtoya les plus importants collectionneurs de son époque: les Rockefeller, les Morgan, les Vanderbilt...

 

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(Image PagodaParis)

Ce personnage complexe fut honoré en Occident mais désavoué dans son pays après la Révolution de 1949 et l'instauration de la République populaire de Mao Zedong. Ses associés furent assassinés. On l'accusa d'avoir pillé les trésors nationaux et il échappa de peu à un sort funeste.

Il revint en France et développa des relations amicales avec les conservateurs des musées du monde entier. Grand philanthrope, il offrit de nombreuses oeuvres au British Museum de Londres, au Nelson-Atkins Museum of Arts de Kansas City, au Museum of Fine Arts de Boston et surtout au musée Guimet de Paris auquel il légua, en 1957, sa collection de jades antiques.

 

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(Éloge de l'Art.com)

Ce masque figurant une tête de jaguar date de la dynastie Zhou (1027-770 avant J.-C.).

 

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 Dans un subtil jeu de courbes et de contre-courbes, deux dragons Zhi affrontés forment les anses de cette petite tasse d'époque Ming (1368-1644), conservée au musée Guimet. Son traitement fluide est magnifié par la translucidité de la matière: un jade vert d'eau légèrement veiné de brun. Elle constituait une pièce de choix pour des cabinets de lettrés.

 D'autres pièces sont tout aussi remarquables...

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 Cette tête, offerte en 1920 au musée Cernuschi par Ching-Tsai Loo, représente un pratyeka buddha, identifiable par son chignon «en colimaçon». Un pratyeka buddha est un Éveillé qui occupe une place intermédiaire entre les buddhas et les bodhisattvas.

 « Le terme sanskrit bodhisattva désigne des êtres (sattva), humains ou divins, qui ont atteint l'état d'éveil (bodhi). Ils devraient donc porter logiquement le nom de buddha (« éveillé ») et être à jamais libérés des contingences existentielles. Mais le bouddhisme enseigne que certains buddhas suspendent, par compassion pour leurs semblables, leur entrée dans le nirvana et veillent sur les hommes à la façon des anges gardiens. » (Définition Encyclopédia Universalis).

 Buddha «L'Éveillé» désigne toute personne libérée des contraintes de son corps, étant ainsi parvenue à un état supérieur d'élévation spirituelle ; terme faisant souvent référence à un prince vivant en Inde au VIe siècle avant notre ère : Siddharta Gautama dit «le Bouddha».

 

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 Très appréciée pour la luxuriance de son décor intérieur, la Pagode de la rue de Courcelles abrita, pendant plusieurs décennies, la galerie C.T. Loo&Cie qui se rendit célèbre en fabriquant, sur commande, des meubles vernis de laque craquelée. La galerie s’est installée, en juin 2011, dans le 7ème arrondissement de Paris.

 

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A l'époque de monsieur Loo, la Pagode constituait un écrin pour des objets d'un raffinement extrême: lits à opium, porcelaines impériales, panneaux laqués, boiseries indiennes importées du Rajâsthan au XVIIIe siècle, plafond à caissons, chaises de lettrés, jades, tête de Bouddha du Gandhâra...

 

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Une porte de lune permettait de découvrir un cabinet de curiosités, des murs lambrissés et des paravents somptueux.

 

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Cette maison d'antiquités a été tenue par le petit-fils de Monsieur Loo, Michel Cardosi, mais, trop endommagée par les griffes du temps, elle a dû subir une importante réfection.

 

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Après deux ans de travaux, elle a rouvert ses portes au public le 12 Octobre 2012. Elle est désormais destinée à accueillir des expositions, des évènements culturels et des ventes d’art asiatique. Les visiteurs pourront également découvrir la bibliothèque privée de Ching Tsai Loo, un lieu exceptionnel qui abrite plus de 2000 livres, 3000 catalogues d’art, 3000 photographies et la correspondance de l'ancien maître des lieux.

 

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Les canards mandarins, symboles d'amour et de fidélité. (Image PagodaParis)

 

Année après année, la Pagode a attiré les collectionneurs et les artistes, venus y nourrir leur imagination.

 

Janine Loo, la quatrième fille de monsieur Loo, prit en 1947, à la demande de son père la direction de la Pagode. Née dans un train, en 1920, entre Poitiers et Angoulême, la jeune femme avait hérité la passion de sa famille pour l'art et les voyages. Elle épousa le poète et journaliste Pierre Emmanuel (1916-1984), en 1952 et se lia d'amitié avec le psychiatre et psychanalyste Jacques Lacan (1901-1981).

 

Après une labyrinthite (inflammation de l'oreille interne) suivie de crises de mélancolie, Janine Loo se mit à dessiner ce qui lui venait à l'esprit sur des morceaux de papier épars. Puis elle accola ses créations et élabora des historiettes à travers un « itinéraire inconscient ». Naquirent deux bandes dessinées intitulées Mon ami le séducteur et Les petits dépressifs.

 

Elle demanda son avis à Jacques Lacan qui ajouta « pour s'amuser » des commentaires sous ses créations. Cette rencontre amicale et littéraire engendra l'ouvrage Entrelacs. Les deux amis ne manquaient pas de faire remarquer qu'ils avaient les mêmes initiales...

 

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L'écrivain Patrick Modiano, né en 1945 et gratifié du Prix Goncourt en 1978 pour Rue des boutiques obscures, écrivit ses premiers romans avec « vue sur la Pagode ». Celle-ci apparaît sur la couverture de son roman Quartier Perdu dont je vous livre quelques mots en avant-bouche, sans trop dévoiler les subtilités de l'intrigue...

 

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« Un dimanche de juillet, Ambrose Guise arrive à Paris. Il ne trouve personne. Sauf les statues. Une ville fantôme, lui semble-t-il, après un bombardement et l'exode de ses habitants. Auteur de romans policiers anglais, il vient rencontrer son éditeur japonais. Mais il va profiter de ce voyage pour élucider les mystères de son passé, du temps où il était français et s'appelait Jean Dekker, il y a vingt ans. Il fait alors surgir dans un Paris crépusculaire, halluciné, des lieux étranges : une chambre secrète rue de Courcelles, en face d'une pagode ; un grand rez-de-chaussée donnant sur un jardin, place de l'Alma. Il réveille les spectres de Georges Maillot, au volant de sa voiture blanche, de Carmen Blin, Ghita Wattier, des Hayward... Tout un quartier perdu de la mémoire est ainsi revisité, et délivre le secret de ses charmes, et de ses sortilèges. »

 

L'architecture de la Pagode

 

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Cette envoûtante demeure domine, de ses quatre étages, la place Gérard Oury, appelée autrefois place du Pérou. Ses toits et ses auvents aux extrémités courbes, ses tuiles vernissées et son décor raffiné font voyager le regard vers des cimes de poésie. Le toit terrasse du petit pavillon qui lui est adossé est accessible par un passage dérobé.

 

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Afin de tamiser la lumière, de fines grilles dessinent un maillage géométrique sur chacune des fenêtres.

 

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On aperçoit au premier étage, derrière les fines colonnes qui rythment la façade, un petit balcon où se retrouvaient autrefois les collectionneurs venus rendre visite à Ching Tsai Loo. Une fois par an, le célèbre marchand organisait dans son « palais des arts » de fastueuses fêtes mondaines, prisées du tout-Paris et de ses clients internationaux.

 

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Au-dessus de l'élégant portail en bois précieux, s'étire une frise de créatures fantastiques et de part et d'autre du linteau, marqué du nom du propriétaire, combattent des animaux fabuleux.

 

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Dominant l'entrée et son toit aux extrémités recourbées, des créatures aux lignes ondulantes s'appliquent à repousser les esprits néfastes qui voudraient s'introduire dans le bâtiment.

 

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Cette fonction est aussi dévolue aux tuiles faîtières qui arborent un décor raffiné tout en assurant la cohésion des parties supérieures de l'édifice. Réputées protéger la demeure contre les incendies et contrer les êtres malveillants, elles représentent des monstres aquatiques pourvus d'une queue relevée en forme de point d'interrogation.

 

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Ces créatures sont appelées « Chiwei » ou « queue de hibou ». D'après une très ancienne légende, un poisson mythique qui ressemblait à un gros hibou pouvait éteindre les incendies en « levant les flots ». Il fut placé, de manière stylisée, en bordure des toits et remplacé par un dragon sous la dynastie Qing (1644-1912).

 

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Certains auteurs comparent les créatures dressées au sommet du porche d'entrée à des mingqis, objets funéraires très répandus dans les sépultures de la Chine antique, mais il s'agit plus vraisemblablement de kuilongzi, personnages qui avancent, en file indienne, sur le rebord des avant-toits des temples et des pagodes.

 

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L'ornementation des bords du toit est une constante dans l'architecture chinoise. Les tuiles faîtières en grès, revêtues de glaçures plombifères, et les petits personnages juchés au sommet des habitations ont des vertus magiques et protectrices. Ils jouent aussi le rôle de messagers et d'intercesseurs entre le monde humain et celui des génies, des ancêtres et des dieux.

 

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Emblème funéraire, symbole de vigilance et de régénération, le poisson apparaît sur les poteries néolithiques. Lors des fêtes printanières, des petits poissons en céramique étaient posés près des cours d'eau pour marquer les passages entre les mondes et signifier la présence des âmes des Ancêtres.

 

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Dans la Chine ancienne, le poisson (yü) était un symbole de richesse, de bonheur et d'abondance, un protecteur et un gardien des plaisirs régnant sur « les jeux érotiques des nuages et de la pluie. »

 Il favorise la réussite et l'harmonie entre les époux. Il saisit le mal dans sa gueule, nous rappelant qu'il descend d'une monstrueuse créature primordiale née dans les abysses aquatiques.

 Monsieur Loo connut sans conteste le succès professionnel mais il fit de nombreuses entorses à son « contrat conjugal »...

 

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Célébré le sixième jour de la première lune de l'année, le cheval incarne le mélange harmonieux du yin et du yang. Il est aussi l'Étoile, l'animal héraldique de la 25ème constellation zodiacale.

 Symbole de vitesse, de rapidité et de longévité, il est la monture des Immortels et celle du mythique Empereur Jaune. L'Ancêtre des Chevaux est un puissant génie protecteur.

 

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Esprit du Vent, messager des Écritures Sacrées, le cheval tisse les mots dans sa course. Il a des ancêtres communs avec le ver à soie.

 Avant le Nouvel An, on offrait au Dieu du Foyer un cheval en céramique ou en papier pour que les voeux voyagent en toute aisance vers le ciel.

 Le cheval représente aussi la réussite professionnelle.

 

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Les bêtes écailleuses éloignent les êtres malfaisants et la mauvaise fortune, à l'instar des oiseaux dont les chants mélodieux engendrent la félicité.

 

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Ching Tsai Loo avait coutume de dire « L'art ne devrait avoir aucune frontière et devrait, au contraire, être une source de joie pour les peuples à travers le monde ». Il aimait particulièrement les mots du poète Victor Segalen, infatigable voyageur et grand amoureux des trésors de la Chine. En 1916, dans le recueil Peintures, Segalen décrit un cortège de chevaux qui s'étire dans la paysage en transportant des objets anciens.

 « C'est donc un défilé horizontal de choses précieuses, venant de par toute la terre, marchant vers le même but pour se composer en un même lieu, aux pieds de quelqu'un ».

 Ce « quelqu'un » était un homme à la vie romanesque dont le souvenir perdure à travers un édifice remarquable, un rêve de collectionneur que je vous invite à visiter...

 

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Mythique Immortel, Gardien du porche et Chasseur de Démons...

 

Bibliographie

 Alfred FIERRO: Histoire et mémoire du nom des rues de Paris. Parigramme, 1999. 

L'ouvrage de Géraldine LENAIN dont je vous ai précédemment parlé.

 Maurice L TOURNIER: L'imaginaire et la symbolique dans la Chine ancienne. L'Harmattan, 1991.

 

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Informations pratiques

 Adresse de la Pagode: 48, rue de Courcelles.

 Il faut emprunter la ligne 2 du métro et descendre à l'arrêt « Courcelles ».

Vous pouvez aussi traverser le Parc Monceau et rejoindre la rue Rembrandt. La Pagode se situe au bout de la rue, au croisement avec la rue de Courcelles.

 Pour connaître les prochaines expositions qui se dérouleront à la Pagode, vous pouvez vous rendre sur le site www.pagodaparis.com.

 Les amateurs d'antiquités orientales apprécieront de découvrir le Comptoir Français de l’Orient et de la Chine ou C.F.O.C. Il se situe de l’autre côté de la rue de Courcelles, à l’angle du boulevard Haussmann.

 Et bien sûr, des visites au Musée Cernuschi et au Musée Guimet ne pourront que susciter l'émerveillement...

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« Les objets d'art parcourent le monde tels des ambassadeurs silencieux. » Ching Tsai Loo, 1956.

 

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Merci pour vos visites et vos commentaires, sans oublier les mails et les courriers d'amitié que je reçois avec grand plaisir... Je pense à vous!

Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #coq, #fontaine, #hygie, #paris, #serpent

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Ami(e)s lectrices et lecteurs,

Je vous remercie pour votre gentillesse et votre fidélité. Retrouvant l'usage de ma connexion Internet, je prends connaissance de vos messages et de vos commentaires et je suis très touchée. Cette « panne » était due aux travaux du tramway de Sarcelles qui passera, dans quelques mois, en bas de ma rue.

Ravie de pouvoir « enfin » publier cet article, je vous souhaite une agréable flânerie dans un des plus vieux « bourgs » de Paris, près d'une fontaine remarquable par son histoire et la qualité de son décor.

 

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La Fontaine de Mars et Hygie ou Fontaine du Gros-Caillou

(Édition revue et augmentée de la Fontaine de Mars)

 

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Au numéro 129 de la rue Saint-Dominique, dans le 7e arrondissement de Paris, cette jolie fontaine s'élève au coeur d'une élégante petite place bordée d'arcades. Elle était autrefois située près de l'Hôpital Militaire du Gros-Caillou.

 

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Elle fut édifiée en 1806 sur les plans de François-Jean Bralle (1750-1831), ingénieur en chef des Ponts et Chaussées et maître d'oeuvre des travaux hydrauliques de la Ville de Paris. Le sculpteur, graveur et dessinateur Pierre-Nicolas Beauvallet (1750-1818) a réalisé son gracieux décor de facture néo-classique.

 

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Elle appartenait à un ensemble de quinze fontaines commandées par Napoléon Ier (1769-1821) dans le but d'assainir et de moderniser la capitale et fut inscrite au titre des Monuments Historiques par arrêté du 15 mai 1926.

 

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Elle se compose d'un édicule carré, souligné à chaque angle par un pilastre d'ordre dorique, et dévoile, face à la rue, une représentation de la déesse Hygie qui apporte ses soins au dieu Mars. La proximité du Champ de Mars et la position stratégique de l'Hôpital Militaire du Gros Caillou, édifié vers 1759 et démoli en 1899, ont déterminé le choix de l'iconographie.

 

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Des vases ornés de scènes mythologiques décorent les faces latérales.

 

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La fontaine est « gardée », à ses points cardinaux, par de belles représentations de dragons et de béliers marins qui veillent à la bonne circulation des eaux de la ville.

 

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Ces créatures symbolisent l'énergie qui serpente, sous forme liquide, dans les entrailles de la terre.

 

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Elles évoquent les forces primitives de la Nature et les esprits familiers de l'eau, gardiens de l'élément source de la vie.

 

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Trois mascarons de bronze versent, dans des bassins en forme de demi-lune, l'eau qui provenait autrefois de la pompe du Gros-Caillou. Les chevaux de la garde napoléonienne venaient s'y abreuver.

 

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Un seul mascaron est en activité et un des bassins a été « végétalisé ».

 

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Au pied de la fontaine, rebaptisée fontaine de Neptune lors de la crue de 1910, une plaque émaillée signale le niveau atteint par les eaux de la Seine.

 

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Le lit du fleuve se situe à environ 576 mètres.

 

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D'après l'historien et archéologue Amaury Duval (1760-1838): « Le nom de Gros-Caillou, que porte aujourd'hui le faubourg, lui vient (…) de l'enseigne qu'avait prise une maison de débauche placée auprès d'un rocher. C'est au lieu où existait cette pierre et cette maison, qu'a été construite, dans le dernier siècle, l'église dite du Gros-Caillou, comme succursale de Saint-Sulpice. »

 

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Vous pouvez lire l'histoire du bourg, de l'église, de la pompe et du port du Gros-Caillou dans mon article intitulé Les gourmandises de la rue Cler.

 

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Érigée en 1859 autour de la fontaine, la place bordée d'arcades s'inspire des loggias de la Renaissance italienne.

 

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Construite à l'emplacement d'un « hémicycle de peupliers », elle est bordée par de majestueux édifices.

 

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Cet élégant travail de ferronnerie anime une façade néo-classique, oeuvre de l'architecte Ferdinand Bal.

 

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Entre 1883 et 1885, Ferdinand Bal érigea l'immeuble du 142, rue Montmartre, dans le 2e arrondissement de Paris, pour le journal La France, futur siège de l'Aurore. Je consacrerai un article à ce monument et à sa célèbre façade décorée de cariatides et d'atlantes, oeuvre des sculpteurs Louis Lefèvre et Ernest Hiolle.

 

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C'est à cet endroit que fut publié le texte « J'accuse », écrit par Émile Zola pour défendre l'innocence du Capitaine Dreyfus.

 

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Mais revenons à la fontaine et à ses divinités.

 

Mars et Hygie

 

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Dans la Grèce antique, Hygie était la fille d'Asclépios, le dieu de la médecine, et de la nymphe Épione ou Épioné, appelée « celle qui soulage les maux ». Soeur de Panacée, elle protégeait la santé des humains et des animaux et veillait à la propreté et à la bonne distribution des soins. De son nom dérive le mot « hygiène ».

 

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Invoquée pour prévenir les maladies et apaiser la douleur, elle était associée à des cultes lunaires.

 

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Hygie et le serpent sacré, huile sur toile de Pierre Paul Rubens (1577-1640) appartenant aux collections du château de Nelahozeves, en République Tchèque.

 

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La déesse tient une coupe ou bol médicinal (patera) contenant le remède qu'elle offre au dieu Mars. Un serpent, emblème de purification, de connaissance et de vigilance, s'enroule autour de son bras. Dans de nombreux pays, les pharmaciens utilisent la coupe d'Hygie comme emblème alors que le caducée est associé aux médecins.

 

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La coupe d'Hygie (photo Rafax).

 

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Un caducée photographié dans les rues de Paris.

 

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Gardienne des sources, des torrents et des fontaines, Hygie apporte à ses « enfants » les bienfaits de l'eau thermale aux vertus purificatrices. A Saint-Martin d'Uriage, en Isère, le sculpteur grenoblois Pierre-Victor Sappey (1801-1856) l'a représentée, sensuelle, dans la blancheur marmoréenne de la pierre de Sassenage. (Photos Uriage-les-bains.com)

 

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Mère des eaux vives et des plantes médicinales...

 

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Un serpent s'enroule autour de sa coupe, posée sur un autel entouré par des coqs.

 

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A Pittsburgh, en Pennsylvanie, Hygie couronne le World War Memorial de Schenley Park. (Photo Daderot). Sculptée en 1922 par Giuseppe Moretti, elle brandit une torche et soutient le caducée du dieu Mercure.

 

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En 1955, le sculpteur Armand Filion (1910-1983) la représente, dans un style post Art Déco, à l'Hôpital Général de Montréal. (Photo natureculture.org).

 

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Sous le pinceau de Gustav Klimt (1862-1918), l'un des maîtres de l'Âge d'Or autrichien, Hygie revêt des atours de prêtresse et de magicienne. Contemporain de Freud, de Schiele et de Mahler, Klimt ouvrit la voie de la Sécession Viennoise, route mystique vers la modernité.

 

Cette reproduction d'Hygie est tout ce qui subsiste des trois peintures exécutées par l'artiste pour l'université de Vienne, soit la Médecine, la Philosophie et la Jurisprudence, détruites dans l'incendie du château Immendorf, brûlé en 1945 par les Nazis.

 

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Sur le panneau central de la fontaine du Gros-Caillou, Hygie incarne la toute puissance des herbes médicinales, la connaissance des remèdes et la bienveillance des dieux envers l'humanité.

 

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Mars est figuré dans la nudité antique du guerrier mais il arbore une moustache et d'impressionnants favoris, à l'instar des grognards de la première Grande Armée.

 

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Appuyé contre un bouclier, il est accompagné d'un coq au plastron fièrement bombé.

 

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Le coq est un oiseau totem profondément enraciné dans notre folklore.

 

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Emblème solaire depuis l'Antiquité, il annonce, par son cri si caractéristique, la venue du jour. Représenté sur les boucliers, les stèles, les plaques d'autel et les camées, il était considéré comme un puissant protecteur contre les démons de la nuit.

 

Gardien des forces de lumière, il accompagne plusieurs divinités:

  • Mars, le dieu de la guerre et des caprices de la météorologie.
  • Asclépios, le dieu de la médecine, destructeur des miasmes et victorieux contre les maladies.
  • Apollon/Belenos dit « le brillant » qui préside au lever du jour.
  • Lug/Mercure et sa parèdre gauloise Rosmerta, déesse de la fécondité...

 

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Drachme de Chalcidie, vers 500 avant J.-C. (Sacra moneta.fr)

 

Ciselé sur des monnaies de Grèce et d'Asie Mineure, le coq peut apparaître auréolé de flammes ou juché sur une spirale qui évoque la course du soleil. Force de résurrection, il est sculpté sur des pierres tombales irlandaises et sur une magnifique série de sarcophages conservés dans la basilique Saint-Jean-de-Latran à Rome où il se tient près des figures du Christ et de l'apôtre Pierre.

 

D'après la croyance populaire, il éloignait les épidémies grâce à son sang, apaisait la fièvre et décelait l'emplacement des plantes médicinales les plus efficaces. Il favorisait la cicatrisation des blessures. Son regard hypnotisait les malades et guérissait les problèmes oculaires.

 

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Le coq et la perle par Philibert Léon Couturier (1823-1901).

 

Des troupeaux de coqs sacrés vivaient dans les sanctuaires d'Asclépios où ils symbolisaient les pouvoirs mêlés de la lumière et de l'hypnose, les vertus des racines et des herbes et l'exploration des rêves.

 

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Des pratiques de médecine populaire médiévale liées au coq ont subsisté dans plusieurs régions de France jusqu'au XIXe siècle. Un collyre à base de miel et de sang de coq était réputé apaiser les douleurs oculaires. La crête sanguinolente du coq était utilisée en cas de douleurs dentaires. On appliquait sur les morsures de serpent un coq ouvert en deux pour détruire les effets du venin et purifier les chairs.

 

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(Forge-salers.com)

 

Sentinelle dressée au sommet des tours et des clochers, le coq barre la route aux puissances infernales et aux démons de la météorologie. Doté d'une nature farouche et belliqueuse, il est celui qui ressuscite l'aurore après la nuit. Il chante au point du jour, annonçant l'achèvement de l'Oeuvre Alchimique. Il est « l'Helios ixis », « celui qui arrive au soleil », gardien de l'Élixir, « l'eau d'or » ou « or de l'aura », né dans l'athanor de la Nuit...

 

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Basilic en Croatie (Photo de Georges Jansoone).

 

Il repousse le terrifiant basilic né, selon les bestiaires médiévaux, d'un oeuf de coq couvé par un crapaud. Cette créature maléfique, dont le nom signifie « petit roi », est dotée d'une tête et d'ergots de coq, d'une queue de serpent formant une sorte de dard et d'une paire d'ailes de dragon ou de chauve-souris. A l'instar de la gorgone, le basilic darde sur ses proies un regard qui les pétrifie. Pour le détruire, il faut lui renvoyer son image à l'aide d'un miroir. De nombreux basilics figurent sur les chapiteaux des églises et des abbayes romanes.

 

Mais le basilic est aussi une représentation de la dialectique. Héritée de l'Antiquité, la dialectique est l'une des sept sciences médiévales composant le cursus des Arts Libéraux. Elle unit la subtilité linguistique du serpent et l'intelligence lumineuse du coq.

 

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(Franc marianne coq.fr)

 

Emblème de vaillance et de fierté, le coq est considéré comme un protecteur de la Nation. On le trouve sur le Napoléon or frappé de 1899 à 1914 et appelé « Cérès », « Nap », « Louis », « Coq » ou « Marianne ».

 

Il figure sur de nombreux monuments aux morts et sur l'insigne des maires de France, suite à un décret du 22 novembre 1951.

 

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Monument aux morts de Sarcelles Village, dans le Val d'Oise.

 

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Mascotte de plusieurs clubs sportifs et de diverses fédérations, le coq est aussi le logo de la société de cinéma française Pathé pour laquelle il fut créé en 1905.

 

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Les frères Pathé et le coq sur une affiche signée Adrien Barrère (1877-1931).

 

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Accolé au bouclier de Mars, le coq est à la fois le compagnon du dieu de la guerre et l'animal sacré d'Asclépios, le père d'Hygie. Le serpent apparaît tantôt comme son associé, tantôt comme son opposé.

 

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Hygie, le coq et le serpent

 

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Démiurge, gardien des secrets, porteur et passeur de connaissance, le Serpent est celui qui féconde mais aussi l'Adversaire...

 

Honni par la religion chrétienne pour avoir révélé la connaissance interdite, il est considéré comme l'emblème du mal, l'incarnation de Satan trouvant dans l'esprit de la femme suffisamment de perfidie pour y distiller son vénéneux savoir. Mais la sagesse des religions plus anciennes nous enseigne d'autres « vérités ».

 

Les mots qu'il susurre à l'oreille d'Ève sont les incantations tissées par les déesses de la fécondité, les antiques Déesses aux serpents, magiciennes et protectrices de la naissance et de la vie.

 

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En fonction des styles et des époques, il revêt de multiples apparences. Hybride, ailé, barbu, cornu, féminin, mais il ne cesse de nourrir les peurs et les fantasmes.

 

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Les représentations chrétiennes du serpent l'associent à la Luxure mais le serpent est vénéré depuis des millénaires comme une incarnation de la force vitale, un protecteur des lieux sacrés où s'incarnent les puissances cosmo-telluriques, un emblème de sensualité et de sexualité. Autour de lui s'élabore une symbolique de la vie et de la mort aussi chatoyante et complexe que les ondulations de son corps.

 

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Lilith, 1892, par John Collier (1850-1934).

 

Lové dans les creux et les anfractuosités, il apprécie les sources de chaleur et se nourrit des pulsations secrètes de la Terre-Mère. Dépositaire d'un langage puissant, tactile, sensuel qui devient érotique quand il se déplace sur le corps de la femme, il incarne le désir, la vigueur sexuelle et la fertilité.

 

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La Kundalini, énergie vitale sacrée, apparaît lovée au niveau du premier chakra, comme un serpent qui sommeille.

 

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Les déesses de la séduction et de la fécondité sont reconnaissables au serpent qui s'enroule dans leur chevelure, autour de leur poitrine, de leurs hanches ou de leurs cuisses.

 

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L'émeraude d'Alfons Mucha, 1900.

 

En fonction des époques et des civilisations, le serpent oscille entre symbole bénéfique ou emblème maléfique et distille sa sagesse millénaire à travers de multiples représentations.

 

Dans la Grèce antique, intercesseur entre la vie et la mort, il exerçait une fonction purificatrice et divinatoire. On étudiait dans les temples les mouvements de son corps, ses enroulements mystérieux, la manière dont il parcourait les lieux sacrés et s'insinuait dans les rêves des malades. Attribut et compagnon d'Asclépios, le dieu de la médecine et d'Hermès, le messager divin, il continue de s'enrouler autour du caducée, symbole universel.

 

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Il insuffle au remède concocté par Hygie la puissance guérisseuse et guide la déesse dans le choix des herbes et des substances qu'elle utilise pour contrer les maladies. Il est aussi celui qui protège l'eau de la fontaine.

 

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La construction de la fontaine du Gros Caillou est emblématique des changements majeurs survenus dans Paris après l'arrivée de Napoléon au pouvoir.

 

Quand Napoléon devint Premier Consul (en 1799) après le Directoire, il trouva une France épuisée, affamée et insalubre. Les rues de Paris se noyaient dans une atmosphère médiévale et les vieilles fontaines ne pouvaient plus fournir de l'eau aux Parisiens qui devaient s'approvisionner dans la Seine.

 

Il s'employa donc à moderniser et à assainir la capitale dont il fit démolir de nombreuses ruelles. Il fit construire un réseau d'égouts, des trottoirs et des caniveaux, éclairer les rues, édifier des ponts et des fontaines. Il fit aussi numéroter les maisons.

 

A partir de 1806, les chantiers fleurirent dans Paris qui se métamorphosa rapidement. Dans ce contexte, Mars et Hygie apparurent comme les divinités tutélaires de cette politique de conquête et d'embellissement.

 

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Photographie d'Eugène Atget (1857-1927). Cote BNF Est.E0109b bte 20.

 

Pour le promeneur contemporain, la rue Saint-Dominique constitue une très agréable promenade, le long des hôtels particuliers et des vitrines alléchantes, à la découverte d'un monument qui a contribué à offrir de l'eau et des perspectives nouvelles aux habitants de Paris.

 

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Les amateurs d'excellente cuisine pourront se réjouir à la Fontaine de Mars, établissement créé en 1908 et considéré comme l'un des meilleurs bistrots de Paris. Le samedi 6 juin 2009, il a accueilli le président des États-Unis Barack Obama, son épouse et leurs deux filles.

 

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(Photo French.peopledaily.com)

 

Le président avait participé à Colleville-sur-Mer, près de Caen, aux cérémonies du 65e anniversaire du débarquement allié en Normandie, le 6 juin 1944.

 

Une semaine auparavant, une table avait été réservée par l'ambassade américaine mais Jacques Boudon, le propriétaire, sut quasiment au dernier moment qu'il allait recevoir les Obama.

 

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(Photo Fontaine de Mars.com)

 

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D'autres établissements bénéficient, autour de la place, d'une solide réputation.

 

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N'hésitez pas à découvrir ces lieux empreints de charme et à contempler les détails symboliques de la fontaine qui a heureusement « survécu » aux outrages du temps.

 

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Lieu de vie, d'hygiène et d'abondance, la fontaine est érigée pour offrir aux habitants des villes un accès à l'eau et pour combattre les épidémies. Elle est aussi dotée d'une dimension magique, elle attire rituels et pèlerinages et peut exaucer les voeux.

Fontaine d'amour et de jouvence, passage vers les mondes mystérieux, source de vie aux larmes guérisseuses, elle alimente, à l'instar de l'Arbre de la Connaissance, les chemins secrets qui s'écoulent vers les points cardinaux.

 

Elle est à la fois l'incarnation de la civilisation et le lieu de l'initiation « primitive » comme nous le rappellent les créatures fantastiques qui composent son décor.

 

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Bibliographie

 

Jorge Luis BORGES: Le livre des êtres imaginaires. Paris: Gallimard, collection L'Imaginaire, juin 2009.

 

André CASTELOT: Napoléon. Paris: Tallandier, 1969.

 

Amaury DUVAL: Les Fontaines de Paris, anciennes et nouvelles, ouvrage contenant 60 planches dessinées et gravées au trait par M. Moisy, accompagnées de descriptions historiques et de notes critiques et littéraires par M. A. Duval. Nouvelle édition, Paris: Bance aîné, 1828. (Première édition: 1812).

 

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Adolphe JOANNE: Paris illustré. Paris: Hachette, 1863.

 

Théophile LAVALLÉE: Histoire de Paris depuis le temps des Gaulois jusqu'en 1850. Paris: Hetzel, 1852.

 

Michel PASTOUREAU: Les emblèmes de la France. Paris: C. Bonneton, 1998.

 

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Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #forcee, #obligent, #pause, #petite, #rester

Une petite pause...forcée!

 

Ami(e)s lectrices, lecteurs,

Des problèmes avec Internet dus à des travaux dans ma résidence et dans ma rue m'obligent à rester « silencieuse » jusqu'à ce que tout soit réparé. Cette semaine, je ne pourrai pas venir sur vos blogs ni communiquer par le biais de la messagerie mais je penserai bien à vous.

 

Je vous retrouverai avec grand plaisir dans quelques jours quand les choses seront résolues.

 

Gros bisous et merci de votre fidélité!

Cendrine

Une petite pause...forcée!

 

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #ans, #clochette, #mai, #muguet, #premier

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Délicates et gracieuses, sensuelles et parfumées, les clochettes de muguet nous invitent à célébrer le renouveau de la nature, entre billets doux et délicieuses fragrances...

 

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Je vous adresse mes voeux d'amour, de prospérité et de chance, symbolisés par ces cartes que j'ai collectées au Salon du Livre et des Papiers anciens, à l'Espace Champerret.

 

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Le muguet: description et propriétés

Plante vivace aux noms poétiques (Lis de Mai, Lis des vallées, Clochette des bois, Grelots, Grillets, Amourette, Gazon du Parnasse, Larmes de Notre-Dame...), le muguet se développe dans les bois clairs, sur les chemins dégagés et les pentes rocailleuses. Il se multiplie grâce à son rhizome traçant appelé « griffe » . Il est également cultivé pour ses ravissantes clochettes blanches au parfum enivrant dont le nom dérive de musc et de muscade. Ses fruits, très toxiques et de la grosseur d'un pois, deviennent rouges à maturité, en septembre ou en octobre.

 

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La pharmacopée populaire connaît, depuis des siècles, les propriétés médicinales du muguet et sa richesse en convallatoxine, une substance apparentée à la digitaline qui possède une action sédative sur le coeur. L'infusion de fleurs, sucrée au miel, est toujours utilisée mais, en raison de sa toxicité, les conseils d'un thérapeute sont absolument nécessaires.

Prisée comme du tabac, la poudre de fleurs, préalablement séchées dans un lieu ombragé, est réputée calmer les migraines d'origine nerveuse, dissiper les vertiges et libérer les sécrétions des voies nasales. Mais souvenez-vous que les propriétés cardiotoniques du muguet ne sont pas à prendre à la légère et que ses jolies baies rouges ne doivent pas être consommées. Il faut également veiller à ce que les enfants n'absorbent pas l'eau dans laquelle le muguet a trempé.

 

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Au-delà de ses vertus « guérisseuses », cette petite plante aux clochettes lactescentes, aimée des fées et destinée à « chasser l'hiver », nous fait revivre des moments importants de l'histoire de France...

 

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La tradition consistant à offrir du muguet, le premier mai, semble remonter à l'époque de Charles IX (1550-1574). En 1560, alors qu'il visitait la Drôme, le roi reçut un brin de muguet. Séduit par ce présent, il fit distribuer, à partir de 1561, des bouquets odorants aux dames de la Cour. Les seigneurs s'empressèrent de l'imiter en « muguetant », c'est à dire en « faisant les galants »...

 

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Les bals du muguet fleurirent, à partir de la Renaissance. Les messieurs arboraient à la boutonnière de jolis brins parfumés.

 

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Le premier mai 1895, le muguet fut associé à une romance parisienne. Le chansonnier Félix Mayol (1872-1941), auteur de la chanson « Viens poupoule », offrit, sur le quai de la gare Saint-Lazare, un bouquet de muguet à son amie Jenny Cook.

 

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Quand il monta sur les planches du « Concert Parisien », sa jaquette était ornée de clochettes immaculées. Il connut un tel succès que le muguet devint son porte-bonheur attitré.

 

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Le premier mai 1900, lors de festivités organisées par des couturiers parisiens, les clientes et les ouvrières reçurent des brins de muguet. Les couturières prirent ensuite l'habitude d'offrir, chaque premier mai, du muguet à leurs clientes.

 

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Dans le Paris de la Belle Époque, les « fêtes du muguet » se multiplièrent et connurent un succès retentissant, lié à l'élection des « reines de Mai »: de jolies jeunes femmes vêtues de blanc, perçues comme les incarnations de Flore, la déesse du Printemps.

 

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Flore, par Alfons Mucha (1860-1939).

 

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Reines du muguet (Photo Delcampe)

 

Emblème de reverdie et de féminité, le muguet est aussi, depuis 1921, l'emblème du Rugby Club de Toulon!

 

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La journée de huit heures et la Fête du Travail

Les clochettes de muguet sont associées, en dépit de leur douceur et de leur fragilité, à des luttes sociales majeures.

 

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Le 1er mai 1884, au IVe congrès de l'American Federation of Labor, les principaux syndicats ouvriers des États-Unis se donnèrent deux ans pour imposer à leurs employeurs la journée de travail de huit heures.

Cette idée naquit en Australie où les travailleurs avaient organisé, le 21 avril 1856, une manifestation en faveur de la journée de huit heures. Le succès fut si retentissant qu'il fut décidé de renouveler cette journée d'action tous les ans.

Le 1er mai 1886, alors qu'une partie des travailleurs venait d'obtenir satisfaction, de nombreux ouvriers, lésés, firent grève pour forcer les patrons à accepter leurs revendications.

Le 3 mai, à Chicago, trois grévistes de la société McCormick Harvester perdirent la vie au cours d'une manifestation et le lendemain soir, alors qu'une marche de protestation se dispersait à Haymarket Square, une bombe explosa, tuant quinze policiers.

 

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La révolte de Haymarket Square (Chicago, 4 mai 1886).

 

Trois syndicalistes furent condamnés à la prison à perpétuité et cinq autres trouvèrent la mort par pendaison, le 11 novembre 1886, en dépit du manque de solidité des preuves dont la justice disposait. Ils finirent par être réhabilités.

 

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Les derniers mots du condamné August Spies sont lisibles sur une stèle du cimetière de Waldheim, à Chicago: «Le jour viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd'hui.»

 

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Trois ans après le drame de Haymarket, le deuxième congrès de la IIe Internationale socialiste se réunit à Paris, au 42, rue Rochechouart, salle des Fantaisies Parisiennes, dans le contexte de l'Exposition Universelle et de la commémoration du centenaire de la Révolution française.

 

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Les ouvriers défilèrent à partir du premier mai 1890, un triangle rouge à la boutonnière pour symboliser le partage de la journée en trois temps (temps de travail, temps de loisir et temps de sommeil).

 

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Le 1er mai, lithographie de Jules Grandjouan (1875-1968) réalisée pour l'Assiette au beurre (1906), une revue illustrée, satirique et libertaire de la Belle Époque.

 

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En 1891, à Fourmies, commune du nord de la France, la manifestation du premier mai s'acheva dans le sang, marquant un tournant essentiel dans l’histoire du mouvement ouvrier. Les forces de l'ordre, équipées des nouveaux fusils Lebel, tirèrent sur la foule. Elles tuèrent dix personnes et firent trente-cinq blessés. Une ouvrière de 18 ans nommée Maria Blondeau reçut une balle dans la tête à bout portant et devint le symbole de cette tragique journée.

 

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La manifestation à Fourmies. (Image Fourmies info/archives.)

 

Les autres victimes étaient Louise Hublet (vingt ans), Ernestine Diot (17 ans), Félicie Tonnelier (16 ans), Kléber Giloteaux (19 ans), Charles Leroy (20 ans), Emile Ségaux (30 ans), Gustave Pestiaux (14 ans), Emile Cornaille (11 ans) et Camille Latour (46 ans). Je conseille aux personnes intéressées par cette histoire de lire l'excellent ouvrage d'André Pierrard et Jean-Louis Chappat intitulé La fusillade de Fourmies, aux éditions Maxima.

 

Dans le journal « l’Illustration » du 9 mai 1891, il est écrit: «C'est le fusil Lebel qui vient d'entrer en scène pour la première fois. Il ressort de ce nouveau fait à l'actif de la balle Lebel qu'elle peut très certainement traverser trois ou quatre personnes à la suite les uns des autres et les tuer.» Ce fusil équipera l’armée française jusqu’à la fin de la première guerre mondiale.

 

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A la fin de l’année 1891, l'Internationale Socialiste renouvela le « caractère revendicatif et international du 1er mai », en hommage aux « martyrs de Fourmies ». Le 23 avril 1919, le Sénat Français ratifia la journée de 8 heures et le 7 juin 1936, la signature des accords de Matignon par Léon Blum permit d'obtenir « une augmentation des salaires de 7 à 15 %, la reconnaissance du droit syndical dans l’entreprise, l’élection des délégués ouvriers, la création de conventions collectives, la semaine de 40 heures et quinze jours de congés payés ».

 

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Dans la Russie de 1920, le 1er mai fut chômé grâce à Lénine et en 1933, Hitler alla plus loin en rendant ce jour emblématique chômé et payé.

 

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Le 24 avril 1941, sur les recommandations de René Belin, un ancien dirigeant de l'aile socialiste de la CGT, le Maréchal Pétain qualifia le premier mai de « Fête du Travail et de la Concorde Sociale ».

 

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En avril 1947, à l'initiative du député socialiste Daniel Mayer et du ministre communiste du Travail, Ambroise Croizat, le 1er Mai devint, dans les entreprises publiques et privées, un jour chômé et payé mais il n'est toujours pas assimilé à une fête légale.

 

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Les symboles du premier mai

En France, les manifestants du 1er mai défilèrent, à partir de 1890, avec le fameux triangle rouge « des trois temps » bien visible à la boutonnière. Ce triangle fut remplacé, en 1892, par une fleur d'aubépine suspendue à un ruban rouge, en l'honneur de Maria Blondeau, la jeune ouvrière de Fourmies, qui avait trouvé la mort en brandissant un bouquet d’aubépine. En 1895, le socialiste Paul Brousse invita, par le biais d'un concours, les travailleuses à choisir une fleur qui représenterait le « Mai » et c'est l’églantine qui fut choisie.

Cette fleur traditionnelle du nord de la France, liée au souvenir de la Révolution française, fut remplacée par le muguet, en 1907 à Paris. Emblème du printemps francilien, le muguet était accroché à la boutonnière avec un ruban rouge, symbole du sang versé.

 

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Après la Première Guerre mondiale, la presse encensa le muguet, aux dépens de la rouge églantine, et en 1941, sous le régime de Vichy, le muguet s'imposa.

 

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La vente du muguet

 

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Depuis les années 1930, une tolérance administrative autorise les particuliers à vendre, chaque 1er mai, des brins de muguet sans formalités, ni taxes mais cette tradition populaire se répandit surtout à partir de 1936. Elle semble trouver ses origines à Nantes où monsieur Aimé Delrue (1902-1961), droguiste et président du comité des fêtes de la ville, avait organisé « la Fête du Lait de Mai ».

 

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Symbole de renouveau et de fécondité, le lait fraîchement tiré était associé à la blancheur immaculée des clochettes de muguet.

Depuis 1936, chacun peut vendre du muguet, sans patente, mais il s'agit d'une tolérance que certains arrêtés, en fonction des communes, n'hésitent pas à réglementer.

 

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Des larmes de Marie au sang de Saint-Léonard

On appelle le muguet « larmes de Notre-Dame » car il aurait jailli des pleurs de la Vierge, versés au pied de la croix.

D'autres légendes l'associent à Saint-Léonard, guerrier émérite et ami du roi Clovis, qui choisit de vivre en ermite au fond des bois. Un jour, sous un bouquet d'arbres sacrés, Léonard se heurta à un dragon contre lequel il reprit les armes. Le combat fut très violent. De chaque goutte de sang perdue par le saint fleurirent des brins de muguet. D'après certaines croyances, on entend parfois, lorsque le vent souffle, le bruit de cette lutte fantastique...

 

Folklore et traditions

 

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Comme toutes les fleurs à clochettes, le muguet est lié au Petit Peuple et aux déesses de l'amour et de la fécondité.

 

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Cicely Mary Barker, Flower Fairies

 

Avec la campanule, la digitale et le thym sauvage, le muguet est l'une des fleurs préférées des lutins et des fées qui viennent danser, en cercles opalescents, là où s'épanouissent les clochettes parfumées.

 

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Titania, la reine des fées, couronnée de muguet, sous le pinceau aux accents préraphaélites de Sir Frank Bernard Dicksee (1853-1928).

 

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D'après une légende allemande, le muguet serait sous la protection d'une Dame Blanche.

 

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Idylle de printemps par George Henry Boughton (1834-1905).

 

Fleur d'inspiration, le muguet est consacré à Apollon Belenos, dieu des arts et du soleil, qui couvrit en l'honneur des Muses, le Mont Parnasse de muguet, d'où l'appellation « Gazon de Parnasse ».

 

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Dans le folklore européen, l'éclosion des fleurs de muguet constitue un signe bénéfique, annonciateur du retour des déesses du printemps. En fonction des croyances, on préfèrera les brins à douze ou à treize clochettes...

 

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Dans le Vaudou et la magie des Caraïbes, le muguet est associé à l'invocation des esprits et aux trois planètes de puissance, de protection et de réalisation que sont le Soleil, Vénus et Mercure. Réduit en poudre et brûlé sur des charbons ardents, il est réputé favoriser la concrétisation des affaires matérielles.

 

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 Les druidesses faisaient brûler de l'encens de muguet pour accroître leurs capacités de clairvoyance.

 

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Dans la tradition populaire, le muguet est considéré comme un porte-bonheur puissant que l'on adresse aux personnes aimées et qu'on laisse sécher pour obtenir la réalisation de ses voeux. Il s'offre après la nuit de Beltane, nuit sacrée pour les Celtes ouvrant les portes de « l'année claire » jusqu'au retour de « l'année sombre » à la période de Samain/Halloween.

 

Dans des temps très anciens, c'était l'aubépine que l'on offrait pour célébrer le retour de Maïa, la déesse mère du printemps.

 

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Si vous souhaitez vous plonger dans les coutumes entourant l'Arbre de Mai et caracoler en compagnie des fées de Beltane, je vous invite à lire mon article intitulé la Magie de Mai...

 

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 Généreuses clochettes signifiant l'amour, la passion, la fidélité et le bonheur partagé...

 

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 … ainsi que le souvenir et la pureté des sentiments...

 

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 Clochettes des fées soufflant vers vous mes pensées les plus douces...

 

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Joyeux Premier Mai!

 

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Bibliographie

DUBOIS, Pierre: La Grande Encyclopédie des Fées. Hoebeke, 2008.

DUBOIS-AUBIN, Hélène: L'esprit des fleurs: mythes, légendes et croyances. Le Coudray-Macouard: Cheminements, 2002.

SEBILLOT, Paul-Yves: Le Folklore de France.

SIKE, Yvonne de: Fêtes et croyances populaires en Europe. Bordas, 1994.

VESCOLI, Michaël: Calendrier celtique. Actes Sud, 1996.

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #arts, #cadenas, #fut, #paris, #pont

Pour la Carte de France des Paysages de CANELLE...

 

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 Je reviens avec plaisir en ces lieux où les images d'aujourd'hui se superposent avec celles d'autrefois.

 

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Ce remarquable ouvrage, tout en courbes et en légèreté, enjambe la Seine entre le Louvre et l'Institut de France, temple de la connaissance dont la coupole dorée s'élance vers les nuages.

 

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La Passerelle des Arts

 

Le 15 mars 1801, la construction de cette audacieuse passerelle, premier pont métallique national, fut décidée par un décret de Bonaparte.

 

Le 28 avril 1801, le projet fut présenté, au Conseil des Ponts et Chaussées, par l'ingénieur Louis-Alexandre de Cessart (1717-1806).

 

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Le 25 juillet 1802, par un arrêté consulaire, la Compagnie des Trois-Ponts, gestionnaire du chantier, reçut l'ordre d'utiliser la fonte. Grâce à ce nouveau matériau plébiscité par l'industrie anglaise, l'ingénieur Jacques Vincent Lacroix de Dillon (1760-1807) réalisa une oeuvre résolument moderne entre le Pont-Neuf et le Pont-Royal.

 

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Neuf arches en fonte soutenaient une plate-forme horizontale réservée aux piétons. Dès son inauguration, le 23 septembre 1803, la Passerelle des Arts devint une promenade à la mode. Le visiteur s'acquittait d'un droit de péage et découvrait le pont, conçu comme un jardin suspendu au-dessus des flots. Des bouquets parfumés, des arbustes verts, des plantes exotiques et des orangers en pots étaient répartis de part et d'autre des balustrades.

 

Les amoureux et les passants pouvaient jouir de la plaisante atmosphère des lieux, grâce aux bancs, aux échoppes et aux bateleurs qui s'y trouvaient. Un glacier y avait établi ses quartiers. Au fil de la nuit, les rencontres et les discussions s'étiraient, dans un ballet de lanternes...

 

Il faut toutefois préciser qu'on pouvait éviter de payer « un sou » et passer par le Pont-Neuf.

 

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Le Premier Consul Bonaparte, par Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1803.

 

Malgré les inquiétudes énoncées par les célèbres architectes Percier et Fontaine, Bonaparte imposa le choix d'un pont métallique mais il regretta ensuite l'absence de monumentalité de l'ouvrage et craignit pour sa solidité.

 

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De la Passerelle au Pont des Arts

 

Après les ponts de Coalbrookdale et de Sunderdale en Angleterre, la Passerelle des Arts apparut comme un symbole de progrès industriel et de modernité. Elle unissait avec élégance les deux rives du fleuve et desservait le Port Saint-Nicolas.

 

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Vue du Quai du Louvre et Port Saint-Nicolas au XVIIIe siècle, par Jean-Baptiste Lallemand (1716-1803). (Gallica)

 

Le Port Saint-Nicolas se situait en aval de l'île de la Cité, alors que la plupart des ports de Paris se trouvaient en amont. La raison en était simple, les piles des ponts constituaient des obstacles dangereux pour le passage des bateaux. Le port recevait des denrées alimentaires et le foin destiné aux chevaux de la cavalerie royale. Il reliait la capitale à la ville de Rouen et fut en activité jusqu'en 1905.

 

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Vue du quai Saint-Nicolas au pied de la Grande Galerie du Louvre, vers 1750, par Jean-Baptiste-Nicolas Raguenet (1715-1793).

 

A partir de 1942, les vestiges du port furent aménagés en une agréable promenade qui offrait une vue imprenable sur la Passerelle des Arts. Mais la « dame de fonte » subit des bombardements qui la fragilisèrent et trois accidents fluviaux majeurs, en 1961, en 1973 et en 1979.

 

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(Cette photographie appartient à la collection de Léonard Pitt, auteur de Promenades dans le Paris disparu.)

 

Elle avait déjà perdu une arche, en 1852, lors de l'élargissement du Quai de Conti, mais après la collision d'une barge avec une de ses piles, en 1979, elle s'effondra sur près de soixante mètres. Détruite en 1981, elle fut remplacée, entre 1982 et 1984, par une copie en acier. L'architecte urbaniste Louis Gerald Arretche (1905-1991) réalisa la nouvelle passerelle, d'une longueur de 155 mètres, composée de sept arches symétriques en acier, élargies pour favoriser le passage des péniches et des bateaux mouches.

 

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Les passes navigables se situent dans l'alignement de celles du Pont-Neuf.

 

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(Le soleil estival s'amuse à faire danser les ombres sur la peau des façades.)

 

Alors que le plancher du pont en azobé ou bois de fer, un bois d'Afrique imputrescible, résonne sous les pas, la Galerie du bord de l'eau révèle sa sublime scénographie.

 

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Cette Grande Galerie fut construite, entre 1595 et 1610, sous le règne d'Henri IV, par Louis Métezeau (1560-1615) du côté est, et Jacques II Androuet du Cerceau (1550-1614) du côté ouest. Coupant l'enceinte de Charles V, elle permettait au roi d'accéder aux Tuileries depuis ses appartements du Louvre et se terminait par le Pavillon de Flore.

 

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Le Cardinal de Richelieu y fit installer l'Imprimerie et la Monnaie Royale des Médailles, en 1640, mais elle accueillit surtout, jusqu'en 1806, des boutiques, des logements et des ateliers d'artistes.

 

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De 1697 à 1777, les plans-reliefs ou maquettes des villes fortifiées du royaume y furent exposés.

 

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La Grande Galerie par Hubert Robert, vers 1789.

 

Le 10 août 1793, le Louvre devint le Muséum central des Arts. Il fut appelé Musée Napoléon en 1803 et plus communément « Palais des Arts » sous le Premier Empire.

 

Entre 1861 et 1870, la partie occidentale de la galerie fut démolie puis reconstruite par Hector Lefuel (1810-1880) dans un style imitant celui de Louis Métezeau mais le bâtiment fut élargi pour accueillir la collection de carrosses et de voitures de Napoléon III, créer des appartements d'honneur et une salle pour la réunion des États.

 

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Les pilastres, les guirlandes, les frontons et les fenêtres qui rythment la façade ont été recréés, dans un style composite, 250 ans après la mise en oeuvre du « Grand Dessein » d'Henri IV.

 

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En tournant le dos à ce décor triomphal, il suffit d'emprunter le Pont des Arts pour rejoindre Quai de Conti, sur la rive gauche, l'Institut de France.

 

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La fondation de ce monument appelé Collège Mazarin ou Collège des Quatre-Nations fut réclamée par Mazarin (1602-1661) dans son testament, en 1661, et financée par un legs de quatre millions de livres.

 

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A partir de 1663, l'architecte Louis le Vau (1612-1670) déploya, en bordure de Seine, une somptueuse façade courbe flanquée de deux pavillons décorés de pots-à-feu.

 

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Le bâtiment était destiné à accueillir soixante gentilshommes originaires des quatre provinces récemment annexées à la France, soit l'Alsace, l'Artois, le Roussillon et le Comté de Pignerol en Italie.

 

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La Galerie du bord de l'eau, le Pont-Neuf et le Collège Mazarin en 1689, par Sébastien Leclerc (1637-1714). (Gallica)

 

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En 1670, François d'Orbay (1634-1697) succéda à Le Vau. Il conçut le célèbre dôme circulaire couronné par une élégante lanterne.

 

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En 1805, Napoléon y transféra l'Institut de France et ses cinq académies, dont la plus célèbre demeure l'Académie Française. La coupole, intérieurement de forme elliptique, abrite la salle où se réunissent les Sages.

 

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Les académies sont l'Académie Française, l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, l'Académie des Sciences, l'Académie des Beaux-Arts et l'Académie des Sciences Morales et Politiques.

 

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L'Institut abrite l'extraordinaire Bibliothèque Mazarine, la plus ancienne bibliothèque publique de France et, sous le dôme, la chapelle où trône le Tombeau de Mazarin, sculpté par Antoine Coysevox (1640-1720), Étienne le Hongre (1628-1690) et Jean-Baptiste Tuby (1635-1700).

 

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Le charmant angelot tient les armes du Cardinal: le faisceau de licteur d'or lié d'argent et la hache, sans oublier les trois étoiles d'or qui ornent les reliures des ouvrages de la bibliothèque.

 

Avant la construction du Collège Mazarin, la tour de Nesle s'élevait à l'emplacement de l'actuelle aile est.

 

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Cette célèbre tour formait l'extrémité de l'enceinte de Philippe-Auguste et marquait l'entrée de Paris pour les bateliers qui remontaient la Seine. Dans l'obscurité, une lanterne, la première de « Lutèce », se balançait au bout d'une potence suspendue tout au sommet.

 

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Sur cette gravure d'Israël Silvestre, on aperçoit la porte et la tour de Nesle au XVIIe siècle. A gauche, se dresse l'Hôtel de Nevers sur lequel fut édifié l'Hôtel des Monnaies. (La gravure vient du site du Musée Carnavalet.)

 

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Sur celle-ci, la tour fait face à la Galerie du bord de l'eau.

 

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La Tour de Nesle, par Pieter Bout (1658-1719).

 

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En 1832, dans la pièce intitulée La Tour de Nesle, Alexandre Dumas Père ressuscita le personnage de Marguerite de Bourgogne, la « reine sanglante », emprisonnée pour avoir tué ses amants après des nuits passionnées. Le spectre de cette princesse capétienne, belle-fille de Philippe le Bel, fait revivre les « légendes noires » de Paris.

 

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Mais il est temps de revenir vers le pont des Arts car je voudrais évoquer ce qui est devenu un véritable « phénomène » urbain:

 

Les cadenas d'amour

 

Je vous en avais déjà parlé mais depuis mon précédent article leur nombre a explosé...

 

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Une année s'est écoulée entre ces deux photos.

 

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Que font là tous ces cadenas? Y aurait-il une porte secrète, invisible et truffée de serrures à l'arrière de la balustrade? Le regard aimanté par ces morceaux de métal, je m'approche...

 

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Il semblerait que, depuis l'année 2008, les amoureux de passage aient commencé à accrocher des « cadenas d'amour » ou « lovelocks » aux rambardes du pont. Ils gravent ou marquent au feutre leurs initiales et jettent les clefs dans la Seine ou les dissimulent dans Paris. Cette tradition pourrait être une émanation moderne de rites d'amour médiévaux qui utilisaient des serrures et des clefs.

 

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Certains cadenas sont accrochés en haut des lampadaires.

 

De mystérieuses disparitions

 

La majorité des cadenas a été retirée, dans la nuit du 11 au 12 mai 2010, mais les services municipaux de Paris ont toujours démenti en être responsables et le mystère n'a pas encore été résolu.

 

En juillet 2011, ce sont des pans entiers du grillage qui ont disparu sans attirer l'attention. La municipalité a dû installer de grandes planches de contreplaqué en attendant de fixer de nouveaux parapets ajourés.

 

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Un cadenas à l'effigie de Ganesha, le dieu hindou de la sagesse, de l'intelligence, de l'illumination, de la richesse ou encore du succès...

 

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A côté de ce cadenas ouvragé, on aperçoit des liens de tissu jaune. Ils font référence à une tradition née pendant la première Guerre du Golfe. Les femmes de militaires attachent un morceau de tissu jaune aux grilles d'une fenêtre ou d'un portail en attendant le retour de l'être aimé.

 

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Cette « tradition » se répète sur le Pont de l'Archevêché, près de Notre-Dame et sur la Passerelle Léopold Sédar Senghor, face au Musée d'Orsay. J'en ai également photographié sur le Pont Alexandre III.

 

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La quantité de cadenas est impressionnante!!!

 

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On rencontre, dans cette forêt métallique, des morceaux de plastique noués et des feuilles de papier roulé, attachées à des cordelettes ou à des rubans colorés. Certains cadenas sont couverts de messages d'amour et d'amitié.

 

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Cette « pratique rituelle », vraisemblablement apparue dans les années 1980 en Europe de l'Est, s'est propagée dans le reste de l'Europe au début du nouveau millénaire. Certains chroniqueurs font référence à un roman italien, J'ai envie de toi de Federico Moccia où les héros accrochent un cadenas marqué de leurs noms (luchetti d'amore) sur un lampadaire du Ponte Milvio, près de Rome, avant de lancer la clef dans le Tibre.

 

La vogue des « cadenas d'amour » ne cesse de s'étendre, sur le Ponte Vecchio à Florence, à Venise, à Vérone, à Moscou sur les rambardes du Pont Luzhkov...

 

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Au-dessus de l'eau, élément matriciel, les serments se figent et la quête de l'amour éternel se pare de superstition. Les clefs vont rejoindre les profondeurs de l'eau, se mêler à la mort et aux ombres aquatiques, là où le temps suspend sa respiration...

 

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Depuis le pont des Arts, combien de serments et de clefs ont-ils déjà plongé dans le fleuve?

 

Mon imagination caracole alors que je contemple les bateaux amarrés à proximité de cet ouvrage indissociable de la « mythologie amoureuse » de Paris.

 

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Une vision des lieux par Edward Hopper, peintre « réaliste » américain, en 1907.

 

Grâce à ses balustrades ajourées, le Pont des Arts offre une vue exceptionnelle sur la Seine et sert fréquemment de galerie d'exposition à ciel ouvert. Sa silhouette unique séduit le cinéma français et international, inspire les amoureux, les poètes, les peintres, les parfumeurs... Il permet de contempler la magnificence des quais, le Louvre et l'Institut de France et des monuments emblématiques de Paris comme la tour clocher de l'église Saint-Germain l'Auxerrois.

 

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Il s'agit en réalité du beffroi néo-gothique de la Mairie du premier arrondissement, attenante à l'église. Ce beffroi, édifié en 1860 par Théodore Ballu, est doté d'un magnifique carillon.

 

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Que vous soyez d'humeur romantique ou dilettante, épris de rêverie ou juste de passage, ne manquez pas d'apprécier l'atmosphère si « spéciale » qui émane de ce pont, entre deux mondes et à la croisée de mille sensibilités...

 

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A l'entrée du pont, j'ai trouvé ce petit mot sensible et attachant...

 

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Comme une île perdue

dans un grand cimetière

où tremblent suspendus

des soleils éphémères

 

Comme un rêve blessé

qui refuse l'enfer

et se met à danser

dans le sang de l'hiver

 

Les bateaux creusent l'onde

en liens imaginaires

sous les berges profondes

aux âmes nourricières

 

Je les sens chuchoter

sur le pont des mystères

où nos coeurs mélangés

dévorent la lumière...

 

Cendrine

 (Pont des Arts, 27 février 2012...)

 

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Sources et Bibliographie

 

Charles DUPLOMB: Histoire générale des ponts de Paris. 1911.

 

Théophile LAVALLÉE: Histoire de Paris: depuis le temps des Gaulois jusqu'en 1850. Hetzel, 1852.

 

Aubin L. MILLIN: Dictionnaire des beaux-arts. 1838.

 

Gustave PESSARD: Nouveau dictionnaire historique de Paris. Lejay, 1904.

 

L M TISSERAND: Topographie historique du Vieux Paris. Imprimerie impériale, 1866.

 

Émission « Sur le Pont des Arts » de Marianne Durand-Lacaze.

 

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Je vous laisse en compagnie de Georges Brassens et de ses mots magiques... Sur l'Pont des Arts...

Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #blanche, #couleurs, #printemps, #rose, #vert

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Entre ombre et lumière, le Printemps compose, dans les squares et les jardins de Paris, une symphonie de couleurs chatoyantes et nous aimante vers une poésie de l'instant. Sous un ciel perlé de sortilèges, je vous invite à butiner les charmes de la capitale...

 

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Bleu d'immensité où rêvent les grands platanes du Luxembourg.

 

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Sérénade bleue...

 

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Songes fugaces au souffle de Zéphyr...

 

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Entre deux giboulées...

 

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Un papillon m'a chuchoté que des gouttes de rosée, nées de la robe de la déesse Flora, avaient tissé ces délicates tulipes...

 

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...et que les nymphes de l'aurore y avaient versé des secrets de fécondité...

 

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Crépitent au vent les belles aux jupons enflammés...

 

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Palette soyeuse après l'averse...

 

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Le Printemps métamorphose la ville. L'air sucré attise une fièvre voluptueuse.

 

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Ce petit arbuste de la famille des Éricacées, appelé Pieris ou Andromède, nous offre sa blanche floraison mêlée de pousses rouge carmin.

 

Je l'ai découvert sur le blog de Canelle et je l'ai retrouvé dans plusieurs jardins parisiens.

 

Vivace et résistant, il est originaire de l'Est de l'Asie, des Caraïbes et du Nord Est de l'Amérique du Nord. Il fut introduit en 1870 dans les jardins de l'Ouest de l'Angleterre. On le rencontre dans les haies et les massifs de terre de bruyère qu'il partage avec les rhododendrons, les camélias et les azalées. Il se caractérise, d'avril à juin, par ses jolies grappes de fleurs blanches cireuses qui se teintent parfois de rose pâle. Son pollen est toxique.

 

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Le nom « pieris » évoque la mythique Piérie, contrée des Neuf Muses dans la mythologie grecque.

 

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Il s'agit probablement de la variété « Mountain Fire » ou « Forest Flame ».

(Source: Plantencycles.com sur le site de la Société des Gens de Lettres.)

 

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J'entre avec bonheur dans cette respiration verte...

 

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Une vague de boutons veloutés, de pampilles odorantes, de dentelles rosées épouse le paysage.

 

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Les pâquerettes nous offrent un mélange exquis de roses, de rouge et de blanc.

 

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Romantique cultivar de la petite fleur blanche et dorée qui investit nos pelouses aux beaux jours, la pâquerette« pomponnette » est une bisannuelle de la famille des Astéracées. Elle se caractérise par des feuilles vert brillant disposées en rosette et de jolies efflorescences en forme de pompons chatoyants. Elle fleurit « timidement » en automne et se développe surtout de mars à mai. Elle décore les bordures, les massifs et les jardinières, garnit les corbeilles de baptême ou de fiançailles et permet de composer des petits bouquets élégants. Elle se marie fort bien avec les muscaris, les tulipes, les jacinthes et les narcisses.

 

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(Photo Graines de Tortue.com)

 

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Fleur de Pâques, la pâquerette illumine l'herbe des prés et symbolise la reverdie. Dans les temps anciens, elle était consacrée à Apollon Belenos, le seigneur du soleil.

 

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Son étymologie dérive des mots « pasquis, pasquier » qui signifient « pâturage » en ancien français. Son nom latin, « bellis perennis », évoque la beauté éternelle, la douceur des sentiments, les liens d'amour et la protection de l'innocence.

 

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Ses jolis boutons, ses feuilles et sa racine sont comestibles. Elle possède aussi des vertus médicinales. Elle est réputée soigner les inflammations de la bouche, de la gorge et des voies respiratoires, résorber les oedèmes et les entorses, nettoyer le sang, raffermir la peau, réduire l'hypertension, apaiser les maux de tête et cicatriser les plaies. Elle est souvent représentée dans la peinture du Moyen Âge et de la Renaissance.

 

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La « pomponnette » blanche représente la pureté, la jeunesse et l'élégance. On la glisse dans un bouquet pour attirer la bonne fortune amoureuse.

 

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Parée de rose « vénusien », elle symbolise la tendresse, la grâce enfantine mais aussi l'épanouissement des désirs.

 

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Du rose pâle au rose dragée, du rose framboise au rose fuchsia, les fleurs printanières composent avec le vert des jeunes pousses une mélodie de douceur et de sensualité.

 

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Rose fougueux des primevères né d'une alchimie entre le blanc virginal et le rouge passion...

 

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Au printemps, les vieilles âmes dansent avec les fantômes de l'hiver et se fondent dans la terre, au creux des ombres, des pierres et des écorces.

 

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Sur l'herbe luxuriante où s'éveillent les parfums, le chant de la sève devient émulsion de couleurs.

 

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Une vague d'or serpente sous les arbres majestueux, semant des promesses de fécondité.

 

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Le Printemps s'épanouit dans une atmosphère de sous-bois...

 

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La délicate jonquille est l'une des fleurs fétiches de la saison nouvelle. Dans le langage floral, elle signifie « je vous désire » et symbolise l'affection partagée. Elle a inspiré de nombreux artistes au cours des siècles.

 

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Dans mon article intitulé Une giboulée de couleurs, elle se butine à travers la peinture victorienne et la poésie romantique...

 

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Jonquille d'or âme sucrée

Au premier rire du soleil

Attise l'or dans un baiser...

 

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Dans le jardin mystérieux

Les mots que j'aime sont en feu

Ils ont de l'or dans les prunelles...

 

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L'or ruisselle aussi sur ce petit pissenlit, né dans ma jardinière de menthe.

 

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Du jaune au vert

Je papillonne en ce jardin

Jailli d'un rêve florentin...

 

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Dans l'écrin du Luxembourg, loin des gelées et des frimas qui nous ont enveloppés, le printemps est luxuriance...

 

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Aux Tuileries aussi...

 

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...règne l'art de la promenade...

 

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Au Palais-Royal, brille la mélodie de l'eau...

 

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qui trouve son écho dans les frêles narcisses... 

 

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Sur les chemins buissonniers, le Printemps trace son sillage parfumé...

 

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Il sème quelques beautés à l'entrée du RER...

 

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et se poudre de rose en bas de ma rue...

 

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Je vous souhaite une agréable semaine ensoleillée et je vous remercie, très chaleureusement, pour vos voeux d'anniversaire. J'ai beaucoup apprécié les messages déposés sur mon blog, les mails, les cartes postales et la myriade de petits cadeaux qui ont voltigé jusqu'à ma boîte aux lettres... Merci beaucoup!

 

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Je souffle vers vous des pensées d'amitié...

 

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #aime, #femme, #jour, #passionnement, #printemps

 

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Gaetano Bellei (1857-1922), The Masquerader

 

Au premier souffle du Printemps

Je caracole et je m'effeuille

Un peu, beaucoup, passionnément?

Oh oui surtout passionnément!

Bélier je suis, j'aime le rouge

Et les couleurs en liberté

Je suis féline et femme enfant

Je danse sur le corps du vent

Mes émotions en giboulées

Jaillissent aux lèvres de l'instant

J'aime la nuit et ses secrets

Jouir de la vie espièglement...

 

Cendrine

 

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En ce 15 avril, je souffle avec joie et gourmandise mes quarante-deux bougies...

 

L'autre jour, je regardais des photos avec une amie. Amusée, elle a trouvé quelques similitudes entre mon sourire et celui de la jeune femme en rouge du portrait. Nous nous sommes alors imaginées, « héroïnes » d'un bal masqué, une petite fantaisie sans prétention...

 

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Je lève mon verre rempli de frissons d'or et de bulles fruitées à celles et ceux qui fêtent leur anniversaire. Je vous embrasse bien affectueusement!

 

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Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #bouquet, #parfum, #portrait, #printemps, #violette

 Un délicieux parfum de violette

 Georges Louis Picard (1857-1943), La vendeuse de violettes.

 Le printemps frissonne encore sous ses dentelles givrées mais, solitaire ou en bouquets, la délicate violette exhale, dans les jardins et les bois, ses effluves sucrés. Elle est une des premières fleurs qui apparaît au sortir de l'hiver et elle est appréciée, depuis l'Antiquité, pour ses vertus médicinales et son parfum envoûtant.

 

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Vivace, elle apprécie l'atmosphère ombragée des jardins et des bois où elle forme des touffes à partir d'une souche centrale d'où rayonnent de longs stolons. Ses feuilles en forme de cœur ou de rein, pubescentes et longuement pétiolées, dessinent une rosette au ras du sol alors que ses fleurs violet sombre et parfois roses ou blanches s'étirent à l'extrémité des longues tiges. Elles éclosent généralement de mars à mai mais certaines variétés sont plus précoces ou plus tardives.

 

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Connue depuis la plus haute Antiquité dans le Bassin Méditerranéen, la violette est originaire d'Europe, d'Asie et d'Afrique du Nord. De nos jours, elle est surtout cultivée dans le sud est de la France et la région de Toulouse. La violette et la pensée appartiennent toutes deux à l'espèce de la viola.

 

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Blanche Odin (1865-1957), Panier de violettes.

 

Noms populaires

 Fleur de Carême

Violette de Mars

Violette des haies

Violette bleue

Violette des chiens

Violette à la couleuvre

Violier commun

Violetier

Vioulétié

 

Étymologie

 Violette vient du latin viola et du grec lon, désignant la couleur violette.

 

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Naissance de la violette

 

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La violette naquit du sang du dieu phrygien Attis dont la déesse aux lions, Cybèle/Agdistis, était passionnément amoureuse. Attis étant promis à Atta, la fille du roi de Pessinonte, Agdistis le frappa de folie. Attis erra par les forêts et les clairières avant de saisir son poignard pour s'émasculer. De son sang jaillit un tapis de violettes parfumées. Quand Atta l'eut retrouvé, elle mit fin à ses jours et leurs sangs mélangés engendrèrent d'autres violettes.

 

A bien des égards, le mythe d'Attis se rapproche de celui d'Adonis dont le sang fit naître les anémones.

 

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Adonis par James Northcote (1746-1831), artiste romantique anglais.

 

La violette est également associée, dans la mythologie grecque, aux amours de Zeus et de Io. Zeus s'éprit de la nymphe Io mais Héra, la reine des dieux, nourrit une jalousie si vive que le seigneur de l'Olympe dut métamorphoser sa ravissante maîtresse en génisse blanche. Les larmes de Io se changèrent en violettes parfumées.

 

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Ambrogio Figino (1540-1608), Io et Zeus.

 

Consacrée à Vénus, la déesse de l'amour, la violette était placée dans les temples et les maisons sous forme de couronnes odorantes. D'après certains récits, Vénus céda aux avances de Vulcain, le dieu du feu, maître des forges olympiennes, qui s'était couronné de violettes...

 

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John William Godward (1861-1922), Danseuse ionienne portant une couronne de violettes, 1902.



Jeune femme couronnée de violettes, 1902.



A l'équinoxe de printemps ou au solstice d'été, le parfum délicieux de la violette réveille les légendes et les traditions magiques du Petit Peuple. Elle est la fleur sacrée, annonciatrice du renouveau de la Nature...

 

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Cicely Mary Barker (1895-1973), Flower Fairies

 

Dans les croyances anglo-saxonnes, la violette apporte l'amour, la chance et la fécondité. Au moment d'Ostara, le sabbat de la lune de printemps, les anciennes traditions invitent à offrir à la reine des fées une petite écuelle de crème sucrée sur laquelle on aura semé quelques violettes. Mais si une violette fleurit en automne il ne faut pas la cueillir ou respirer son parfum car elle appartient aux « sombres mondes ». Il faut passer son chemin.

 

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Pour les chrétiens, la violette est l'attribut de Santa Viola, honorée le 3 mai à Vérone et l'emblème de Sainte-Fina qui vécut au XIIIe siècle en Toscane, à San Gimignano. Fina mourut à l'âge de quinze ans, d'une maladie ulcéreuse, après avoir aidé les plus démunis. Les récits populaires rapportent que des violettes jaillirent autour d'elle au moment de sa mort.

 

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Sainte-Fina par Benozzo Gozzoli (1420/1424-1497).

 

Dans le langage des fleurs, la violette symbolise la modestie, la pudeur et la timidité car elle dissimule ses semences et s'autoféconde dans son écrin de feuilles.

 

Quand elle est bleue, elle évoque la fidélité. Si elle est blanche elle représente le bonheur et la sérénité mais elle est avant tout un symbole d’amour secret.

 

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Les poètes du Moyen Âge et de la Renaissance l'ont chantée. Théophraste, élève d'Aristote, considéré comme un des « pères de la botanique », a évoqué ses vertus.

 

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Dans l'ancienne Athènes, des pommades et des tisanes à base de violette étaient réputées embellir et apaiser certaines inflammations de la peau . Dans la Rome antique, les violettes odorantes ou violettes de mars, tressées en couronnes, étaient destinées à apaiser les maux de tête et les effets de l'ivresse. On déposait aussi sur les tombes des bouquets de violettes que l'on associait à la mémoire des ancêtres.

 

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Blanche Odin (1865-1957), Vase aux violettes.

 

La violette entra naturellement dans les monastères et les jardins de simples du Moyen Age. Elle figure dans de nombreux traités de médecine et de botanique et dans La Flore de Basilius Besler (1561-1629), médecin, botaniste et pharmacien de Nuremberg, où de fines planches décrivent avec précision ses différentes variétés.

 

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Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les aristocrates des cours européennes se parfumaient avec de la poudre de violette musquée. La violette occupa une place privilégiée dans le Potager du Roi à Versailles et fut dégustée sur les tables les plus prestigieuses. La Quintinie, le jardinier de Louis XIV, créait, avec plusieurs variétés de violettes, des compositions luxuriantes où se mêlaient le rose, le blanc et le bleu.

 

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Napoléon Bonaparte fut appelé « Père la Violette » par ses soldats lors de son exil à l’île d’Elbe car il était censé « revenir avec les violettes », c’est-à-dire avec le printemps.

 

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Sarkis Diranian (1854-1918), Élégante au bouquet de violettes.

 

La passion de Napoléon pour les violettes naquit lors de sa rencontre avec Joséphine de Beauharnais. Elle lui offrit le petit bouquet de violettes qu’elle arborait à la ceinture ou près de son corsage.

 

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Éléonore Escallier (1827-1888): Bouquet de violettes, 1856.

 

D'après la tradition populaire, Napoléon cueillit des violettes sur la tombe de Joséphine et les conserva dans un médaillon jusqu’à sa mort.

 

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Élisabeth Whitehead Violettes, vers 1900.

 

L'impératrice Marie-Louise, seconde épouse de Napoléon 1er, devenue Duchesse de Parme après la chute de l’Empire en 1814, adorait la violette et en fit l'emblème de la ville.

 

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Marie-Louise (1791-1847), fille de l'empereur d'Autriche et petite-nièce de Marie-Antoinette.

 

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La violette cucullée est l’emblème floral de la province canadienne du Nouveau-Brunswick, officiellement créée le 16 août 1784.

 

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En France, sous le Second Empire (1866), les Palmes académiques adoptèrent la couleur des violettes impériales.

 

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«Violettes impériales» est le titre d’une opérette interprétée par Luis Mariano, d’abord sur la scène du théâtre Mogador puis au cinéma, en 1952, dans un film de Richard Pottier.

 

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L'héroïne de cette fable musicale est Violetta, une danseuse gitane, vendeuse de violettes, qui s'éprend d'un comte et devient fleuriste à la cour de l'impératrice Eugénie de Montijo...

 

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Théodore Chassériau (1819-1856), Mademoiselle Cabarrus, 1848, musée de Quimper.

 

Sous le Second Empire et à la Belle-Époque, la violette s'imposa comme la fleur des élégantes. Les dames glissaient des petits bouquets ronds dans leur corsage ou piquaient des violettes sur leurs manchons de fourrure, agrémentant ainsi leurs toilettes d'une touche chic et parfumée. Des poésies de Shakespeare étaient parfois glissées à l'intérieur des bouquets.

 

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Walter Crane (1845-1915), Shakespeare's Garden XI: Violette et Primevère.

 

Ainsi ai-je réprimandé la violette précoce:

«Suave friponne, où as-tu volé le parfum que tu exhales si ce n’est au souffle de mon amour? Cet éclat empourpré qui fait le teint de ta joue si douce, tu l’as outrageusement teinté aux veines de mon aimée. »

 

(William Shakespeare, Sonnets XCIX)

 

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Les « Violette » sont célébrées le 5 octobre, à la Sainte Fleur. Réputées fidèles et pures dans leurs sentiments, elles sont aussi qualifiées de « grandes amoureuses ».

 

« L'amour est un bouquet de violettes » chantait Luis Mariano. Emblème du printemps naissant, la violette, sur les cartes de Saint-Valentin et de Bonne Année, attise les désirs ensommeillés, la chance et la prospérité.

 

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Carte de 1905

 

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La violette est devenue l'emblème de la ville de Toulouse où chantent les couleurs et les parfums. Confréries et coopératives de la ville rose, appelée aussi « cité des violettes », ont donné ses lettres de noblesse à cette fleur symbole de renouveau.

 

Aux alentours de 1854, la violette de Parme fut introduite dans les jardins des maraîchers qui s'étendaient au nord de Toulouse. Cultivée en alternance avec les légumes, elle était vendue sur le Marché aux Violettes du quartier des Jacobins et dans les rues animées du centre ville.

 

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La violette de Toulouse connut un âge d'or pendant la première moitié du XXe siècle. Elle fut exportée à travers toute l’Europe jusqu’en Russie. Il semble que l'hiver 1956 ait détruit une part conséquente des cultures et que les producteurs se soient raréfiés dans la deuxième partie du siècle mais en 1985, Adrien Roucolle, un ingénieur agronome, réussit à relancer la culture de la violette à Toulouse. Elle est aujourd'hui un produit régional incontournable, une manne sucrée qui se décline à travers une myriade de gourmandises...

 

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Les violettes cristallisées, un de mes pêchés mignons!!!

 

Des sucres enivrants...

 

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Des liqueurs et des sirops... (Je ne fais pas de publicité, je vous fais partager mes coups de coeur gourmands...)

 

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La violette nous fait pénétrer dans un univers de poésie culinaire... Elle se savoure en salade, en confiture, en gelée, sous forme de miel et de pâte gélifiée. Le vin de violettes est particulièrement capiteux.

 

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La «Violette» est aussi l’une des récompenses décernées par l’Académie poétique des Jeux floraux.

 

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Et n'oublions pas qu'elle est appréciée depuis fort longtemps par la médecine populaire.

 

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Albrecht Dürer (1471-1528), Violettes, vers 1500, aquarelle sur parchemin.



« La première violette que tu trouveras au printemps, mange-la, et l'an devant, tu n'auras jamais la fièvre. » Ce proverbe normand fait allusion à la violette des haies que les anciens grimoires médicaux prescrivent à raison d'une pincée par tasse d'eau bouillante, sucrée au miel.



Dans la Rome antique, l'usage voulait que les invités des banquets portent des couronnes de violettes tressées pour apaiser les migraines dues à l'ivresse. D'après un texte de l'École de Salerne:

« Pour dissiper l'ivresse et chasser la migraine,

La violette est souveraine

D'une tête pesante elle ôte le fardeau,

Et d'un rhume fâcheux délivre le cerveau. »



L'abbé Sebastian Kneipp (1821-1897), incontournable personnalité de la médecine « non conventionnelle », recommandait les compresses imprégnées de décoction de fleurs de violette pour calmer les névralgies et la nervosité.



 

Un délicieux parfum de violette

 

L'infusion de fleurs séchées est indiquée contre les inflammations des voies respiratoires, le rhume, la bronchite et la toux quinteuse. Elle adoucit la peau et favorise la cicatrisation des petites plaies. Elle exerce sur l'intestin une action légèrement laxative. La décoction de racine est vomitive. La teinture homéopathique de plante fraîche est utilisée pour calmer les douleurs d'oreille et la toux quinteuse.



Un délicieux parfum de violette

 

Un parfum nommé désir

 

Au XVIe siècle, la poudre de violette musquée était préconisée pour embellir la chevelure. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, elle était utilisée pour couvrir les odeurs corporelles et à l'époque victorienne, grâce à sa richesse en irone, un composé odorant d'une particulière intensité, la violette contribua à l'essor de la parfumerie.

 

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Symbole de modestie et de discrétion, la violette émet pourtant des notes parfumées à la signature puissante que les parfumeurs utilisent pour créer des fragrances féminines aussi bien que masculines.

 

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La violette dans les arts

 

Représentée dans l'enluminure médiévale comme un symbole à la fois marial et courtois, la violette s'impose, à travers différents portraits comme un emblème d'innocence, d'humilité et d'exquise féminité.

 

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Le Jardin de Paradis, peinture sur bois réalisée vers 1410.

 

Dans l'hortus conclusus (jardin clos) de la Vierge Marie, la violette éclot près de la rose, de l'iris et du lys blanc. Elle décore aussi les marges, les initiales et les bordures des manuscrits.

 

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Stephan Lochner (1400/1410-1451), la Madone à la violette, vers 1435-1440.

 

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Luca Signorelli (vers 1445-1523), La Vierge Marie et l'enfant Jésus avec des saints, 1484. La violette se révèle au premier plan.

 

Violette des humbles, manne embaumée qui se vendait à la criée ou au gré de la marche, dans les rues des grandes villes.

 

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Ferdinand Pelez (1848-1913), Un martyr ou le marchand de violettes.

 

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Stanislaw Wyspianski (1869-1907), la fille aux violettes.

 

Pétales d'innocence qui se dévoilent sous la caresse du printemps...

 

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Paul Peel (1860-1892), Portrait de Gloria Roberts, 1889.

 

Violettes des dames, messagères des élégances et compagnes des rêveries.

 

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Franz Xavier Winterhalter (1805-1873): L'impératrice Eugénie entourée de ses dames d'honneur, 1855.

 

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L'impératrice arbore une couronne de violettes et tient un bouquet de violettes dans la main droite.

 

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Edgar Maxence (1871-1954), Jeune fille au bouquet de violettes, musée des Beaux-Arts de Rennes.

 

Ce peintre symboliste, originaire de Nantes, peut être rapproché des préraphaélites. Les racines de son art plongent dans le mythique passé de la Bretagne.

 

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Henry Meynell Rheam (1859-1920), Violettes, 1904. Artiste préraphaélite.

 

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Sir John Lavery (1856-1941), Portrait de Miss Julia Macguire.

 

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Lilla Cabot Perry (1848-1933), une des premières artistes impressionnistes aux États-Unis. Portrait d'Alice Perry Grew au bouquet de violettes.

 

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Eva Gonzalez(1849-1883), La Paresse ou l'Indolence, 1871-1872.

 

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William Worcester Churchill (1858-1926), Le petit bouquet de violettes.

 

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Édouard Manet (1832-1883), Berthe Morisot au bouquet de violettes, 1872.

 

A la fin de l'année 1871, marqué par la guerre franco-prussienne et les évènements de la Commune, Manet retrouve son amie artiste et future belle-soeur Berthe Morisot (1841-1895).

Il la représente vêtue de noir, telle une mystérieuse apparition, dans une oeuvre tout en ombre et en lumière. Ce portrait « aux noirs », comme l'appellent les historiens d'art, a été prêté à la Royal Academy of Arts de Londres, jusqu'au 14 avril 2013, pour l'exposition « Portraying Life ».

L'écrivain Paul Valéry (1871-1945) disait: « Je ne mets rien dans l'oeuvre de Manet au-dessus d'un certain portrait de Berthe Morisot daté de 1872. »

 

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Paul Chmaroff (1874-1950), Femme au bouquet de violettes.

 

Liqueur de violettes au trouble et mystérieux sillage... Quand fleurs et tissu se confondent dans la transe des couleurs.

 

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Giovanni Boldini (1842-1931), Luisa Casati avec un lévrier, 1908. Marquise, muse, mécène la Casati est un sacré personnage!

 

Violette des âmes et des esprits accompagnant la mythique Ophélie dans sa dernière demeure, au fil de l'eau...

 

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Sir John Everett Millais (1829-1896), Ophélia, 1851-1852.

 

L'héroïne d'Hamlet arbore un collier de violettes en guise d'offrande funéraire.

 

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Elles symbolisent aussi la pureté de son amour, dans la vie comme dans la mort.

 

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Claude Monet(1840-1926), Portrait de Camille au bouquet de violettes.

 

Camille Léonie Doncieux (1847-1879) était la première femme et le modèle favori de Monet. Elle a également posé pour Pierre-Auguste Renoir et Édouard Manet. Sur ce tableau, elle est déjà très malade et soignée par Alice Hoschedé, la maîtresse de Monet. Les violettes sont à nouveau investies d'une connotation funéraire.

 

Mais n'oublions pas que leur merveilleux parfum dessine les chemins du rêve et de la fantaisie la plus vive.

 

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René Magritte (1898-1967), La grande guerre, 1964.

 

Surréalistes violettes au service d'une poésie de l'image capable de délier toute imagination...

 

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Blanche Odin

 

Les aquarellistes et les artistes de natures mortes ont admirablement saisi la beauté qui palpite dans ces bouquets de senteurs.

 

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Antoine Vollon (1833-1900), Nature morte aux violettes.

 

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Eugène Claude (1841-1922), Corbeille de bouquets de violettes.

 

Profondément enracinée dans l'imaginaire des artistes, la violette nous offre une palette d'émotions délicieuses et nous invite à succomber à ses charmes veloutés. J'espère que cette promenade culturelle, gourmande et parfumée vous aura enivrés autant que moi...

 

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Édouard Manet (1832-1883), Bouquet de violettes, 1872.

 

Je vous remercie de votre fidélité, je vous embrasse!

 

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Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #bleu, #certes, #domaine, #eau, #graveyron, #marais, #mer, #pres

Pour la Carte de France des Paysages tenue par Claudine (Canelle)

 

dition revue et augmentée de « Les beautés de Certes-Graveyron ». )

 

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Je vous invite à cheminer, entre terre et eau, dans le Domaine de Certes-Graveyron, un espace naturel unique situé sur le delta de la Leyre. Cette escapade sur les bords du Bassin d'Arcachon a le parfum de l'amitié et des souvenirs. J'ai vécu en Gironde pendant de longues années et ma famille de coeur y est toujours installée.

 

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Dans ce paysage magnifique, le ciel, la végétation et le vent s'entremêlent.

 

Des Espaces Naturels Sensibles

 

Depuis 1991, le Conseil Général de la Gironde gère et valorise ces lieux choisis en raison de leur patrimoine historique et de leur exceptionnelle biodiversité.

 

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 Dans l'immensité des prés salés, les vaches savourent l'herbe au goût iodé.

 

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Pendant la deuxième moitié du XVIIIe siècle, le marquis de Civrac, seigneur local, fit mener d'importants travaux d'endiguement et transformer la plus grande partie des prés salés en marais salants. Depuis cette époque, les digues, constamment attaquées par les tempêtes et les fortes marées, sont étroitement surveillées. Leur entretien minutieux permet de protéger les terres et favorise l'accès au Sentier du Littoral.

 

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Dans cette mosaïque de prairies humides, naturellement salées, un camaïeu de vert, de brun et de bleu nous attire vers des mondes enchantés...

 

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Historique des lieux

 

A l'époque médiévale, un tertre artificiel fut érigé sur le domaine de Certes afin de surveiller la circulation maritime du bassin d'Arcachon et à partir de 1768, dans un paysage de prés salés, de marais côtiers et de végétation herbacée, la saliculture se développa, grâce à François Aimery de Durfort, marquis de Civrac, seigneur de Lamothe, de Certes, de Comprian et baron d'Audenge (1724-1773). Les seigneurs locaux arboraient aussi un titre princier, celui de « Captal de Certes ».

 

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Dispensé par le roi de payer l'impôt sur le sel, le marquis fit dresser de puissantes digues autour de l'île de Branne, située à proximité, et créer des marais salants, entre 1768 et 1773, le long du domaine de Certes. Mais suite aux récriminations des producteurs de sel charentais, son privilège d'exonération de redevance sur le sel fut aboli. François de Civrac termina sa vie ruiné par les travaux pharaoniques qu'il avait engagés et par son train de vie dispendieux à la Cour. Il résidait très souvent, en effet, au château de Versailles et dans son hôtel parisien.

 

Les salines tombèrent peu à peu en désuétude, au profit des prés salés originaux, mais les modifications humaines se poursuivirent.

 

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Les écluses croisées sur le bord du chemin témoignent de cette activité bien particulière. Elles sont plus que jamais les gardiennes du niveau des eaux en fonction des marées et des variations de la météorologie. Il en existe trente et une, réparties sur la totalité du domaine.

 

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A partir de 1843, Ernest Valeton de Boissière (1811-1894), le fils de François Valeton Boissière, un négociant en vin du Quai des Chartrons, à Bordeaux, influa sur le destin de Certes. Il fit planter des pins et creuser des bassins pour la pisciculture.

 

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 Diplômé en 1830 de l'École Polytechnique, ce personnage atypique devint ingénieur géographe dans l'armée avant de quitter celle-ci vers 1832.

 En 1818, son père avait acquis une importante partie du Domaine de Certes auprès d'un certain Guillaume Darles, pharmacien bordelais. En 1837, il acheta de nouveaux terrains au parisien Augustin Walbreck.

 Dès 1843, Ernest de Boissière entreprit la transformation progressive des anciennes salines en réservoirs à poissons. Cette politique de grands travaux exprimait une vision humaniste de la société, fondée sur les théories de Charles Fourier.

 

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 Charles Fourier (1772-1837) envisageait une société composée de phalanstères, des bâtiments communautaires habités par des personnes qui décidaient de s'unir librement. Dans cette nouvelle société utopique, devaient fleurir les fermes, les potagers, les vergers et les viviers à poissons. L'Homme et la Nature pouvaient ainsi vivre en harmonie, éloignés de la notion de profit égoïste.

 Grand philanthrope, Ernest de Boissière concrétisa ces théories en fondant des écoles mixtes. Il semblerait d'ailleurs que le premier collège mixte de France ait été celui d'Audenge, une commune attenante au domaine. Il traversa l'Atlantique quelques années plus tard, en des temps troublés, pour créer une communauté idéale à Silkville, au Kansas.

 

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Vue de Silkville en 1877.

 

Le château de Certes

 

Un premier château fut érigé vers 1350, sur une motte féodale, pendant la Guerre de Cent Ans. Il fut détruit en 1765.

 Entre 1766 et 1769, le marquis de Civrac fit édifier une demeure seigneuriale qui disparut en 1866. Ce « vieux château » se dressait sur une butte artificielle. Un moulin à eau était situé près de sa tour.

 

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Carte datant de 1708.

 

Ernest de Boissière fit raser cette construction et ériger à la place une élégante chartreuse, aux alentours de 1855. Il utilisa des matériaux issus des bâtiments démolis et notamment des modillons médiévaux.

 

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(Parc des Landes de Gascogne.fr)

 

Après sa mort, Camille Descas, le fils de Jean Descas, un célèbre négociant en vin de Bordeaux, fit moderniser la « maison Boissière » dans le style Second Empire. Il fit ériger des tourelles et un belvédère et agrémenter la demeure d'un décor « Art Nouveau », composé de faïences et de boiseries précieuses, mais le 14 novembre 2010, l'aile sud fut détruite par un incendie.

 Camille Descas et son frère Ferdinand favorisèrent l'essor de la pisciculture et de l'élevage dans les prés salés mais, après leur disparition, survint une période troublée au cours de laquelle le domaine partit en déliquescence.

 Le Conservatoire de l'Espace Littoral et des Rivages Lacustres (CELRL) acquit, à partir de 1984, cette mosaïque de zones humides pour assurer leur protection.

 

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Le domaine est le paradis des oiseaux. Hérons, milans noirs, spatules blanches, gorges bleues, aigrettes, cormorans, mouettes, goélands, bernaches, canards, oies cendrées, cygnes et bien d'autres espèces évoluent dans ce sanctuaire aquatique, survolant l'immensité des prés salés.

 

Les poissons qui entrent dans les bassins, grâce aux fortes marées du Bassin d'Arcachon, servent de nourriture aux plus gourmands, ce qui explique la présence de filets sur certains viviers.

 

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Le délicat gorge bleue à miroir blanc, très rare en nos contrées et à protéger absolument. (Photo de Philip Friskorn pour le Calendrier de l'Oiseau en 2001.)

 

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 Monsieur Cygne a gentiment pris la pose au moment où nous passions.

 

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L'énergie sauvage des marées et la volonté humaine ont modelé ce réseau d'écluses et de canaux où se reflètent les humeurs du ciel.

 

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Les « bosses » sont des levées de terre qui séparent les bassins. Les eaux peu profondes y favorisent le développement des algues et des plantes aquatiques et dessinent des méandres bleu saphir.

 

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Des bleus changeants...

 

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Des moirures féeriques...

 

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L'eau, territoire de rêves et de fécondité...

 

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Au fil de notre marche, nous avons longé le joli port d'Audenge à marée basse. A l'extrémité du quai, se dresse la cabane bleue aux artistes où, de février à novembre, se déroulent des expositions. Les peintres, les sculpteurs et les écrivains y rencontrent le public dans un cadre qui se veut authentique.

 

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La mélodie graphique des pontons...

 

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De scintillantes écritures qui dansent au rythme des marées...

 

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Le lieu est propice à de nombreuses activités: canoë kayak, randonnée, ramassage de coquillages, visite des tonnes (les cabanes de chasseurs), découverte de l'ostréiculture, balades à vélo sur les pistes cyclables autorisées (à ce propos, il est nécessaire de se renseigner dans les Offices de Tourisme d'Audenge et de Lanton).

 

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Les silhouettes tourmentées des cotonniers qui jalonnent le chemin.

 

Le baccharis ou faux cotonnier d'Amérique est une espèce invasive, dont les branches et les troncs composent en hiver une étrange forêt. Au printemps, les fruits ressemblent à de grandes aigrettes cotonneuses, répandues par le vent. En été et en automne, ses fleurs mellifères, appréciées des abeilles, donnent un miel biologique de caractère, vendu dans les épiceries locales.

 

Les Cotonniers de Bassalane est un roman de Michèle Perrein (1929-2010), paru en 1984 aux éditions Grasset. Ce livre, qui reçut le Prix Interallié la même année, relate la vie à la grande époque de la pisciculture.

 

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Nous abordons la « petite plage » qui fait les délices des baigneurs, à la bonne saison.

 

Dans ce lieu, les cotonniers, les tamaris et les ronciers affrontent les colères du vent et servent de refuge à différents animaux.

 

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Ce monde changeant offre une palette unique de formes et de couleurs, comme si le givre de la nuit avait griffé le ciel.

 

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Je remercie mon amie Antoinette, son mari et sa maman de nous avoir guidés à travers ce paysage alchimique, né de la force du flux et du reflux, entre mer et marais...

 

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Des espèces rares et menacées vivent dans ce milieu remarquable. Une prise de conscience de leur vulnérabilité est donc indispensable.

 

La Cistude d'Europe (Emys orbicularis) est une petite tortue qui aime les eaux douces et saumâtres, âgée de deux millions d'années et en voie de disparition. Dotée d'une carapace sombre et un peu bombée, ornée de petits points jaunes, elle possède des pattes palmées, aux puissantes griffes, et une longue queue effilée. Elle arbore un plastron généralement jaune ou noir.

 

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Elle ressemble à un beau galet brillant.

 

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Elle aime les marais, les étangs, les lacs, les canaux et les tourbières. Elle se nourrit de végétaux (elle raffole des carottes) mais elle est aussi carnivore et nécrophage. Elle savoure des poissons, des crustacés, des amphibiens et des petits animaux morts.

 

Dans les haies, les roselières et les prairies humides, vivent le vison d'Europe, nocturne et discret, la loutre joueuse, la genette farouche et la belette, agile, vorace et gourmande, sans oublier les ragondins, les musaraignes et les facétieux lapins sauvages.

 

Le lézard vert aime profiter de la chaleur sur le bord des chemins. Pendant la période nuptiale, la gorge des mâles se pare d'une somptueuse couleur bleu turquoise.

 

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(Photo Dinosoria.com)

 

Les rainettes arboricoles se lovent dans les ronciers et les arbustes des haies: prunelliers, aubépines, églantiers...

 

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Les chauve-souris, les papillons (paon de nuit) et les insectes (capricornes, lucanes cerf-volant...) abondent dans le domaine. Des « chasses au drap », organisées périodiquement par la Société Linnéenne de Bordeaux permettent de découvrir ces fascinantes créatures nocturnes.

 

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Grand paon de nuit sur un tronc de tilleul. (Photo de Pierre-Jean Bernard sur e-fabre.com. )

 

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La flore locale est aussi luxuriante que la faune. Roseaux, ajoncs, fraisiers, violettes et arums sauvages, jacinthe des bois, ancolie bleue, lavande de mer, pissenlits et boutons d'or composent une symphonie colorée et parfumée qui répond, à la saison propice, aux senteurs enivrantes des aubépines et des acacias en fleur.

 

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La gestion des niveaux des eaux saumâtres doit être effectuée avec beaucoup de minutie.

 

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Le clocher de l'église d'Audenge, dressé comme un phare dans le paysage.

 

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Dans ce territoire où nous évoluons constamment à la lisière du conte et de la réalité, les formes se troublent et le jour et la nuit s'interpénètrent... Nos sens aiguisés s'enivrent du chant de l'eau et de la mystérieuse respiration de l'air...

 

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Si vous en avez un jour l'occasion, je ne peux que vous inviter à découvrir ces merveilles, dans le plus grand respect de ce fragile écosystème, en permanente évolution, et dont la préservation est une absolue priorité.

 

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Bibliographie

 

C. BOUSQUET-BRESSOLIER, F. BOUSCAU et M.-J. PAJOT: Les aménagements du Bassin d'Arcachon au XVIIIe siècle. Mémoire du laboratoire de géomorphologie de l'École Pratique des Hautes Études, n°43. Dinard éditions, 1990, 224 p.

 

M. HOUDART: Entre terre et mer, les 250 ans du littoral. IFREMER, mai 2003.

 

F. VERGER: Marais et estuaires du littoral français. Paris: Belin éditions. 333p.

 

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