Solitaire, sensuelle, énigmatique... cette statue de marbre blanc signée Hélène Bertaux (1825-1909) se dresse, depuis 1923, dans les jardins du Luxembourg. La belle est une version moderne du personnage de Psyché, choisie pour exprimer le combat d'une femme d'exception, profondément engagée au service de l'art et des artistes.
Elle évoque la ténacité de celles qui ont décidé d'embrasser une carrière artistique en dépit des obstacles dressés par la société. Madame Bertaux obtint pour cette œuvre une médaille d'or de première classe lors de l'Exposition Universelle de 1889 et fut la première femme sculpteur à voir son travail officiellement consacré.
Le grain de mes photos est un peu flou car la statue n'est pas accessible directement. Comme vous le constatez sur l'image ci-dessous, elle est éloignée du chemin emprunté par les visiteurs. J'ai utilisé les capacités maximales de mon zoom.
Déposé au Sénat en 1923, le marbre de Psyché fut exposé au Salon de 1889. Son modèle en plâtre, qui figura à l'Exposition Universelle de la même année, se trouve depuis 1891 au Musée de Sète où il a été envoyé par l'État.
Une répétition en bronze, propriété de la ville de Paris, a été placée sous le péristyle du Petit-Palais. Le public la découvrit lors de l'Exposition Universelle de 1900.
Après 1850, le combat d'Hélène Bertaux fit écho au désir exprimé par de nombreuses femmes d'entrer dans les cercles artistiques. Certaines furent accueillies dans des cénacles « ouverts » mais il y eut dichotomie entre leur volonté d'exposer dans les Salons et la réelle considération qu'on leur accordait. On leur commandait peu d’œuvres personnelles, préférant les reléguer au rôle de copistes et les qualifier d'inspiratrices avec une formidable hypocrisie. On disait qu'elles n'avaient pas assez de qualités pour être des créatrices et on se demandait pourquoi elles souhaitaient l'être, elles qui étaient de ravissantes muses insufflant aux hommes le désir de les peindre... On pensait aussi que leurs connaissances en anatomie étaient limitées et qu'elles seraient choquées à la vue de corps déshabillés. Face à cette offensive artistique qui menaçait pour certains la suprématie masculine, Napoléon Ier (1769-1821) décida d'interdire aux femmes l'accès à l'école des Beaux-Arts mais les académies privées n'eurent pas cette rigidité. La mixité des étudiants et la nudité des modèles furent d'usage dans les cours dispensés par l'Académie Julian et l'Académie du sculpteur Filippo Colarossi.
L'Académie Julian en 1881, peinture de Marie Bashkirtseff (1858-1884), artiste ukrainienne. (Dnipropetrovsk State Art Museum.)
École privée de peinture et de sculpture, l'Académie Julian fut fondée, en 1867, par le peintre français Rodolphe Julian (1839-1907). Elle accueillit de très nombreux artistes au début du XXe siècle.
Rodolphe Julian en 1893.
Originellement située dans le passage des Panoramas (2e arrondissement), elle ouvrit un second atelier au numéro 31 de la rue du Dragon, dans le 6e arrondissement, et un troisième atelier, au numéro 51 de la rue Vivienne, où les jeunes femmes en quête d'apprentissage et de reconnaissance artistique furent accueillies à partir de 1880.
L'Académie en 1889
L'École des Beaux-Arts n'appréciait pas ce qu'elle considérait comme une forme insupportable de provocation et de laxisme. Son administration se disait profondément choquée par l'intrusion des femmes dans la sphère artistique et par le fait qu'elles puissent étudier l'anatomie et peindre des hommes nus.
Exposition annuelle des élèves, en 1897, affiche de David Ossipovitch Widhopff (1867-1933).
Outre la qualité de l'enseignement dispensé, l'Académie Julian attirait un grand nombre d'étudiants européens et américains, des artistes professionnels et des amateurs éclairés qui souhaitaient se perfectionner dans différentes disciplines. De grands noms comme Maurice Denis, Paul Sérusier, Marcel Duchamp, HenriMatisse, JeanDubuffet, Pierre Bonnard, Édouard Vuillard (etc...) lui furent associés. La renommée des lieux favorisa l'accès des élèves aux Salons et leur présentation au Prix de Rome. Une aura sulfureuse entourait cette institution peuplée d'étudiants qui multipliaient, dans le but de heurter les moralisateurs, les manifestations artistiques que nous qualifierions aujourd'hui de « performances ». Les jeunes femmes inscrites revendiquaient aussi une libre sexualité et leurs rapports, tant artistiques qu'érotiques, avec les hommes des lieux étaient perçus comme une provocation envers les mœurs et les normes sociales. Ah, les bien-pensants, outre nous hérisser le poil à chaque époque de l'histoire, que font-ils d'autre ?!!! Heureusement que des esprits libres ont toujours existé, mettant un point d'honneur à aiguillonner ces insupportables donneurs de leçons dans le fondement de leur hypocrisie...
Les portes de l'Académie Julian fermèrent pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1959, Guillaume Met de Penninghen (1912-1990) et Jacques d’Andon firent l'acquisition des lieux et mirent en place un cursus destiné à préparer les étudiants aux exigences des grandes écoles d’Art. Alternative audacieuse à la rigidité de l'enseignement classique, l'Académie devint en 1968 l'École Supérieure d’Arts Graphiques ou ESAG Penninghen.
Le sculpteur italien Filippo Colarossi fonda, en 1870, l'Académie Colarossi au numéro 10 de la rue de la Grande-Chaumière. Son héritage artistique était celui de l'Académie de la Rose, ancienne « Académie de nu Suisse-Cabressol », créée en 1815 par Charles Suisse, peintre genevois et modèle du maître Jacques-Louis David (1748-1825) - à ne pas confondre avec l'architecte Charles Suisse (1846-1906). L'Académie de la Rose se situait à l'angle du quai des Orfèvres et du boulevard du Palais, sur l'île de la Cité. Un atelier établi au numéro 43 de l'avenue Victor Hugo, dans le 16e arrondissement, appartenait aussi à l'Académie Colarossi. Elle attira de nombreux élèves, déçus par l'atmosphère trop conservatrice qui régnait à l'École des Beaux-Arts. Jusqu'aux années 1930, hommes et femmes partagèrent un apprentissage de qualité, dans une libre atmosphère proche de celle qui régnait à l'Académie Julian.
En 1907, l'Académie Colarossi nomma sa première femme professeur: l'artiste néo-zélandaise Frances Mary Hodgkins (1869-1947).
F. M. Hodgkins
De même que Jeanne Hébuterne, la muse de Modigliani, Camille Claudel fit ses classes à l'Académie Colarossi. Dans cette ruche débordante d'audace et de créativité, où les expériences mêmes les plus singulières étaient acceptées, on trouvait, parmi un grand nombre d'étudiants étrangers, une majorité d'américains, de canadiens et de scandinaves.
Hélène Bertaux, le Printemps, 4e quart du XIXe siècle, musée Vivant Denon à Chalon sur Saône. Image culture.gouv.fr
Sans la souplesse d'esprit des créateurs de l'Académie Julian et de l'Académie Colarossi conjuguée à l'opiniâtreté d'Hélène Bertaux, le talent des femmes artistes n'aurait jamais pu se manifester dans la deuxième moitié du XIXe siècle.
Hélène Bertaux (Joséphine Charlotte Hélène Pilate) fit ses classes dans les ateliers de Pierre Hébert (1804-1869), son beau-père, sculpteur. Elle eut un fils d'un premier mariage puis elle épousa le sculpteur Léon Bertaux.
Hélène Bertaux photographiée par Émile Carjat en 1863, lors de sa conception de la maquette de la fontaine Léon Herbet pour la ville d'Amiens.
Bien que considérée par ses maîtres comme une décoratrice émérite, elle connut des temps difficiles dans son atelier de la Butte Montmartre mais sa ténacité lui permit d'accéder à la reconnaissance publique en 1864 avec Le jeune gaulois captif pour lequel elle obtint la première médaille à l'Exposition Universelle des Beaux-Arts. Précédemment, ses propositions avaient été recalées. Elle souffrit sur le plan personnel et financier jusqu'à ce qu'elle se lie d'amitié avec un négociant en bronze appelé monsieur Paillard. Conscient de l'étendue de son talent, ce dernier lui permit d'être acceptée dans les meilleurs cénacles artistiques.
Elle travailla pour des particuliers, reçut de nombreuses commandes pour le décor d'édifices publics et fut la première femme sculpteur à être officiellement consacrée pour son œuvre. En 1889, lors de l'Exposition Universelle, elle obtint la fameuse médaille d'or de première classe pour Psyché sous l'emprise du mystère.
Elle réalisa deux frontons (La Navigation et la Législation) pour le nouveau Louvre, des bustes pour l'opéra Garnier, une statue en pied du peintre Jean-Baptiste Siméon Chardin (1699-1779) pour l'une des façades de l'Hôtel de Ville de Paris, des allégories des Saisons pour le parc Isadora Cousiño au Chili, un florilège de portraits, de médailles, d'objets religieux et une fontaine monumentale pour la ville d'Amiens.
Cette encre sur papier calque collé sur papier blanc, réalisée entre 1864 et 1874, a été attribuée à Aimé Duthoit (1803-1869) puis à Louis Duthoit (1807-1874). Elle représente la fontaine Herbet, autrefois située place Longueville à Amiens (Somme).
En 1861, un certain monsieur Herbet-Briez fit don à la ville d'une somme conséquente, soit 20 000 francs, pour la création d’une fontaine dans un square, d’après une esquisse de son fils Léon Herbet. Inaugurée le 3 juillet 1864, la fontaine fut transférée en 1888 boulevard de Belfort, dans ce qu'on appelait les petits jardins, en raison de la construction d'un cirque place Longueville. Hélas, le 24 décembre 1941, la fontaine fut déposée et fondue.
En vertu d'une loi promulguée par le Gouvernement de Vichy, le 11 octobre 1941, les statues métalliques non ferreuses devaient être fondues, ce qui fit disparaître de nombreuses sculptures dans les parcs et les jardins de France.
Le Jeune gaulois prisonnier, marbre de 1867. (Image culture.gouv.fr). Une répétition en bronze fut réalisée peu avant 1874 à partir du plâtre originel, daté de 1864. L’œuvre a d'autant plus marqué les esprits que les femmes, comme je l'écrivais tout à l'heure, n'accédaient pas aux cours de nu et d'anatomie.
Treize ans avant Psyché, une œuvre voluptueuse et délicate intitulée la Jeune baigneuse connut un succès retentissant. Ce marbre daté de 1876 est conservé au musée Vivant Denon à Chalon-sur-Saône. (Image culture.gouv.fr).
Hélène Bertaux travailla sans relâche à la reconnaissance du talent artistique féminin. Elle fut l'instigatrice, en 1873, des premiers cours de modelage ouverts aux femmes et inaugura, en 1879, une école féminine de peinture et de sculpture.
En 1881, elle créa l'Union des Femmes Peintres et Sculpteurs qui acquirent, au fil de leurs expositions annuelles, une véritable reconnaissance. L'artiste Rosa Bonheur (1822-1899), médaillée d'honneur à l'Exposition Universelle de 1855, les surnomma « les sœurs du pinceau ».
En 1893, Hélène Bertaux participa à l'Exposition Internationale de Chicago et devint en 1896 l'unique membre féminin du jury de sculpture du Salon des Artistes Français. En 1897, elle obtint l'ouverture officielle de l'École des Beaux-Arts aux femmes qui purent concourir au Prix de Rome à partir de 1903. Mais à l'instar de Marie Curie (1867-1934), elle se vit refuser l'accès à l'Institut qui bouda sa première candidature et rejeta d'office la seconde.
Le Printemps. Image culture.gouv.fr
A partir de 1897, elle s'installa avec son époux dans le village sarthois de Saint-Michel de Chavaignes, au château de Lassay. Depuis 1909, elle repose dans le cimetière local.
Si tant de femmes peuvent aujourd'hui librement créer et revendiquer le statut d'artiste, c'est bien grâce à Hélène Bertaux qui a su déployer des trésors de combativité, ne laissant jamais l'adversité émousser sa volonté, à une époque pas si éloignée de la nôtre. Sa Psyché sous l'emprise du mystère est un modèle de talent et de simplicité mais sa situation dans le Jardin du Luxembourg ne la met pas véritablement en valeur. A la différence des autres statues qui peuplent les lieux, elle est comme abandonnée au milieu d'une façade majestueuse et austère et semble inaccessible. La plupart des visiteurs ne remarquent pas cette œuvre épurée, symbole du combat pour l'émancipation féminine et la reconnaissance de talents qui le méritaient.
Sources et bibliographie
Catalogue d'exposition au Grand Palais. La Femme peintre et sculpteur du XVIIe au XXe siècle. Paris, 1975.
BONNET Marie-Jo : Les femmes artistes dans les avant-gardes, 2006, Odile Jacob.
DEMONT-BRETON Virginie : La Femme dans l’art, Revue des revues, XVI, 1896.
LAMI Stanislas : Dictionnaire des sculpteurs de l'École française au XIXe siècle, Paris, Honoré Champion, 4 volumes, 1914-1921.
VACHON Marius : La Femme dans l’art. Les protectrices des arts, les femmes artistes. 1893, Paris, Rouam.
Merci pour tous vos gentils messages, je vous souhaite un excellent mois de février...
Quelles que soient les couleurs du temps, les humeurs de la saison, les pensées de ceux qui m'entourent, je me love sous l'arbre et j'embrasse l'ample couronne qui porte les rêves et les dieux. L'arbre qui murmure, pleure, tremble, chante, s'exalte et se rappelle être tombé tant de fois et de tant de manières. Flamme qui respire et dont la sève éclate aux lèvres des nuages... (Cendrine)
« L'Arbre est le lien entre les mondes souterrain et céleste. Arbres, éternels efforts de la terre pour parler au ciel qui l'écoute. » Rabindranath Tagore (1861-1941), poète, philosophe, peintre, dramaturge et compositeur indien.
« Mais il en va d'une œuvre comme d'un arbre : plus les racines s'enfoncent dans la nuit dense de la terre, plus grand est le morceau de ciel que la ramure peut embrasser. » Michel Tournier (né en 1924).
Arbres d'hiver arbres torses
Doigts griffus et mues d'écorce
Sombres formes qui s'enlacent
Tentacules au ciel de glace
(Cendrine)
Comme toute saison l'arbre est mouvement, contemplation secrète, attente et vertige d'un nouveau cycle qui jaillira de la blanche spirale de l'hiver et fera chuchoter le printemps sur les toits de Paris... (Cendrine)
Ma tristesse et ma colère s'associent aux émotions de millions de personnes en France et à travers le monde.
Pour les 17 personnes lâchement assassinées en trois jours et leurs familles, pour ceux qui défendaient sans faillir la liberté d'expression, sans oublier les blessés, les forces de l'ordre, les personnels soignants, les agents de la Sécurité Civile, ceux qui partout payent de leur vie le fait de s'exprimer et ceux qui se lèvent dans un même élan, contre la connerie et la barbarie mélangées... Je suis Charlie !
Si vous voulez savoir qui est à l'origine du slogan « Je suis Charlie », suivez ce lien.
Le deuxième lien conduit à un article qui décrit le business de ceux qui se font du fric sur le dos des « circonstances ». Suis-je surprise ? Évidemment non... Heureusement que le recueillement et les larmes d'innombrables personnes sont sincères...
Suite à la polémique, Ebay a décidé de reverser à Charlie Hebdo les commissions obtenues en France... Ben voyons...
Pour se souvenir de l'humour caustique, « trash », brillant, ultra impertinent des dessinateurs et des collaborateurs du journal, j'ai choisi cette série de dessins qui sont parmi mes préférés. Je suis lectrice de Charlie depuis 2006...
(Celle-là me fait vraiment trop marrer, les autres aussi mais celle-là...)
Je rajoute ce dessin, très réussi, de Delucq.
Je pense que nous sommes très nombreux à nous reconnaître dans cette image !
« On ne peut empêcher les oiseaux noirs de voler au-dessus de nos têtes mais on peut les empêcher d'y faire leur nid. » Proverbe taoïste.
Soufflons sur les pétales racornis de la vieille année pour que jaillisse l'année nouvelle, toute de rouge, de rose, d'émeraude et d'or vêtue !
Je vous adresse, ainsi qu'à vos proches, mes vœux de bonheur, d'amour, de santé et de prospérité afin que 2015 soit pétillante et colorée de belles promesses, de rencontres savoureuses et de projets réussis!
Nous savons que les peines et le chaos ne peuvent être facilement balayés mais continuer à croire en quelque chose de meilleur et conserver l'enthousiasme sont des atouts majeurs. En cette période festive, je n'oublie pas les personnes seules et démunies et les ami(e)s de la toile qui ont été rudement éprouvé(e)s en 2014. Je veux vous redire ma foi en l'avenir et en nous et vous remercier pour votre soutien et les paroles de réconfort et d'amitié que vous avez semé sur mon blog tout au long de l'année.
Je vous souhaite un excellent mois de janvier et une très belle année 2015! Avec de gros bisous...
Mes pensées s'envolent vers vous, dans le scintillement des bougies, le souffle des légendes et les senteurs enlacées d'orange, de cannelle et de chocolat chaud.
Que la magie de Noël rayonne dans vos foyers, sereine et généreuse aux portes de l'année nouvelle!
Je vous remercie pour les moments de joie et de complicité que nous avons partagés, tout au long de l'année 2014, et je n'oublie pas les personnes seules et démunies en cette période de festivités. Puissent-elles connaître un peu de réconfort et d'apaisement !
Je vous embrasse tendrement ainsi que vos proches, prenez soin de vous et à très bientôt dans nos bulles étoilées...
Illustration de Joséphine Wall.
Scène issue du film « A la croisée des mondes : La Boussole d'Or », 2007.
La nuit du Solstice d'Hiver est une nuit magique, un passage entre les mondes célébré depuis des temps immémoriaux. Elle a métamorphosé les couleurs de l'automne pour créer sa propre féerie.
La Conteuse, 1906, par Édouard Jérôme Paupion (1854-1912). Photo RMN-Grand Palais, F. Vizzavona / D. Arnaudet.
Jadis, on se réunissait devant l'âtre près de la tisseuse d'histoires, celle dont la pupille gauche révélait un croissant de lune énigmatique et dont le chant propageait le « vieux savoir » pour que la connaissance des récits fondateurs ne soit pas oubliée. Les émotions les plus vives naissaient dans la coupe de ses mots. Elle symbolisait l'âme de tout ce qui avait été et concentrait dans son regard le fascinant pouvoir des Parques. Elle contait les forêts légendaires, les fontaines, les mares et les sources enchantées, la force protectrice de la bûche de chêne, les arbres verts et le soleil en fusion dans le ciel glacé. Elle invoquait, dans les cendres du foyer, la Cailleach ou la « Vieille Épouse de Noël », mystérieuse déesse celtique associée à la chouette, emblème de sagesse et de clairvoyance...
Quand le vent glacé grondait à la cime des arbres, frappait aux fenêtres et s'engouffrait sous les toits, on savait, par les hypnotiques mouvements de ses lèvres, que les Grises chevauchaient, que Lucie la Blanche parcourait les chemins, sa couronne de lumière ouvrant l'obscurité, et que le Chasseur Sauvage menait son armée fantôme sous les nuages d'argent.
La Chasse Volante d'Odin, peinte en 1872 par le peintre norvégien Peter Nicolai Arbo (1831-1892).
La marche des lutins, par John Bauer (1882-1918), illustrateur suédois.
Elle est devenue spectrale mais les braises de l'imagination rougeoient encore dans la mémoire de l'âtre. Sa magie chemine avec le Père Noël et les Dames de la Nuit (Holle, Holda, Berchta, Perchta, Aradia...), Grand-Père et Grand-Mère Hiver, les Rois Mages, la Sorcière Befana et toute une cour de personnages facétieux et fascinants.
Gustav Fjaestad (1868-1948), Paysage hivernal.
Pour célébrer les charmes de la période, je vous invite au coeur des contrées glacées, dans le monde merveilleux de l'illustratrice suédoise Jenny Eugenia Nyström (1854-1946), sur les traces de la Chèvre de Yule, du Julenisse et du Tomte...
Dans les pays du Nord de l'Europe et les régions situées près du Cercle Polaire, de sympathiques petits lutins apportent traditionnellement les cadeaux.
Pendant la nuit du Solstice d'Hiver, la plus longue de l'année, on entend tinter des grelots enchantés dans l'air soyeux. Les lutins prennent place dans un traîneau conduit par des rennes ou des boucs ou chevauchent à travers la neige une chèvre sacrée, aux cornes recourbées, émanation des forces de fécondité.
Julbocken, (1912), par John Bauer (1882-1918).
Ils sont les avatars de l'Esprit du Foyer, le Lutin qui veille sur chaque habitation en échange de lait, de bière, de liqueur de myrtille ou d'airelle et de plaisirs sucrés.
Les illustrations de Jenny Nyström mettent en scène le Julenisse, personnage légendaire de la tradition suédoise,« héritier » du Nisse protecteur des fermes.
Le Julenisse est un pourvoyeur en cadeaux, à l'instar de la Chèvre de Noël (Julbock) à laquelle il s'est peu à peu substitué. Dans l'imagerie traditionnelle, il apporte les cadeaux et présente des traits caractéristiques d'un autre personnage incontournable : le Père Noël. Il peut prendre place dans un traîneau conduit par des rennes mais la chèvre l'accompagne le plus souvent dans sa tournée.
Dans les pays scandinaves, le Julbock est considéré comme l’un des plus anciens symboles de Noël. Ses origines sont pré-chrétiennes et marquent, dans le Zodiaque, la venue de la Lune du Capricorne.
John Bauer, Chèvre de Jul et Nisse.
Deux boucs conduisaient le char du dieu Thor, divinité nordique du tonnerre qui créait la foudre avec son marteau Mjöllnir pour combattre les géants, forces du chaos. Pour nos ancêtres, la pluie tombait en raison de violentes querelles entre les dieux. Les dieux de la guerre jetaient leurs chars contre les nuages ou s'affrontaient en se lançant des myriades d'éclairs.
Le dieu Thor, peint en 1872 par l'artiste suédois Marten Eskil Winge (1825-1896). On aperçoit ses deux puissantes montures : Tanngnjost « Dents Grinçantes » et Tanngnsnir « Dents étincelantes » qui seraient, d'après les légendes nordiques, les ancêtres des rennes du Père Noël.
Attributs de Thor/Donar, le maître de la météorologie, les boucs et les chèvres furent hélas associés au Diable et aux sorcières à l'époque chrétienne mais pour les populations rurales, les petites chèvres en paille, confectionnées au moment du solstice d'hiver, étaient dotées de vertus apotropaïques.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les croyances populaires faisaient état de boucs-croquemitaines qui se glissaient dans les maisons pour effrayer et punir les enfants turbulents, à l'instar du Père Fouettard ou de Krampus (voir mon article sur la Saint-Nicolas).
Julbock, par Connie Lindqvist (1950-2002).
Au cours du XIXe siècle, le Julbock devint la créature chargée de distribuer les cadeaux (tout comme le lièvre d'Ostara distribue les oeufs de Pâques). Chaque enfant tressait son Julbock avec du blé séché car d'après la légende, pendant la nuit de Noël, la chèvre blanche et dorée voyageait dans les airs jusqu'au pays des cadeaux afin d'y quérir ce que l'enfant désirait.
Chèvre de Yule/Jul (Image Norgska.fr)
Le Julbock fut ensuite « remplacé » par le Julenisse mais il demeure un personnage incontournable des festivités de Noël et il accompagne le petit lutin à bonnet rouge dans ses tournées.
Dans la Suède ancienne, les jeunes gens se rendaient de ferme en ferme pour chanter des chansons de quête sur le thème de la chèvre de Noël. L'un d'eux, considéré comme le porteur de l'Esprit de Noël, arborait un masque blanc et de grandes cornes. On offrait volontiers de la nourriture et des boissons traditionnelles à ces visiteurs facétieux.
Illustration de John Bauer, 1910.
Dans la ville de Gävle, en Suède, on peut admirer chaque année, depuis 1966, une chèvre de paille géante (13 mètres) qui reproduit, de manière contemporaine, la tradition du Julbock. Érigée à l'initiative de Stig Gavlén, un consultant en publicité, dans l'espoir d'attirer les visiteurs vers les commerces du quartier de Slottstorget, elle est devenue une véritable institution.
Chèvre de Gävle, photographiée le 21 décembre 2009 par Tony Nordin/Apeshaft.
Chaque année, certains essayent de brûler cette version inattendue du Julbock traditionnel. Des paris sont lancés pour tenter de savoir si elle sera consumée avant Noël ou la Nouvelle Année. En 2006, les autorités locales ont décidé de la faire revêtir de matériaux ignifugés et de placer des caméras tout autour. Il est de plus en plus difficile de brûler la chèvre ou le bouc de Gävle mais des esprits zélés, périodiquement, y arrivent.
Le Tomte, variante du Julenisse, apparut, en 1881, sous une forme illustrée dans le magazine suédois Ny Illustrerad Tidning.
«Le froid de la nuit de la mi-hiver est intense,
les étoiles scintillent et frissonnent.
Ils dorment tous dans la ferme isolée,
profondément à l'heure de minuit.
La lune glisse sur sa trajectoire silencieuse,
la neige poudre de blanc brillant pins et sapins,
la neige poudre de blanc brillant les toits des maisons.
Seul le tomte, dans l'obscure nuit, est éveillé. »
« Midvinternattens köld är hård,
stjärnorna gnistrar och glimmar.
Alla sover i enslig gård
djupt under midnattstimma.
Månen vandrar sin tysta ban,
snön lyser vit på fur och gran,
snön lyser vit på taken.
Endast tomten är vaken. »
(...)
Viktor Rydberg (1828-1895), Tomten
Protecteur du foyer et pourvoyeur en nourriture et en cadeaux, le Tomte voyage à pied ou à dos de chèvre ou de cheval. Il aime tantôt la solitude, tantôt la compagnie de ses congénères et de certains animaux.
Les lutins s'affairent dans le paysage avec une vigueur facétieuse et la magie du Père Noël fait crépiter la nuit.
« Joulupukki », le nom finnois du Père Noël, vient de « Joulu » : « Noël » et de « Pukki », mot qui désigne le bouc et fait référence au « Nuuttipukki », un personnage mystérieux de l’ancienne Finlande qui se rendait de maison en maison, vêtu d'un costume de bouc. Il arborait de grandes cornes et un masque composé d'écorce de bouleau, l'arbre traditionnel des chamanes polaires et de la Déesse Blanche. On lui donnait de l'alcool et de la nourriture. Il distribuait des friandises aux enfants sages et des fagots tressés aux turbulents.
Le Père Noël vit en compagnie de son épouse, la Mère Noël (Joulumuori), des lutins (Joulutonttu) et des rennes, en Laponie finlandaise, à Korvatunturi, un mont de forme arrondie et doté, d'après la légende, de grandes oreilles qui lui permettent d'entendre ce que disent les enfants... Tout au long de l'année, avec la précieuse aide des lutins, il fabrique les cadeaux dans son atelier. A la date fatidique, il prend place dans un traîneau tiré par des rennes mais, à la différence du Santa Claus américain qui glisse dans les airs, il voyage par voie terrestre.
Arthur Rackham (1867-1939), Père Noël.
Profondément ancré dans le coeur et l'esprit des enfants et de ceux qui ont su préserver leur âme d'enfant, le Père Noël est l'émanation de traditions très anciennes dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Figure païenne assumée que l'Église tenta vainement d'annihiler -allant même jusqu'à brûler son effigie devant la cathédrale de Dijon en 1951- il est le chantre des mystères du Solstice d'Hiver et prolonge les célébrations de la Saint-Nicolas...
« ...Saint Nicolas qui fut abolie dans plusieurs pays d'Europe après la Réforme (XVIe siècle) mais qui survécut, pendant des décennies, aux Pays-Bas. Au XVIIe siècle, les traditions néerlandaises s'implantèrent aux États-Unis lors des arrivées massives d'immigrants. Les Hollandais fondèrent la colonie de Nieuw Amsterdam qui devint New York en 1664 et le traditionnel Sinter Klaas néerlandais devint Santa Claus, le Père Noël, qui accomplit sa tournée dans la nuit du 24 décembre.
La marque Coca Cola modela son apparence et le fit connaître d'un large public mais elle n'a en aucun cas créé le débonnaire personnage à barbe blanche. Il faut se méfier de ce qu'on peut lire sur de nombreux sites qui interprètent très mal les récits de folklore et l'histoire des traditions populaires. » Extrait de mon article intitulé Saint-Nicolas, le messager de l'hiver.
L'année prochaine, je vous ferai découvrir les mythes qui ont présidé à la création du Père Noël et les procédés inventés par les Puritains pour tenter de le faire disparaître, sans oublier les auteurs (Washington Irving, William Gilley, Charles Dickens...) et les illustrateurs (Clément Moore, Thomas Nast, Haddon Sundbloom...) qui ont modelé l'iconographie de ce personnage indissociable de la magie hivernale.
Je vous souhaite à nouveau de très belles fêtes. Amicalement vôtre et gros bisous !
Quinze jours avant le Solstice d'Hiver, un personnage débonnaire et complexe, émanation des plus anciennes légendes et de rituels mystérieux, accomplit, dans certaines régions de France et dans plusieurs pays d'Europe et du monde, une distribution de friandises et de cadeaux. Très attendu par les enfants, il apporte la lumière de l'espérance et protège les innocents contre les forces de l'obscurité hivernale.
Saint-Nicolas naquit vers 270 après J.-C. dans la ville de Patare, en Asie Mineure. Sa mère s'appelait Anne, elle était la sœur de Nicolas l'ancien, archevêque de Myre, et son père, Euphémius, était un homme riche et très pieux. Il aurait accompli son premier miracle en se tenant debout dès sa naissance. Il fut évêque de Myre, ville située dans l'actuelle Turquie, et mourut le 6 décembre de l'année 310.
Une huile odorante et miraculeuse s'échappa de son sépulcre, déposé dans la cathédrale de Myre dont les Sarrasins s'emparèrent en 1087 mais des marchands italiens parvinrent à subtiliser ses reliques et à les emmener à Bari, dans les Pouilles où fut érigée une magnifique cathédrale en son honneur. Les rituels qui lui furent associés se propagèrent le long des voies fluviales et maritimes et furent principalement diffusés en France au retour des Croisades.
Le culte de Saint-Nicolas s'implanta en Lorraine aux alentours de l'an mil et devint « officiel » en 1477, après la victoire de René II sur Charles le Téméraire, à la bataille de Nancy. Il se mêla peu à peu, dans les contrées celtiques et germaniques, à des personnages locaux.
Son patronage concerne une foule de métiers et d'activités: écoliers, enseignants, voyageurs et pèlerins, jeunes gens désireux de se marier, forgerons, cordonniers, brasseurs, tonneliers, marins, bateliers, pêcheurs, bouchers, apothicaires, ciriers, vitriers, prisonniers, notaires dans certaines régions, avocats à Paris. Il est aussi le saint patron de la Russie, de la Grèce, des villes d'Amsterdam, de Fribourg, de New York...
Au XVIe siècle, la Réforme de Luther s'efforça de remplacer Saint-Nicolas par l'enfant Jésus ou Christkindel mais Nicolas « survécut » et se confondit, au fil du temps, « avec des personnages locaux pour engendrer un personnage synthétique qui, sous l'influence américaine, deviendra plus tard le Père Noël », comme nous l'explique Bernard Coussée dans son passionnant ouvrage intitulé Saint-Nicolas: Histoire, mythe et légende.
En 1871, suite au Traité de Francfort, 20000 lorrains et alsaciens quittèrent leur terre natale et se répartirent à travers les différentes régions de France. Ils propagèrent la coutume du sapin de Noël, initiée en 1837 par la duchesse d'Orléans. La duchesse avait fait dresser un sapin aux Tuileries mais l'arbre vert était resté marginal hormis dans la noblesse et la bourgeoisie aisée.
Les migrants répandirent aussi le culte du vieillard débonnaire à barbe blanche, portant la crosse, la mitre et arborant un manteau rouge. Dans l'imagerie populaire, il est accompagné d'un âne soutenant un sac rempli de cadeaux et d'un alter ego réputé maléfique, le Père Fouettard, émanation de Krampus, un démon des anciens mondes.
Les miracles de Saint-Nicolas
Le Miracle de Saint-Nicolas, 1696, œuvre du peintre Louis Herluison, actif dans la deuxième moitié du XVIIe siècle.
La légende de Saint-Nicolas relate une succession de miracles associés à des cycles d'abondance et de fécondité, comme en témoigne la Complainte des enfants au saloir.
« Il était trois petits enfants,
Qui s’en allaient glaner aux champs.
Ils sont tant allés et venus
Que le soir ils se sont perdus.
Ils sont allés chez le boucher :
« Boucher, voudrais-tu nous loger ? »
« Entrez, entrez, petits enfants,
Il y a d'la place assurément.
Nous vous ferons fort bien souper.
Ils n’étaient pas sitôt entrés
que le boucher les a tués.
Les a coupés en p'tits morceaux
Mis au saloir comme pourceaux.
Saint Nicolas au bout d'sept ans
vint à passer dedans ce champ,
alla frapper chez le boucher :
« Boucher, voudrais-tu me loger ?»
« Entrez, entrez Saint Nicolas.
De la place, il n’en manque pas. »
Il n’était pas sitôt entré,
Qu’il a demandé à souper.
« Voulez-vous un morceau d'jambon ? »
« Je n’en veux pas, il n’est pas bon. »
« Voulez-vous un morceau de veau ? »
« Je n’en veux pas, il n’est pas beau.
« Du p'tit salé je veux avoir
qu’il y a sept ans est au saloir.»
Quand le boucher entendit ça,
bien vivement il se sauva.
« Boucher, boucher, ne t’enfuis pas !
Repens-toi, Dieu te pardonn’ra. »
« Petits enfants qui dormez là,
je suis le grand Saint-Nicolas.»
Le grand Saint étendit trois doigts,
et les enfants ressuscita.
Le premier dit : « J’ai bien dormi.»
Le second dit : « Et moi aussi.»
« Je me croyais au paradis.»
A ajouté le plus petit.
Vitrail de l'histoire de Saint-Nicolas, visible dans l'église de Joinville en Haute-Marne. Photo Vassil.
Le plus fameux miracle de Saint-Nicolas fut donc de ressusciter les trois garçonnets que le boucher avait découpés et mis au saloir. Personnage vorace qui représente les forces obscures de la terre, le boucher est souvent évoqué dans les contes et les récits de veillée. Il se rapproche des esprits du sel qui accompagnent le saint dans les histoires populaires.
Saint-Nicolas entendit aussi les prières d'une femme qui s'était rendue à la messe en oubliant son enfant dans le bain. Quand elle regagna sa maison, l'enfant l'attendait, sain et sauf, dans une cuve d'eau placée sur le feu.
Saint-Nicolas et les mystérieuses puissances de l'eau
Le long des voies navigables, Nicolas s'est substitué à Hnikar Odin, l'ancien dieu germanique des eaux. Je cite à nouveau Bernard Coussée : « Derrière la légende médiévale de Saint-Nicolas, on décèle des traditions pré-chrétiennes relatives à un démon des eaux. »
Georg Von Rosen (1843-1923), Odin the wanderer (Odin le vagabond), 1886.
L'étymologie du nom « Nicolas » est particulièrement riche de sens. Nickes et nix signifient « génie des eaux » en allemand, ce qui fait de Nicolas, par différents aspects de sa légende, l'enfant de la Nisse, une créature mystérieuse et complexe, à la fois mère des eaux et croquemitaine aquatique.
La Nisse ou Nixe évolue dans les eaux profondes, troubles ou marécageuses et règne sur les tourbières enchantées. Cette ogresse protéiforme apprécie la chair des enfants qu'elle attire par le biais de métamorphoses humaines et animales. Elle engendre les Nisses ou Nixes, puissances liquides qui incarnent la férocité des eaux en période de crue ou de changement de saison.
Mais dans le folklore du nord de l'Europe, le Nisse désigne un facétieux et bienveillant petit lutin qui distribue les cadeaux aux enfants, la nuit du solstice d'hiver.
Jenny Nyström (1854-1946), peintre et illustratrice suédoise de livres pour enfants, le Nisse ou Tomte.
Fils de la Nisse et saint thaumaturge, Nicolas est un médecin (du corps et de l'âme), c'est à dire un « mire » en ancien français. A la fois mage et guérisseur, il exerce un pouvoir sur l'élément liquide, matière ambivalente dans laquelle on se « mire », miroir des autres réalités lovées dans le monde humain.
Il est honoré dans de nombreuses chapelles situées près de l'eau et dans les lieux où se concentrent les forces telluriques. Ses reliques y ont attiré pendant des siècles les pèlerins venus de toute l'Europe.
C'est le cas de sa « phalange dextre bénissante » rapportée, à la fin du XIe siècle, après la Croisade, par le chevalier Albert de Varangéville (certains auteurs le nomment « Aubert ») à Saint-Nicolas-de-Port, en Meurthe-et-Moselle.
En Vendée, où de nombreuses églises ont été construites sous son patronage, des processions se déroulent dans les petits villages et ont toujours « un rapport avec l'eau ».
En Grèce, où il est le saint patron des bateliers, on trouve dans plusieurs chapelles des petits bateaux votifs qui lui sont dédiés. En France également, le long des côtes vendéennes et bretonnes (...) ou à l'intérieur des terres. Le musée de la marine possède certains de ces ex-voto(s).
(Le nom masculin ex-voto était invariable en orthographe traditionnelle jusqu'en 1990, date à laquelle l'Académie Française a autorisé le « s » au pluriel. Ex-voto peut aussi s'écrire sans le trait d'union soit un exvoto, des exvotos. De nombreuses choses ont changé dans la langue française, qu'on soit d'accord on non, c'est l'Académie qui décide. Ensuite on choisit d'utiliser à sa convenance l'ancienne ou la nouvelle orthographe ou les deux. Il faut en conséquence faire attention quand on croit relever des erreurs dans un texte et avoir la certitude qu'il s'agit bien de fautes. La personne qui écrit a le droit de préférer la nouvelle orthographe à l'ancienne ou inversement. J'apprécie de mélanger les deux car la langue est évolutive, elle l'a toujours été. J'ai étudié pendant des années la Grammaire Historique et certaines évolutions coulent de source. Un jour, la nouvelle orthographe sera ancienne et ainsi de suite... Pour les personnes intéressées, l'ouvrage de Dominique Dupriez intitulé La nouvelle orthographe en pratique est excellent.)
Bateau ex-voto fabriqué au 18e siècle à Saint-Leu d'Esserent, dans l'Oise. Il fut appelé « le bon Saint-Nicolas » par un marin anonyme. Copyright musée de la Marine.
Saint-Nicolas et la magie des éléments
A l'instar des gnomes, des nains et des lutins, Nicolas est associé aux trésors souterrains. Il est invoqué près des mines, des puits et des rivières où l'on découvre des paillettes aurifères. Les concrétions minérales étranges, souvent considérées dans le folklore comme l’œuvre du Diable (Old Nick), sont liées à sa mythologie; de même pour le sel (que l'on retrouve dans l'histoire du boucher), le cuivre et le nickel.
Le nickel fut découvert en 1751 et placé sous l'obédience de Nicolas, maître des passages et des richesses enfouies. Nicolaus désigne aussi un lutin facétieux, gardien des mondes chthoniens et des chemins qui s'enfoncent vers les profondeurs de la terre où se forment les métaux.
Nicolas est un personnage magique, une sorte de Merlin voyageur dont les exploits s'enracinent dans les récits de veillée. Il peut « lever » le vent grâce à certaines incantations, changer les créatures animées en pierre, faire danser le feu sur l'eau, ouvrir les tumuli et briser les pierres scellées. Il est invoqué contre les tempêtes et les caprices de la météorologie. Son image et son nom ornent des bateaux miniatures qui font office de talismans. Il possède une clochette d'argent, instrument féerique, qui influe sur les cycles de la lune.
Patron des apothicaires, il dénoue la fièvre et les maladies humides autant que la peur. Des médailles à l'effigie du saint étaient placées sur le front des enfants pour faire tomber la fièvre et apaiser les cauchemars et les terreurs nocturnes.
Il est accompagné d'un Valet Noir et du Hans Trapp, à la fois lutin, ogre, elfe sombre et cyclope lié au monde de la houille, des carrières, des mines, des étangs et des tourbières.
Avec le Père Fouettard, il se transforme en un mystérieux Janus qui règne sur les éléments et peut consoler, sauver, guérir, protéger mais aussi affoler et « tuer » de manière initiatique.
Le Père Fouettard: double obscur de Saint-Nicolas
Ce personnage rude, au visage souvent noirci, qui porte une baguette ou des verges trempées dans le vinaigre est connu dans l'est de la France sous le nom de « Père Fouettard ». Vêtu d'un grand manteau et coiffé d’un capuchon ou d’une cagoule, il a de grosses bottes et réprimande les enfants qui n'ont pas été sages pendant l'année. On commença à parler de lui au XVIe siècle.
D'après certaines légendes, il naquit à Metz en 1552, pendant le siège de la ville par les troupes de Charles Quint. Les messins auraient promené l'effigie de l'Empereur à travers les rues avant de la brûler et la dépouille noircie serait devenue, au fil du temps, cette inquiétante figure aux pouvoirs initiatiques, associée à la tournée de Saint-Nicolas.
D'après d'autres récits, le Père Fouettard serait un Maure venu d'Espagne ou le boucher qui avait mis les trois petits enfants au saloir.
Contraint d'expier sa faute en accompagnant Saint-Nicolas, il porte différents noms en fonction des pays qu'il visite.
En Alsace, on l'appelle communément Hans Trapp.
Hans Trapp, 1953, photographie issue de l'almanach de Wintzenheim.
En Belgique et aux Pays-Bas, on le nomme Zwarte Piet (Pierre le Noir) ; en Wallonie, Hanscroufe ou Jean le Bossu ; en Allemagne, Ruprecht ou Knecht Ruprecht mais aussi Pelznickel, Pelzruppert, Rasselbock, Pelzbock ou encore Bartel...
Knecht Ruprecht
Sur cette illustration du 19e siècle, Knecht Ruprecht suit le Christkindel (enfant de Noël) qui fut substitué par les théoriciens de la Réforme à Saint-Nicolas.
En Suisse, il est appelé Schmutzli ou Hansmuff (Jean qui fait la moue) ; au Luxembourg, Housecker ; en Autriche, Krampus...
Krampus
Le mot vient du haut-allemand « Krampen » qui signifie « griffes » ou « crochet ».
Dans les régions alpines, Krampus est une sorte de diable indissociable de Saint-Nicolas. Traditionnellement, les jeunes hommes se déguisent en Krampus pendant les deux premières semaines du mois de décembre et plus particulièrement dans la soirée du 5 décembre. Ils parcourent les rues en compagnie d'enfants qui agitent des chaînes et des cloches.
Leurs costumes se composent de masques en bois, de peau de mouton et de cornes. Ces « démons » anciens et modernes ont pour fonction d'effrayer les passants et notamment les jeunes femmes, ce qui correspond à d'anciens rites de sexualité et de fécondité, à l'instar des Lupercales romaines.
Ainsi, des processions d'hommes masqués et portant des bâtons, guidés par le « vieux Saint Nicolas » et son diable de valet entraient dans les maisons pour forcer les femmes et les jeunes filles à danser voire à se frotter contre eux.
Les cadeaux de Saint-Nicolas
Dans les régions les plus froides, alors que les nuits dévorent de plus en plus la lumière du jour, ce personnage incontournable du folklore de l'hiver est attendu par les enfants. Sa venue coïncide avec le tintement d'une clochette d'argent et trois coups frappés à la porte. Il apporte des fruits, des jouets, une myriade de gourmandises (dragées, bonbons, personnages en chocolat, en massepain, en pain d'épices, männeles, petites brioches en forme d'animaux, pièces en chocolat recouvertes de métal doré...) et bénit les enfants sages avec sa crosse. Comme il sait lire au plus profond des cœurs, on ne peut rien lui dissimuler.
En France
Saint-Nicolas est très fêté dans l'Est et le Nord de la France où il est encore plus attendu que le Père Noël. Le Père Fouettard qui l'accompagne est vêtu de noir. Il a le visage maculé de suie et porte un fagot. Il menace les enfants les plus turbulents de recevoir des coups de verges trempées dans du vinaigre, de dormir sur des bouts de bois, de grelotter toute la nuit, d'avoir le visage et les mains couverts de suie ou d'être enfermés au fond de la hotte du saint pendant toute une année... Il leur distribue surtout une trique (une branche de son fagot) en guise d'avertissement.
Les gestes d'aujourd'hui s'apparentent à ceux des enfants d'autrefois qui plaçaient des victuailles devant l'âtre sans oublier de laisser leurs chaussettes ou leurs souliers en évidence.
Pour l'âne ou la mule que chevauche Saint-Nicolas, les enfants préparent de la nourriture (foin, paille, grain, carottes, sucre) qu'ils déposent, le soir du 5 décembre, devant les portes ou dans les jardins. Le 6 décembre au matin, ils trouvent les friandises (bonbons, pain d'épices en forme de bonhomme, orange...) déposées par Nicolas lors de sa tournée ou la fameuse trique du Père Fouettard.
En Alsace et en Lorraine, il frappe à la porte ou se glisse par la cheminée avec le Père Fouettard. Ils sont tous les deux de véritables « stars » dans les écoles mais ils visitent aussi les mairies, les hôpitaux, les maisons de retraite, les lieux associatifs...
Les enfants se réjouissent de découvrir les jouets apportés par le saint mais ils n'oublient pas que le Père Fouettard est « armé » d'un martinet. Les plus sages savourent une myriade de gourmandises dont le traditionnel gâteau en pain d'épices à l'effigie du saint. Les turbulents se régalent aussi mais Saint-Nicolas leur remet une lettre qui énumère leurs polissonneries de l'année et le Père Fouettard fait mine de les emporter dans sa hotte.
Parmi les friandises en vigueur, on trouve aussi des marrons glacés et des crottes de bique, bonbons de réglisse symbolisant les crottes de l'âne, initialement destinées aux enfants les plus agités.
« Saint-Nicolas, mon bon patron
Apportez-moi des macarons
Des coups de bâton
Pour les garçons
Des mirabelles
Pour les demoiselles. » (Vieille chanson de Lorraine.)
Tous les ans, à Nancy, le défilé de la Saint-Nicolas est une manifestation des plus joyeuses qui s'accompagne de parades et d'un feu d’artifice.
A Saint-Nicolas-de-Port, où repose dans la basilique l'une des plus fameuses reliques du saint, (voir plus haut la référence au chevalier de Varangéville), est organisée une procession aux flambeaux.
Saint-Nicolas défile aussi à Metz où sa parade carnavalesque est illustrée par un feu d'artifice et différents concerts de musique traditionnelle. Et n'oublions pas tous les petits villages (qu'on ne peut évidemment pas citer tant ils sont nombreux) qui préparent des processions en son honneur.
Dans le Nord de la France, les Géants Traditionnels, émanations des forces ancestrales, dansent avec Saint-Nicolas et son cortège mystérieux.
En Belgique francophone, Saint-Nicolas se déplace sur un âne ou une mule en compagnie du Père Fouettard, appelé aussi Hanscroufe (avec ou sans le « e »), alors qu'en Belgique néerlandophone, Sinterklaas chevauche un cheval blanc. Il arrive d'Espagne, dans la nuit du 5 au 6 décembre, pour déposer, dans les chaussettes ou les souliers des enfants sages, des friandises (figurines en chocolat, en massepain, agrumes, fruits confits, spéculoos à son effigie...) et des petits cadeaux. Selon la tradition, les enfants laissent leurs souliers devant la cheminée ou la porte d'entrée avec du sucre, du lait et une carotte pour la fidèle monture ; un verre de lait, de vin, de bière ou de peket (eau-de-vie traditionnelle obtenue à partir de farine de céréales telles que l´orge maltée, le seigle, le maïs et l´avoine et aromatisée aux baies de genévrier) pour le saint.
Dans bien des pays, Saint-Nicolas est encore plus important que le Père Noël. Il vient vérifier, dans les écoles, si les enfants ont été sages et s'ils méritent de recevoir des cadeaux. Les enfants font des photos de classe en sa compagnie ou lui écrivent. Un service de la Poste reçoit les lettres et y répond.
Une coutume proche de celle du calendrier de l'Avent invite les enfants à placer, chaque soir, pendant plusieurs semaines, une paire de chaussons ou de souliers devant la porte d'entrée ou la porte de leur chambre. Chaque matin, les « petits anges » y découvrent un cadeau ou une friandise : personnage en chocolat, figurine en massepain, guimauves, fruits confits, clémentine ou orange...
La Saint-Nicolas est aussi très fêtée dans les Universités de Belgique, de Suisse, du Luxembourg... où les friandises sont une institution. Les étudiants vont chahuter les lycéens et les collégiens à la sortie des cours et brandir des chopines aux feux rouges pour récupérer de l'argent dans le but de festoyer. Les beuveries sont légion, une amie belge rencontrée à la fac m'a raconté nombre de choses truculentes à ce sujet, sans omettre les débordements !
Saint-Nicolas emprunte différents moyens de locomotion. Il voyage à dos de mule, d'âne, sur un cheval normal ou féerique (que l'on peut rapprocher de Sleipnir, la monture du dieu nordique Odin), sur un bateau, dans un carrosse et même en hélicoptère.
Odin et Sleipnir, 1901, par John Bauer (1882-1918), peintre et illustrateur suédois.
Aux Pays-Bas
Dans le folklore néerlandais, Saint-Nicolas alias Sinterklaas ou Sinterclaas chevauche un cheval blanc et distribue les cadeaux dans la nuit du 5 au 6 décembre.
Une quinzaine de jours avant sa fête, il traverse la mer sur un bateau à vapeur appelé « pakjesboot » (le bateau des petits paquets). Zwarte Piet (Pierre le Noir), serviteur à la peau noire arborant des vêtements colorés, l'accompagne dans sa tournée de quête. Ils sont parfois rejoints par des assistants lutins qui multiplient les facéties. Ils apportent dans les foyers des betteraves à sucre et du charbon pour propager la chaleur et la prospérité et cachent les cadeaux dans les maisons ou dans les jardins. Des poèmes aux allures de boutades y sont souvent accrochés. La soirée du 5 décembre est d'ailleurs appelée « Pakjesavond » ou soirée des paquets-surprises.
Zwarte Piet fut introduit en 1845 dans un récit intitulé Saint-Nicolas et son serviteur, écrit par un maître d’école néerlandais nommé Jan Schenkman. Illustration du XIXe siècle.
En Allemagne, Niklaus descend des étendues célestes dans une luge remplie de friandises et de cadeaux. Accompagné de Knecht Ruprecht, la version germanique du Père Fouettard, il dépose, dans la nuit du 5 au 6 décembre, du chocolat, des fruits (mandarines, pommes, oranges, noix, noisettes) et des petits objets en bois dans les chaussures des enfants. Dans certaines régions (Hanovre, Westphalie), il ressemble à un lutin. On le nomme Klas ou Bullerklas.
En Autriche, Saint-Nicolas (Nikolo ou Niglo dans les régions de l’Est et Santaklos ou Klos dans le reste du pays) mène des défilés, le soir du 5 décembre, accompagné de créatures issues des enfers et du mystérieux diable noir nommé Krampus que j'ai présenté plus haut.
Carte postale, 1901.
Il demande aux enfants de réciter des comptines et/ou des prières et leur offre des cadeaux, des friandises et des fruits : clémentines, pommes, oranges, noix. Si les enfants ne savent pas quoi dire, Krampus et ses serviteurs démoniaques font mine de les conduire aux enfers en les plaçant dans une hotte maléfique, le Buckelkraxen.
Pendant la parade, les serviteurs de Krampus, figures carnavalesques reconnaissables à leurs vêtements de fourrure décorés de grelots, leurs fagots, leurs cornes et leurs masques d'effroi, poursuivent rituellement la foule en agitant des bâtons et des chaînes.
Cette image appartient à la collection de Charles Fréger, photographe français auteur d'un magnifique ouvrage qui s'intitule Wilder Mann ou la figure du Sauvage. Krampus et ses avatars mystérieux l'ont particulièrement inspiré. Voici l'adresse de son site : http://www.charlesfreger.com
Dans certaines régions d'Autriche, de mystérieux personnages appelés Schabs, vêtus de costumes de paille décorés de grelots et portant de longues antennes sur la tête se livrent, armés de fouets, à des jeux rituels. Les claquements du fouet ont pour fonction de repousser les démons de l'hiver.
Le Saint-Nicolas luxembourgeois, alias Kleeschen, arrive en bateau ou dans un carrosse tiré par des chevaux blancs. Il est accompagné du Housecker (Père Fouettard), un petit homme qui ne montre pas son visage. Il porte un vêtement gris ou noir à capuche d'où émergent parfois des cornes. Il transporte une hotte ou un sac rempli de brindilles crépitantes, les « ruten » dont il « honore » les enfants turbulents. Deux semaines avant le 6 décembre, les enfants déposent, avant d'aller se coucher, un de leurs chaussons devant la porte d'entrée. S’ils ont été sages, une gourmandise les récompensera au matin et s’ils se sont mal comportés, ils ne pourront échapper à la brindille.
En Suisse
Saint-Nicolas est très aimé en Suisse et célébré, dans plusieurs cantons, par des défilés nocturnes. Les Iffeltrager portent de grosses lampes en forme de mitres, ils mènent les défilés et guident les participants qui agitent des grelots et des cloches. Ils se réunissent autour d'un « souffleur de cor » et de personnages qui arborent des masques lumineux.
Les Klaüse portent des aubes blanches et soutiennent des mitres de taille impressionnante, ornées de figures découpées d'où émane un éclairage traditionnel.
Image trouvée sur le site MySwitzerland.com
Dans ces processions joyeuses, on rencontre parfois des Silvesterklaüse ou « Nicolas de la Saint-Sylvestre », incarnations d'anciens esprits feuillus qui sont des messagers entre les mondes et composent la cour du Green Man, seigneur de la végétation.
Wilder Mann par Charles Fréger
Leurs costumes sont agrémentés de matières végétales : brindilles, mousses, pommes de pin, glands, feuilles et baies de houx, champignons, aiguilles de pin, arabesques de lierre...
A travers ces personnages énigmatiques et ces rituels variés, nous ressentons la complexité d'une fête qui s'enracine au plus profond des âges et que Saint-Nicolas, l'initiateur, a fait parvenir jusqu'à nous. Il « accepte » donc volontiers que les parents l'utilisent comme une autorité sacrée.
Les parents dressent, pendant l'année, une liste comprenant les bonnes et les mauvaises actions de leurs enfants et font venir, en décembre, Nicolas et son alter ego sombre chez eux. Nicolas distribue les cadeaux, les fruits et les friandises que les parents ont préparé. Il fait promettre aux garnements de bien travailler à l'école et de s'améliorer dans tous les domaines.
La Saint Nicolas fut abolie dans plusieurs pays d'Europe après la Réforme (XVIe siècle) mais elle survécut aux Pays-Bas pendant des décennies. Au XVIIe siècle, les traditions néerlandaises s'implantèrent aux États-Unis lors des arrivées massives d'immigrants. Les Hollandais fondèrent la colonie de Nieuw Amsterdam qui devint New York en 1664 et le traditionnel Sinter Klaas néerlandais devint Santa Claus, le Père Noël, qui accomplit sa tournée dans la nuit du 24 décembre.
La marque Coca Cola modela son apparence et le fit connaître d'un large public mais elle n'a en aucun cas créé le débonnaire personnage à barbe blanche. Il faut se méfier de ce qu'on peut lire sur de nombreux sites qui interprètent très mal les récits de folklore et l'histoire des traditions populaires.
Saint-Nicolas est un être mystérieux qui chevauche, dans de nombreux récits, un cheval blanc féerique et apporte, de maison en maison, des cadeaux, des fruits, des petits cochons en massepain, des figurines en chocolat, en spéculoos et en pain d'épices. Son bestiaire magique est constitué de porcs, de cerfs, de coqs, de lièvres, de chevaux et de poules, animaux pâtissiers substitués aux animaux autrefois sacrifiés pour apaiser la faim des créatures hivernales.
Image Saveurs croisées.com
Les gourmandises à son effigie sont associés à des sapins, des étoiles, des coeurs, des lunes et des soleils et témoignent de l'importance de son culte populaire.
Ces « douceurs » s'accompagnent irrémédiablement de cadeaux à rebours, délivrés, comme nous l'avons vu précédemment, par un alter ego « démoniaque », héritier de l'Orgos celtique, sorte d'Ogre primordial et gardien de la porte des Enfers qui est un écho du roi de Samain/Halloween (comme je l'ai déjà évoqué, le folklore de Samain/Halloween est intimement lié à celui de la Saint-Nicolas, de Noël et de la Saint-Sylvestre. Les portes s'ouvrent entre les mondes et des êtres mystérieux, ambivalents, initiatiques font irruption dans l'espace-temps humain...)
Cet Orgos aux cornes de bouc-démon est celui qui réprimande, de manière initiatique, et la face plutonienne du Nicolas qui distribue les cadeaux. On oscille donc constamment entre deux êtres, l'un débonnaire, rassurant et protecteur et l'autre au visage couleur de suie qui émane des mondes chthoniens, des profondeurs de l'inconscient, des peurs inhérentes au monde de la nuit.
Nicolas et son valet noir
Il existe autour du Valet Noir de Saint-Nicolas une polémique qui reflète une problématique de notre époque, celle qui consiste à dévoyer le sens des symboles et à vouloir les inscrire à tout prix dans la modernité, avec ce que cela comporte d'inapproprié. Certains voudraient faire interdire la Saint-Nicolas sous prétexte que le voyageur à barbe blanche serait raciste. C'est un débat dans lequel je n'ai pas envie de m'attarder tant je le trouve absurde. Autant je m'insurge contre l'ignominie de certains propos et attitudes racistes et délétères dans un monde qui aurait bien besoin d'apaisement, autant je ne comprends pas cette lecture restrictive et cette condamnation à tout crin des symboles anciens. Les personnages « noirs » sont des initiateurs. Ils sont associés aux secrets des mondes légendaires et gardent les portes qui mènent à de mystérieuses réalités. Qui plus est, les assistants de Saint-Nicolas passent souvent par la cheminée et sont couverts de suie. Les caricatures sont ce qu'elles sont, pas toujours très « heureuses », mais vouloir changer le sens des symboles est pure ineptie... Certains ont essayé mais ces modifications n'ont pas été bien perçues par les enfants et leurs parents, comme en ont témoigné différents journaux et sites de presse locale.
Saint-Nicolas, la fête des jeunes hommes célibataires
Autrefois, à la Saint-Nicolas, les jeunes filles qui avaient coiffé Sainte-Catherine offraient aux garçons célibataires des bonnets décorés, des bouquets de fleurs naturelles ou artificielles, des souhaits brodés sur des petits morceaux de tissu, une écharpe, une cravate ou une pipe. Le dimanche suivant la Saint-Nicolas, des bals pour célibataires étaient organisés.
Comme la Sainte-Catherine, la Saint-Nicolas est propice à la réalisation des vœux d'amour. Les saints et les saintes du cycle de l'Avent sont associés à la magie populaire amoureuse et reçoivent, à l'instar des divinités du paganisme, les prières et les vœux destinés à rencontrer l'âme sœur... ou pas !
(Elle m'a fait bien rire cette carte qui détourne le thème des trois petits garçons enlevés par le boucher...)
D'après une ancienne légende, un homme avait trois filles en âge de se marier mais en raison de son extrême pauvreté il ne pouvait assumer le paiement de leur dot. Les jeunes filles furent alors contraintes de se prostituer. Le matin de leur départ vers leur sombre destinée, le père découvrit une bourse remplie d'or, de provenance mystérieuse, qui lui permit de nourrir sa famille et de payer la dot de la fille aînée. Le lendemain, l'apparition d'une seconde bourse lui permit d'honorer la dot de sa deuxième fille. Le troisième jour, il surprit Saint-Nicolas qui déposait l'argent près de la cheminée. Le saint lui demanda de ne rien dévoiler mais le père ne put garder le secret. Les prières à Nicolas se multiplièrent, les jeunes filles se marièrent et la famille fut heureuse.
Saint-Nicolas unit les cœurs et les corps. Il est considéré comme un saint phallique dans de nombreuses régions de France. Plusieurs « rochers Saint-Nicolas » répartis le long des vieilles voies telluriques étaient réputés favoriser la fécondité. Les femmes y accomplissaient des rituels de frottement et de glissade. Les couples s'y rendaient (et s'y rendent encore) pour y faire l'amour en fonction des phases de la lune.
Dictons et proverbes de la Saint-Nicolas
Ils sont la plupart du temps associés au mariage et à la météorologie.
Saint Nicolas marie les filles avec les gars.
Patron des filles, saint Nicolas,
Mariez-nous, ne tardez pas.
Saint Nicolas fait les bons mariages,
Guérit de la fièvre et de la rage.
A la Saint-Nicolas, les jours sont les plus bas.
L'hiver est souvent là, à la Saint-Nicolas.
Neige à la Saint Nicolas donne froid pour trois mois.
Nouvelle lune à la Saint Nicolas, dans les champs c'est du verglas.
Le jour de Saint-Nicolas
De décembre est le moins froid
Mais si Nicolas plume ses oies (neige)
L'hiver est bien là.
Si le ciel rougeoie au coucher du soleil, saint Nicolas cuit ses gâteaux.
S'il neige à la Saint-Nicolas, beaucoup de neige en hiver tombera.
Pluie à la Saint-Nicolas, le vignoble gèlera.
De la sève après la Saint-Nicolas, un hiver sans force viendra.
De la pluie à la Saint-Nicolas, un hiver sévère et cruel viendra.
L'hiver serait-il outremer, Vient à Saint-Nicolas parler.
On invoque Saint-Nicolas pour attirer l'amour, la chance, la prospérité, pour repousser les forces de la nuit mais aussi pour conjurer le désespoir, comme en témoigne la Légende du Sire de Réchicourt
Emprisonné par les Sarrasins en Turquie alors qu'il se rendait en Palestine pour prendre part aux Croisades, le seigneur de Réchicourt se morfondait dans sa prison, persuadé que ses proches l'avaient oublié. Chaque soir, pendant des années, il pria Saint-Nicolas et un cinq décembre, au milieu de la nuit, il fut brusquement réveillé. Il grelottait dans ses haillons et s'aperçut qu'il ne se trouvait plus dans son sinistre cachot mais devant l’entrée de l’église de Saint-Nicolas-de-Port, en Lorraine. Saint-Nicolas fut ensuite considéré comme le patron des prisonniers.
Les friandises de la Saint Nicolas
Image du net
Les facétieux männeles, incarnations gourmandes des esprits du froid... Ces petits hommes de pâte fine épicée ou briochés aux yeux de sucre, de raisin ou de chocolat sont aussi des objets rituels, réputés chasser les démons, faire tourner la chance favorablement, éparpiller les ombres et les peines de l'hiver...
Image trouvée sur bloc.com (si elle « appartient » à une personne qui désire que je la retire, je le ferais).
Spéculoos moulés
La tradition qui consiste à les offrir est indissociable des festivités de la Saint-Nicolas. Des moules sont d'ailleurs fabriqués pour la circonstance.
Pour contempler et commander de jolis moules, vous pouvez vous rendre sur le site Arts et Sculpture, je le précise car plusieurs amies m'ont demandé si je connaissais un endroit. Je ne suis pas « intéressée », j'ai trouvé ce lieu en passant...
L’étymologie du nom « spéculoos » est discutée par les spécialistes. Certains pensent qu'il est issu du latin « species » signifiant « épices » ou de «spéculum » qui désigne le miroir. Le spéculoos pourrait alors représenter le reflet d’un personnage dans un miroir. Pour d’autres, spéculoos dérive de « speculator » : l'évêque. Il existe aussi un gâteau hollandais, le « spéculaas », datant du 17ème siècle et contenant beaucoup d'épices.
Les spéculoos sont une alchimie de farine, d'eau ou de lait, de cassonade (on utilise aussi de la vergeoise, de la mélasse voire du miel), de beurre doux, de levure chimique et d'épices (cannelle, gingembre, quatre épices, cardamome et anis). A chacun d'exprimer sa gourmandise et sa créativité.
Banketletter, photographie trouvée sur le site de la pâtisserie Kwekkeboom (Amsterdam).
Les Banketletters sont des rouleaux de pâte feuilletée, fourrés avec de la crème d'amandes et façonnés en forme de lettres. Ils constituent un incontournable alphabet gourmand comme en témoigne le tableau ci-dessous.
Nature morte aux lettres feuilletées, 1615, par Peter Binoit (1589-1632). Museum Amstelkring. Photo C. Myers.
Les petites poupées ou figurines en pain d'épices appelées « taai-taai pop » sont très prisées aux Pays-Bas. Image Bankeletters.nl.
Les gourmandises de la Saint-Nicolas sont nombreuses et variées : on savoure des pepernoten ou « noix de poivre » (petits biscuits ronds constitués d'une pâte à base d'épices, de la taille d'une noix), des strooiged ou « bonbons pour jeter » (on les lance sur les gens pour leur porter chance), des figurines à l'effigie du saint en chocolat, spéculoos, sucre, pain d'épices, massepain..., des animaux en sucre ou en pâte d'amandes (les plus répandus sont les petits cochons roses, réputés apporter la chance et la prospérité), des lettres et des mots en chocolat héritiers des « banketletters », des pièces en chocolat recouvertes de métal doré, du chocolat chaud aux épices et/ou à la Chantilly...
Sources et Bibliographie
COUSSÉE, Bernard : Histoire, mythe et légende. CEM éditions, 1999.
LECOUTEUX, Claude : Introduction à l'étude du merveilleux médiéval.Études germaniques, 1981.
-Nicchus-Nix. Euphorion, 1984, pp. 280-288.
LEMPEREUR, Françoise : « À la rencontre des Sylvesterklaüse » dans Tradition wallonne, revue annuelle de la Commission royale belge de Folklore, t. 3, 1986, pp. 113-124.
LEVI-STRAUSS, Claude : « Le Père Noël supplicié » dans Les Temps modernes, 7e année, n° 77, mars 1952.
MATZEN, Raymond : Proverbes et dictons d'Alsace. Rivages, 1987.
MÉCHIN, Colette : Saint Nicolas. Fêtes et traditions populaires d'hier et d'aujourd'hui. Paris : Berger-Levrault, 1978.
REY-FLAUD, Henri : Le Charivari. Les rituels fondamentaux de la sexualité. Paris : Payot, 1985.
REVELARD, Michel : Fêtes et traditions masquées d'Autriche. Binche, Musée international du Carnaval et du Masque, 1987.
TROXLER, H.J. : Proverbes d'Alsace.Éditions du Bastberg, 1977.
VAN GENNEP, Arnold : Manuel de folklore français contemporain. Paris : Picard, 1947. 4 volumes.
WALTER, Philippe : Mythologie chrétienne, fêtes, rites et mythes du Moyen Âge.Éditions Imago, 2003/2005.
-La Mémoire du temps : fêtes et calendriers de Chrétien de Troyes à La Mort Artu. Paris, 1989.
Amusons-nous, pour finir, avec cette chanson de Jacques Dutronc que j'adore...
La Fille Du Père Noël (ou quand le Père Noël et Saint-Nicolas se confondent...)
« Je l'ai trouvée au
petit matin
Toute nue dans mes grands souliers
Placés devant la cheminée
Pas besoin de vous faire un dessin
De battr' mon coeur s'est arrêté
Sur le lit j'ai jeté mon fouet
Tout contre elle je me suis penché
Et sa beauté m'a rendu muet
Fatigué j'ai la gueule de bois
Toute la nuit j'avais aidé mon père
Dans le feu j'ai remis du bois
Dans la ch'minée y avait pas son père
C'était la fille du Père Noël
J'étais le fils du Père Fouettard
Elle s'appelait Marie Noël
Je m'appelais Jean Balthazar
Je prends la fille dans mes bras
Elle me dit mais non Balthazar
Ne fais donc pas le fier à bras
Je suis tombée là par hasard
Toute la nuit j'avais fouetté
A tour de bras les gens méchants
Toute la nuit elle avait donné
Des cadeaux à tous les enfants
C'était la fille du Père Noël
J'étais le fils du Père Fouettard
Elle s'appelait Marie Noël
Je m'appelais Jean Balthazar
Descendue chez moi par erreur
Elle était là dans mes souliers
Et comm' je ne pouvais prendre son coeur
Je l'ai remise sur le palier
C'était la fille du Père Noël
J'étais le fils du Père Fouettard
Et elle m'a dit d'une voix d'crécelle
Bye bye au hasard Balthazar
C'était la fille du Père Noël
J'étais le fils du Père Fouettard
Elle s'appelait Marie Noël
Je m'appelais Jean Balthazar... »
Je vous souhaite de belles fêtes, merci de votre fidélité, amicalement vôtre !
Agnès Noyes Goodsir (1864-1939), portraitiste australienne. La Lettre, 1915.
Je vous remercie, vous qui m'avez témoigné tant de sympathie et de gentillesse avec vos mails, vos cartes et vos commentaires tendres et touchants. Je reviens doucement mais déterminée à savourer des instants de bonheur en votre compagnie alors que les lumières de Noël commencent à briller. Je vous manifeste mon amitié profonde, avant de vous retrouver très prochainement sur vos blogs. Merci encore !
Pour répondre aux questions que vous m'avez posées, j'ai commencé, il y a plusieurs semaines, une rééducation pour ma jambe droite, blessée par mes -trop nombreuses- crises d'épilepsie. Mon organisme a beaucoup souffert, j'ai pour l'instant retrouvé l'usage de mon poignet droit, tordu lui aussi lors d'une crise, mais je reste vigilante.
Au début de ma rééducation, j'avais le bassin basculé, les cervicales et les mâchoires en porte-à-faux, le genou déboîté à quatre endroits, la hanche, le tibia et la cheville de travers. Je sais, ça fait un drôle d'inventaire et encore je ne dis pas tout, ça serait fastidieux à lire... Le praticien qui me soigne est confiant pour mon bassin et mon genou mais inquiet pour mes mâchoires et ma cheville qui est sortie de son axe. Le ligament a été déchiré et plié trop souvent et il est difficile de pouvoir intervenir positivement. Il essaie malgré tout, en douceur. Il faut être patient. Ce monsieur travaille avec des polytraumatisés. Il fait preuve de beaucoup de gentillesse, d'empathie et il est l'ami du chirurgien spécialiste des maladies neurologiques orphelines qui m'a opérée en 2006. Je suis entre de bonnes mains et cela nous rassure.
L'opération des nerfs qui a été maintes fois repoussée en raison de mes blessures n'aura pas lieu avant février 2015. Je dois avoir cicatrisé pour supporter les « difficultés » de l'intervention.
J'ai échappé aux fractures et je commence à m'appuyer un peu plus longtemps sur mes articulations, je suis contente mais la route est encore longue et les douleurs se manifestent chaque jour de manière aiguë. Alors promis, je l'écris pour ceux qui m'ont fait part de leur inquiétude, je fais attention à moi.
Mes pensées vont aussi aux ami(e)s pour qui l'année 2014 n'a pas été facile et qui appréhendent avec angoisse l'arrivée des fêtes en raison de leur état de santé. Nous nous sommes toujours soutenu(e)s et nous allons continuer, je pense à vous et je vous embrasse bien fort...
En ce jour où l'on célèbre les Catherine, je vous propose de lire ou de relire mon article intitulé Sainte-Catherine, la fileuse des voeux. Vous y trouverez l'historique de la fête, sa signification, les symboles et les dictons associés et toute une collection de cartes anciennes. J'ai eu le plaisir de voir cet article plébiscité sur le net et répertorié dans de nombreux moteurs de recherches, je ne m'y attendais pas, je suis ravie.
Pour rendre hommage aux modistes et à ma grand-mère Hélène qui confectionna dans sa jeunesse de très jolis chapeaux, je vous offre un florilège de tableaux que j'aime tout particulièrement. Les chapeaux présentés ne sont pas tous jaunes et verts (les couleurs de Catherine) mais le plaisir des yeux est garanti.
Louise Elisabeth Vigée-Lebrun (1755-1842), Autoportrait au chapeau de paille, 1782. National Gallery (Londres).
Talentueuse artiste, fille et élève du peintre Louis Vigée, madame Vigée-Lebrun se spécialisa dans l'art du portrait, croquant avec élégance ses contemporains. Elle immortalisa de séduisantes jeunes femmes, mit à l'honneur des robes légères, des coiffures gracieuses et des décors simplifiés. Sa manière sensible et naturelle anticipa le néo-classicisme. La reine Marie-Antoinette fut sa plus célèbre commanditaire.
L'Autoportrait au chapeau de paille offre un jeu subtil entre la fine lumière du jour et la lumière solaire, plus affirmée. Il rend hommage aux maîtres italiens et flamands et notamment au Chapeau de paille de Rubens. L'artiste se représente en pleine nature, sur un fond de ciel moucheté de nuages. Ses cheveux et son visage ne sont pas poudrés. Son décolleté se livre au regard, gorgé de clarté rayonnante. Paré de fleurs des champs et d'une plume d'autruche, le chapeau de paille est à la fois simple et élégant.
Pierre Paul Rubens (1577-1640), Le chapeau de paille ou portrait de Suzanne Lundent, peinture sur bois, entre 1622 et 1625. National Gallery (Londres). A noter que le chapeau, malgré le titre de l’œuvre, n'est pas constitué de paille mais de poil de castor.
Albert Lynch (1851-1912), Jeune beauté au chapeau vert.
Albert Lynch, Jeune fille au chapeau de paille et au nœud noir.
Ce peintre originaire du Pérou reçut la médaille d'or de la Peinture lors de l'Exposition Universelle de 1900. Il excellait à peindre des portraits de de jeunes femmes coiffées d'élégants chapeaux. Il fut aussi un remarquable illustrateur, travaillant pour les éditions de luxe des ouvrages d'Honoré de Balzac et d'Alexandre Dumas fils. Les dates de la plupart de ses œuvres ne sont pas connues.
Albert Lynch, Portrait de Betty.
Albert Lynch, Jeune beauté à la coiffe blanche.
Albert Lynch, Portrait au chapeau noir.
Albert Lynch, Portrait d'une jeune rêveuse.
Albert Lynch, Le chapeau de roses.
Albert Lynch, Élégante au chapeau rose.
François-Martin Kavel (1861-1931), Jeune fille avec un chapeau souple.
Gustav Klimt (1862-1918), Dame au chapeau et boa de plume, 1909.
(Je vous reparlerai de ce tableau qui suscita la polémique lors d'une exposition quand on découvrit qu'il avait été extorqué par un fonctionnaire nazi à un juif qui essayait de fuir l'Allemagne. L'histoire de cette œuvre est pleine de rebondissements, il faut y consacrer pleinement un article.)
Edgar Degas (1834-1917), Femme au chapeau bleu, date incertaine.
Edgar Degas, femme essayant un chapeau.
Auguste Renoir (1841-1919), Jeune fille au chapeau rose et noir, 1890. Metropolitan Museum of Art, New York.
Edouard Manet (1832-1883), La femme au chapeau noir : portrait d'Irma Brunner, vers 1880, pastel sur toile, musée d'Orsay.
J'aime profondément cette œuvre d'une élégance simple et raffinée... Le visage se dessine et se fond parmi la matière poudrée. Tout est brume et velours...
Léo Fontan (1884-1965), Jeune femme au chapeau, vers 1920.
Merci encore pour vos messages, prenez bien soin de vous, gros bisous !
Charles Wysocki (1928-2002), peintre et illustrateur américain. Nuit d'Halloween.
Clopin-clopant, la tête dans les étoiles, emportée par une ronde de lutins ou à califourchon sur mon balai de sorcière, je vous adresse un grand merci pour vos pensées d'amitié, vos mails, vos cartes et vos commentaires. Au vu des derniers examens, mes blessures sont toujours profondes et la cicatrisation est encore longue. Du coup, je ne connais pas la date de mon opération. J'espérais revenir sur vos blogs et sur le mien vers la mi-novembre mais il me faut encore du temps. Cela dit, vous savez que je ne vous oublie pas...
Si vous souhaitez lire ou relire mes travaux concernant le folklore automnal, la fête celtique de Samain, les symboles d'Halloween, la Toussaint ou le Jour des Morts en Amérique du Sud, c'est ici :
En attendant de vous retrouver, je vous souhaite un mois de Novembre riche d'une multitude de petits bonheurs et de plaisirs gourmands à partager avec ceux que vous aimez. Mes pensées volent aussi vers les personnes qui souffrent et les êtres chers qui ne sont plus là...
Prenez bien soin de vous, merci encore et gros bisous !
Je mets mon blog en pause quelques temps. Les névralgies dentaires et oculaires dont je souffre depuis l'enfance se sont amplifiées. La semaine dernière, pendant une crise d'épilepsie, je me suis fait une entorse à la cheville droite, des déchirures musculaires, d'anciennes plaies se sont rouvertes, j'ai des tendinites partout (bras, jambes...) et mon genou s'est déboîté. L'année dernière, pendant une crise plus violente que les autres c'était mon cervelet qui avait « pris » lorsque ma tête est partie brutalement dans le mur. J'ai heureusement la tête dure...rires ! Quelle « idée » de s'assommer ainsi... non mais !
Entre une atteinte à l'hypophyse (...), les névralgies du trijumeau, l'épilepsie, l'arthrite, les hémorragies répétées des muqueuses, la candidose, le zona, les risques constants d'endocartite infectieuse (infection du coeur), d'embolie pulmonaire et la perspective d'une opération des nerfs de la tête qui a dû être repoussée en raison de mes blessures actuelles, j'ai besoin de trouver le repos mais je ne vous oublie pas. Je me replie pour cicatriser et reprendre des forces avant l'opération.
Je me suis souvent posé souvent la question ces derniers temps : « Vais-je continuer ou fermer les portes de mon blog ? » J'ai décidé de continuer mais aussi de me mettre en pause plus souvent.
Ne vous inquiétez pas, mon moral reste vaillant, mon humour est toujours là et mon enthousiasme n'a pas pris de plomb dans l'aile. Se lamenter ne sert à rien, je suis ici et maintenant dans le grand navire de la vie alors je m'accroche ...
Courage à tous ceux qui souffrent, ici et de par le monde...
Prenez bien soin de vous, gros bisous !
Cendrine
Une touche fleurie entre anémones du Japon et dahlias...
Au numéro 33 de la discrète rue du Champ de Mars, dans le 7e arrondissement de Paris, se dévoile un bijou d'architecture Art Nouveau. A quelques encablures de la Tour Eiffel et de l'agitation qui l'entoure, une grille jaillit comme un bouquet printanier, composant une écriture végétale aux fascinantes sinuosités.
Dans un article écrit quelques mois après la création de mon blog, j'ai relaté l'histoire des lieux et décrit les charmes de cette architecture « Modern Style ». J'ai souhaité vous faire redécouvrir ces beautés végétales deux ans plus tard, à travers de nouvelles photos et un texte « augmenté ».
Dans l'atmosphère apaisée de la rue du Champ de Mars, surgit une façade au décor inattendu, luxuriante forêt de fleurs pétrifiées.
Construit en 1904 par l'architecte Octave Raquin pour un certain Monsieur Bouvet, le bâtiment accueillit, pendant de nombreuses années, un collège privé, le Cours des demoiselles Longuet.
Octave Raquin, peint par Toulouse-Lautrec en 1901.
Octave Raquin fut l'un des collaborateurs de la Revue Blanche, une revue littéraire et artistique fondée en 1890 à Liège par les frères Natanson. Cette revue s'installa en 1891 à Paris où elle rivalisa avec le Mercure de France, d'où le nom de Revue Blanche (la couverture du Mercure était mauve...)
Après les étudiantes des demoiselles Longuet, les élèves du Cours Alfred de Musset s' établirent dans l'immeuble qui abrite aujourd'hui des appartements et une clinique de chirurgie esthétique. L'élégante façade de pierre est rythmée par des ouvertures de formes variées et de gracieuses ferronneries.
Des travées en saillie, des linteaux stylisés, des courbes oniriques, un épiderme de pierre sur lequel serpente la lumière... l'Art Nouveau s'exprime ici avec finesse, puissance et fluidité.
Les bow-windows -oriels en français- qui accentuent le mouvement ondulatoire de la façade sont particulièrement réussis.
Ces avancées en encorbellement ou « fenêtres en arc » sont fréquentes dans l'architecture victorienne, le style Second Empire et l'Art Nouveau. Dans l'art anglais, trois termes désignent ces constructions et leurs variantes.
Le bow-window ou « fenêtre en arc ».
Le bay-window ou « baie vitrée avancée ».
L'oriel-window ou « fenêtre en rideau ».
Grâce à la communication qui s'établit entre le regard et les courbes de l'architecture, la lumière naturelle est tissée comme une matière vivante et répartie, avec féerie et fonctionnalité, dans les différentes pièces de l'habitation.
Une élégante marquise en fer forgé et en verre accueille le visiteur. Tout comme les grilles de la porte d'entrée et les vantaux des portes latérales, elle est décorée de feuilles d'arums.
Dans sa robe de verre tendue de fer ou d'acier, la marquise dévoile ses volutes ouvragées. Elle désignait originellement une pièce de toile tendue au-dessus d'une porte pour se protéger des intempéries et du soleil. Elle était fréquemment utilisée sur les bateaux. En architecture, cet auvent vitré représente un abri et un élément décoratif.
La marquise de la Villa Majorelle, construite à Nancy entre 1901 et 1902 par Henri Sauvage (1873-1932) et Lucien Weissenburger (1860-1929).
La marquise du métro Abbesses, création d'Hector Guimard (1867-1942), est datée de 1900. Destinée à protéger les voyageurs des intempéries, elle couronne un édicule en fonte de fer érigé sur un soubassement de pierre. L'édicule se situait au départ sur le parvis de l'Hôtel de Ville (ancienne Place de Grève). Démonté en 1972 pour faciliter la construction d'un parking souterrain, il a été remonté à la station Abbesses, sur la ligne 12 (Mairie d'Issy - Porte de la Chapelle).
Les piliers soutenant la marquise et la balustrade qui domine le soubassement évoquent de fines formes végétales. Il s'agit du modèle A de Guimard. Le modèle B possède une structure plus complexe, organisée autour d'une verrière à double pente inversée et d'une marquise aux bords plus chantournés. Je développerai cela à travers d'autres articles.
La marquise de la maison aux arums présente une bordure ondulée qui fait écho à la plasticité de la façade.
Par ses ondes raffinées et son riche décor floral, la porte latérale reflète aussi les liens qui unissent la Nature et l'Art Nouveau.
J'apprécie la qualité décorative du petit soupirail.
Dans les dernières décennies du XIXe siècle, l'admiration pour la Nature imprégna les travaux de nombreux artistes. Ils redécouvrirent la flore gothique dessinée par Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879) et s'émerveillèrent devant les estampes japonaises, diffusées par des marchands férus d'art asiatique.
L'un d'eux, nommé Siegfried Bing (1838-1905), ouvrit à Paris en 1895 un magasin qu'il baptisa «Maison de l'Art Nouveau». Au numéro 22 de la rue Chauchat, dans le 9e arrondissement de Paris, ce lieu atypique devint un formidable espace de rencontre et de création artistiques. Détruit en 1922, il fut remplacé deux ans plus tard par un bâtiment Art Déco qui abrite aujourd'hui une Poste.
Voici l'affiche de l'exposition qui lui a été consacrée.
Dans l'esthétique « Art Nouveau », la Nature est une source d'inspiration permanente. Ciselée et magnifiée à travers les bijoux de René Lalique, les vases des frères Daum et d'Émile Gallé, les boiseries de Louis Majorelle...
Ce pavot en or, argent, émail et diamants brillantés, ciselé par René Lalique (1860-1945) en 1897, évoque l'éternel mystère féminin et se pare d'une dimension profondément sensuelle. (Photo de René-Gabriel Ojéda pour le site du Musée d'Orsay.)
« La Nigelle » est un vase créé vers 1900 par Émile Gallé (1846-1904), maître verrier passionné de botanique qui exploita, de manière onirique, les couleurs ambivalentes et les formes offertes par la Nature.
Le vase aux primevères est l'une de ses oeuvres majeures. Le vert profond de l'objet, né d'une superposition de couches de verre saturé, rappelle les effets de matière des jardins gorgés d'eau et les ondulations de la lumière au début du Printemps.
Il incrustait dans la pâte de verre des fragments scintillants obtenus à partir d'oxydes métalliques « en suspension ».
Les frères Daum : Auguste (1853-1909) et Antonin (1864-1930) ont exprimé, à travers une galerie de lampes féeriques et de vases mystérieux, leurs affinités pour les formes sinueuses, le rêve et la translucidité.
Lampe perce-neige, 1905.
Ils accentuaient l'effet de perspective avec de l'acide et maîtrisaient à la perfection la technique des poudres colorées, émaillées et intercalées entre deux couches de verre.
Leurs vases aux compositions très complexes continuent de nous éblouir, comme en témoigne ce soliflore au long col, décoré d'arums et d'herbacées des marais. Il nous offre une palette de verts fantasmagoriques qui se détachent sur un fond blanc laiteux rehaussé de nuances rosées et violacées.
(Photo Bruno Piazza)
Ébéniste et céramiste renommé, Louis Majorelle (1859-1926) fut initié à l'Art Nouveau par Émile Gallé et devint l'un des membres fondateurs de l'École de Nancy mais il s'en affranchit afin de créer son propre style avant-gardiste. Il a signé des compositions marquetées et vernissées, rehaussées de poudre d'or, à l'instar de cette chaise aux nénuphars (1903), de cette lampe aux nénuphars (1902 ou 1904) et de ce meuble aux pélicans (1925).
(Photo Hervé Lewandowski pour le musée d'Orsay)
(Photo C. Duranti)
En étudiant les merveilles de la Nature, les artistes «Art Nouveau» ont inventé un vocabulaire esthétique fondé sur la sinuosité des lignes, la luxuriance du décor, la recréation de l'élément végétal avec des matériaux métalliques et la prédominance de l'ornement floral. Parées de feuilles et de fleurs, les façades des immeubles et des maisons nous invitent à explorer un univers sylvestre et fantastique.
La maison aux arums s'inscrit dans cette veine « symboliste », nourrie par la poésie et la littérature.
Le motif de l'arum se répète élégamment sur la façade en pierre, les clefs sculptées, les consoles, les ferronneries des portes et des fenêtres, les montants des bow-windows, les mosaïques du vestibule d'entrée.
L'arum possède une double nature. Cette fleur, dotée d'une étrange inflorescence, est à la fois perçue comme féminine et phallique. Au fil des siècles, elle apparut tantôt comme un symbole de pureté tantôt comme un emblème diabolique. On la retrouve sur les chapiteaux médiévaux où elle emprisonne l'innocent et jaillit de la bouche des démons mais on l'appelle aussi « Manteau de la Vierge ».
Tamara de Lempicka (1898-1980), étude d'arums.
Dans les années 1900, elle était appréciée lors des fiançailles et des communions et souvent choisie pour décorer les bouquets de mariées. Dans le cas présent, il est vraisemblable qu'elle ait été associée aux jeunes filles du cours privé des demoiselles Longuet.
Edwin Longsden (1829-1891), portraitiste, peintre de genre et d'histoire anglais. Lys de l'Est.
Symbole de pureté et de fécondité dans la Rome antique, l'arum était consacré aux divinités de la lune et du foyer. Offert pendant les mariages, il accompagnait aussi les festivités du solstice d'hiver.
Il existe de nombreuses variétés d'arums. L'arum des fleuristes, (zantedeschia ou calla) est le plus répandu. Originaire d'Afrique du sud, il est cousin de l'arum maculatum ou pied de veau, appelé aussi gouet.
Zantedeschia albomaculata, espèce hybride. La planche est issue de l'Illustration Horticole (1860).
L'arum appartient à la famille des Aracées. Il a de belles feuilles souples et sagittées (en forme de fer de lance) qui évoluent du vert sombre luisant au vert marbré de blanc en passant par le vert tacheté. Au Printemps, une spathe (grande bractée) en forme de cornet apparaît autour d'un épi jaune doré. L'ensemble forme un spadice. A la fin de l'été, les fleurs engendrent des grappes de baies rouges ou orangées très toxiques appelées « raisins de serpent ».
(Photographie Paul Henderson)
L'arum jouait un rôle important dans la pharmacopée ancienne mais il fallait redoubler de vigilance en raison de sa toxicité. L'eau distillée de racines tubéreuses était utilisée comme lotion de beauté. Les racines longuement bouillies, torréfiées, râpées et passées au tamis donnaient une sorte de fécule, consommée sous forme de pain dans l'Antiquité.
La teinture de racines est toujours prescrite en homéopathie. Elle est réputée décongestionner les voies respiratoires, calmer les saignements et les irritations de la peau.
Il existe une variété d'arum très particulière, l'arum titan ou phallus de titan (Amorphophallus titanum), un arum géant qui ne fleurit que tous les quatre à cinq ans et qui exhale une odeur de cadavre.
(Arum titan, photographie US Botanic Garden)
Ce vase en majolique, en forme d'arum, fut créé vers 1900 par la manufacture autrichienne « Gerbing et Stephan ». Il traduit l'engouement de la Belle Époque pour la nature complexe de la fleur et de la femme, muses enveloppées de mystère, troubles et sensuelles créatures, hybrides et magiciennes... A l'époque victorienne, l'arum évoquait le sexe féminin. On glissait, pour la personne convoitée, des messages à caractère érotique à l'intérieur du grand cornet.
Diego Rivera (1886-1957), Femme et arums.
Artiste mexicain engagé, photographe, auteur de fresques et de peintures murales d'une taille surdimensionnée, Diego Rivera était l'époux de Frida Kahlo (1907-1954). Une exposition consacrée à ce couple mythique, intitulée Frida Kahlo/Diego Rivera l'art en fusion, s'est déroulée au musée de l'Orangerie du 9 octobre 2013 au 13 janvier 2014.
Vendeuse d'arums, 1943.
Entité végétale aux courbes fantomatiques, l'arum au secret langage, celui des passions du corps et des mouvements de l'âme, semble avoir été la fleur préférée de Diego Rivera.
Nu aux arums, 1944.
Vendeuses d'arums, 1943.
A plusieurs reprises, il a choisi de représenter dans ses tableaux un bouquet d'arums en guise de thème principal. Très utilisée pour décorer les maisons et les rues lors des fêtes populaires, l'arum apparaît comme l'une des fleurs symboliques du Mexique. L'artiste a souvent mis en scène une ou plusieurs jeunes indiennes en costume traditionnel, affairée(s) autour d'un gigantesque bouquet d'arums. L'atmosphère est énigmatique et le regard du spectateur, irrépressiblement attiré vers le foisonnement des calices blancs.
Vendeuse d'arums, 1943.
La Nature matricielle est omniprésente dans l'oeuvre de Rivera qui s'enracine dans les traditions magiques amérindiennes. L'arum était d'ailleurs utilisé pour « coiffer » les dieux aztèques et mayas.
Célèbre artiste polonaise de la période Art Déco, Tamara de Lempicka (1898-1980) considérait les arums comme l'émanation du pouvoir ambivalent de la féminité. Fascinée par leurs effets nacrés, veloutés et opalescents, elle peignit à maintes reprises ce qu'elle qualifiait de « subtiles circonvolutions ».
Dans cette Nature morte aux arums et au miroir, datée de 1935, elle fait resplendir l'étrangeté de la fleur, sa blancheur intime, ensorcelante, légèrement verdâtre et l'associe au thème du miroir, accessoire de beauté et de vanité.
Georgia O'Keeffe (1887-1986), artiste américaine d'origine irlandaise dont l'oeuvre atypique est un mélange de modernisme, de minimalisme et d'abstraction, peignit, tout au long de sa carrière, des fleurs et notamment des arums.
Arum et grande feuille émeraude sur fond rouge, 1928.
L'oeuvre traduit la passion de l'artiste pour les motifs en très gros plan (fleurs, cailloux, fossiles, coquillages, rochers...) sublimés par des aplats de couleurs vives.
La maison aux arums est conçue comme une fantasmagorie, un bijou mystérieux dans l'écrin de la ville. Elle nous permet de voyager à travers la symbolique d'une fleur bien plus sauvage que domestiquée et nous rappelle que la Nature enveloppe l'Architecture. Les matériaux dits « structurels » sont utilisés pour façonner des arbres de métal aux branches organiques, des fleurs de pierre et de verre, aiguiser l'imagination et faire croître un monde enchanté dans l'espace urbain.
Qu'il soit aimé ou décrié, l'Art Nouveau est un fabuleux creuset d'inspiration naturaliste. Il crée des correspondances subtiles entre les matériaux, entre l'utile et l'esthétique, le réel et l'onirique.
Pour ressembler aux éléments naturels, les ornements métalliques sont traités avec harmonie, gracilité et sens du mouvement. Ainsi, une forêt magique semble avoir poussé tout autour de l'habitation.
Dans le hall d'entrée, de fines mosaïques rappellent les broderies florales qui couvrent la façade. Elles font écho aux lianes de métal qui se contorsionnent le long de la pierre.
L'artiste « Art Nouveau » est un alchimiste qui crée et recrée à l'infini les formes dessinées par la Nature. Il joue à recomposer la lumière et dévoile ses variations à travers les matières qu'il travaille.
Il élabore un art total qui se mêle à l'Artisanat et à l'Industrie. Il exploite de nouvelles gammes colorées et se rapproche des effets de matière qui règnent dans la Nature: prairies aquatiques, jardins détrempés, miroirs d'eau, reflets de tempêtes, cieux étranges...
Il intercale ce que l'on peut toucher et ce qui suscite les songes, comme dans l'élégante poésie de la maison aux arums...
Merci de votre fidélité, je vous souhaite une excellente fin de semaine. Amicalement vôtre !