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Ma Plume Fée dans Paris

Ma Plume Fée dans Paris

Une passionnée d'écriture qui explore les chemins de Paris et d'ailleurs...

Publié le par maplumefee
Publié dans : #catherine, #fille, #jeune, #roue, #saint

 (Édition revue et augmentée)

 

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A la croisée de l'automne et de l'hiver, aux portes de l'Avent, refleurissent les roses de Sainte-Catherine.

 

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Leurs couleurs vives et douces, au charme suranné, propagent, avec le frisson des premières neiges, les voeux d'amour et les rituels de bonne fortune. Ouvrons, près d'une tasse de chocolat aux épices, le grand livre des traditions populaires.

 

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Brillante et cultivée, Catherine naquit en 290 dans la famille du roi Costus d'Alexandrie dont elle était probablement la fille.

 

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Lors d'une fête donnée par l'empereur Maximien, elle convertit au christianisme, après un débat philosophique particulièrement ardu, cinquante sages païens. L'empereur voulut l'épouser mais elle ignora sa demande et fut condamnée à subir le martyre.

 

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En l'an 307, on l'attacha à une roue munie de pointes mais, sous l'intensité de ses prières, la roue se brisa et les sinistres pointes aveuglèrent les bourreaux. L'empereur, ivre de colère, ordonna sa décapitation. Après sa mort, du lait jaillit de son corps supplicié et des anges apparurent pour la porter au sommet du Mont Sinaï où un couvent fut érigé en son honneur.

 

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Sainte-Catherine d'Alexandrie peinte par Le Caravage (1571-1610) en 1598.

 

De nombreuses corporations sont placées sous son patronage, à commencer par les fabricants de roues et les métiers pour lesquels on utilise la roue (les meuniers, les charretiers...) Elle est aussi la protectrice des théologiens, des orateurs, des étudiants, des philosophes, des notaires, des tailleurs, des fileuses, des modistes, des nourrices et des jeunes filles en quête d'un mari, en des temps où le célibat n'avait pas bonne presse, surtout pour une femme.

 

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Il ne faut pas confondre Catherine d'Alexandrie avec Catherine de Sienne. Fille d'un teinturier, cette dernière refusa le mariage et choisit de vivre son célibat au sein de l'ordre des dominicains. Ses adeptes portaient le nom de Caterinati.

 

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Sainte-Catherine de Sienne sculptée par Francesco Messina (1900-1995), pour le château Saint-Ange à Rome. (Photo Lalupa.)

 

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Catherine d'Alexandrie, dans une niche de l'église Saint-Martin de Croix-Caluyau, dans le Nord-Pas-de-Calais. (Image Fraternité de Cambrai.)

 

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Catherine d'Alexandrie, peinte par Artemisia Gentileschi (1593-1653) en 1620.

 

Dans l'Allemagne médiévale, les filles dont le père exerçait un métier utilisant la roue étaient baptisées « Katharina ». D'après une chanson populaire, « toutes les filles de meuniers s'appellent Catherine et sont de riches filles à marier ».

 

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« L'Amour est, nous dit-on, un petit dieu malin

Pour lui les bonnets sautent par-dessus les moulins. »

 

Les jeunes filles en quête d'un mari se plaçaient naturellement sous l'obédience de Catherine d'Alexandrie mais le terme « catherinette », associé à une jeune fille célibataire, âgée de 25 ans, ne fut attesté qu'en 1882.

 

A partir des années 1920, sous l'impulsion des couturières et des créatrices de mode, la Sainte-Catherine connut un regain de popularité. Pour les élèves des écoles de mode, elle fut l'occasion de déployer leur savoir-faire et de confectionner des chapeaux extravagants et des tenues coquettes.

 

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Dans le Larousse de 1948, la catherinette désigne une couturière ou une modiste encore célibataire à l'âge de 25 ans. On disait qu’une jeune fille venue coiffer Sainte-Catherine « se mariait à l’aiguille. »

 

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Le 25 novembre était férié dans les ateliers de couture.

 

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Au croisement de la rue de Sévigné et de la rue Saint Antoine, dans le 4e arrondissement de Paris, une statue de Sainte-Catherine tient la palme du martyre et de la reverdie. Vraisemblablement sculptée en 1896, au moment de la construction de l'immeuble attenant, cette statue fait référence au thème de la « maison à l'image », si fréquent dans les rues de la capitale au Moyen-âge.

 

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A l'angle de la rue de Cléry et de la rue Poissonnière, dans le 2e arrondissement, une autre Catherine, aux lignes modernes et épurées, arbore le même attribut.

 

Plusieurs générations de catherinettes se sont succédées dans le Sentier, quartier parisien traditionnellement associé à la confection. Les petites mains des ateliers offraient à la sainte des couronnes de fleurs et chaque jeune fille devait la coiffer avec son chapeau. Elles utilisaient pour l'occasion la grande échelle des pompiers, ce qui provoquait des scènes joyeuses et cocasses. Un jury désignait ensuite le chapeau le plus réussi.

 

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Le cortège de la Sainte-Catherine, rue de Cléry, le 25 novembre 1937. (La photo, conservée au Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée, porte le numéro Ph.1940.64.1. Réf. 00006533.)

 

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La tradition de « coiffer Sainte-Catherine » s'est perpétuée dans les grands magasins et dans certaines entreprises, de préférence liées à la mode et au commerce. La recherche d'un mari n'est désormais plus prioritaire mais les catherinettes continuent d'arborer d'extravagants chapeaux, confectionnés avec humour par leurs collègues.

 

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Reines d'un jour, elles se rassemblent et participent à de joyeux défilés. Autrefois, dans chaque quartier de Paris, des confréries de jeunes filles veillaient sur une statue de la sainte qu'elles paraient de fleurs, chaque 25 novembre, et d'une coiffe neuve, confectionnée avec le plus grand soin. Celles qui trouvaient un époux devaient, après un rituel d'offrande à leur divine patronne, quitter la sororité.

 

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Catherine, dont le nom issu du grec « katharos » signifie « pureté », fut la seule sainte à qui l’Église attribua trois auréoles. La première, de couleur verte, symbolise la connaissance. La seconde, rouge sang, fait allusion au martyre et la troisième, d'un blanc immaculé, incarne la virginité.

 

Au-delà du voile protecteur qu'elle tisse sur les jeunes filles, elle est associée à la liberté de croyance et à l'intégrité du corps.

 

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Broderies et chapeaux

 

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A l'origine, le chapeau de la catherinette était une ravissante charlotte brodée, aux bords froncés, une coiffe régionale ou une coiffe de mariée en dentelle ou en tulle.

 

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Elle était agrémentée de noeuds verts et jaunes, de brins de fleurs d'oranger ou de fines fleurs blanches, symboles de lumière et de pureté.

 

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(Crédit photographique: Agence ROL).

 

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Sous l'impulsion des modistes, le chapeau devint l'expression d'une créativité bouillonnante se déclinant en deux couleurs symboliques: le jaune et le vert. Réputées incarner la foi et la connaissance, ces couleurs sont en réalité bien plus riches de sens.

 

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(Photo trouvée sur mc-creations.mabulle.com)

 

Gorgé d'or solaire, le jaune brille, avec force et sagesse dans la brume automnale, mais il fait aussi allusion aux dentelles jaunies et, par extension, à la « vieille fille » dont l'ombre plane sur toute catherinette. Le vert vient heureusement contrebalancer son pouvoir délétère.

 

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Le vert, associé à la déesse Vénus, protectrice de l'amour et des voeux ardents, signifie l'espoir et la force de la nature en liesse, le printemps triomphant et la satisfaction des désirs.

 

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Couleur du Green Man, le Feuillu, l'homme de la sylve qui s'unira, après les frimas hivernaux, à la déesse des fécondités printanières, et dont l'image s'est perpétuée, depuis des temps fort anciens, sur les chapiteaux des églises, les clefs de voûte, les stalles et les miséricordes.

 

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Le vert nous entraîne dans sa ronde ambivalente... Couleur des fées et des fous dans l'Europe médiévale; liqueur ensorcelante qui jaillit des yeux de Lucifer, le porteur de lumière; émanation des voeux et des connaissances perpétuées par différentes confréries; couleur de tout ce qui est « changeant », de la jeunesse et de l'amour, de la fortune fluctuante...

 

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Les Catherinettes revêtent donc les couleurs attribuées aux êtres instables et insaisissables dans le monde médiéval. Le jaune et le vert habillent ceux qui sont en marge, les initiés mystérieux qui échappent aux contraintes de la société et sont marqués par les dieux.

 

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Pendant plusieurs siècles, les « Catherinettes » désignèrent à Paris les religieuses augustines de l'Hôpital ou Hôtel-Dieu Sainte-Catherine situé dans la rue Saint-Denis. Ces Catherinettes étaient très aimées de la population parisienne. Les statuts de leur ordre imposaient l'hospitalité, les soins aux malades et l'inhumation en terre consacrée des personnes mortes en prison, noyées dans la Seine ou trouvées inanimées dans la rue. Elles apportèrent aussi leur aide aux jeunes filles livrées à la prostitution et créèrent des accueils pour les femmes venant de Province. Il s'agit du premier asile de nuit pour femmes, ancêtre de « l'Oeuvre de la protection de la jeune fille. »

 

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Au cimetière des Innocents, la croix de Sainte-Catherine veillait sur un périmètre accueillant les défunts dont personne ne voulait.

 

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Le folklore de la Sainte-Catherine

 

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Dans la tradition populaire, Catherine est liée à de nombreuses pratiques de magie amoureuse. Les jeunes filles allumaient une bougie à la nuit tombée et soufflaient leurs désirs dans la flamme dansante, en murmurant le nom de la sainte.

 

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Le fer à cheval, amulette gorgée de puissance lunaire, veillait au bon accomplissement de leurs voeux.

 

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Les pensées, les roses et les trèfles à quatre feuilles sont autant d'émanations de la Bonne Fortune amoureuse.

 

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On offrait jadis, de charmants petits bonnets brodés et destinés à favoriser la rencontre avec l'être aimé. Bonnets amulettes, réceptacles de prières et de superstitions, brimborions si fragiles qui ont traversé le temps, investis de tant d'espoirs et de rêves...

 

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« Amener quelqu'un sous la coiffe » signifiait se marier.

 

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La coiffe de Sainte-Catherine, renouvelée chaque année, symbolisait le renouvellement des saisons. Les bonnets qui décorent les cartes du jour sont investis de ce pouvoir calendaire et sacré.

 

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Ils sont accompagnés de devises aux allures de comptines, incantations populaires que certaines prononçaient, sitôt la carte reçue, en direction d'une flamme, en serrant contre leur coeur une petite poupée de chiffon baptisée « Catherine ».

 

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Le matin du 25 novembre, des groupes de jeunes filles se réunissaient. Chacune gravait son nom sur une bougie qui était ensuite fixée dans une coquille de noix. Les frêles esquifs scintillants étaient posés à la surface d'un récipient rempli d'eau. Ceux qui se frôlaient désignaient les jeunes filles qui seraient les premières à se marier.

 

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On faisait aussi couler des gouttes de cire à la surface d'un miroir ou d'un bol rempli d'eau. Si la cire formait un anneau, cela signifiait qu'un mariage était proche.

 

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Les jeunes filles enduisaient d'huile trois aiguilles bénies et les posaient à la surface d'une soucoupe remplie d'eau. Si l'une d'elles coulait dans les dix premières secondes, la perspective d'un mariage était fortement compromise.

 

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Glisser dans sa poche un petit bonnet vert au lever du jour est réputé favoriser la chance amoureuse mais replier un parapluie humide multiplie les chances de « coiffer Sainte-Catherine » ou, pour les garçons, de « porter la crosse de Saint-Nicolas »!

 

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Dans les chapelles consacrées à Sainte-Catherine, les jeunes filles âgées de 25 ans venaient piquer, dans la coiffe de la sainte, 25 épingles en faisant le voeu de trouver un époux. Jusqu'à leur trentième anniversaire, elles rajoutaient une épingle par an, si bien sûr elles n'avaient pas rencontré l'amour. Elles conservaient précieusement la trentième épingle, en espérant que la venue de l'âme soeur se concrétiserait le plus vite possible...

 

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La fleur d'oranger, quintessence de fécondité et de prospérité, était offerte aux jeunes mariées, sous forme de couronnes parfumées.

 

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En Provence, on présentait aux Catherinettes des petits bonnets et des objets en forme de coccinelle, insecte traditionnellement associé aux voeux d'amour et appelé « Catharinetto ».

 

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La coccinelle, amie des jardiniers (image vente-coccinelles.fr)

 

Si une jeune fille apercevait une coccinelle, elle faisait un voeu et regardait dans quelle direction l'insecte s'envolait. Un mari l'y attendrait peut-être...

 

Fileuse des opportunités d'amour, Sainte-Catherine était aussi appelée « protectrice de la santé » dans plusieurs régions de France et de Belgique. Elle était invoquée, le jour de sa fête, pour soigner l'eczéma, appelé « roues de Sainte-Catherine ». Il fallait brûler un cierge en l'honneur de la sainte dans la première église devant laquelle on passait.

 

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Sainte-Catherine et la roue de l'année

 

D'après certaines légendes, le soir de sa fête, Catherine se déplace dans les airs, à cheval sur une roue dentée qui symbolise la roue de l'année.

 

Gardienne des cycles calendaires, elle règne sur les mystères du Zodiaque et les secrets des éléments.

 

Dame d'abondance, elle dépose sur le seuil des portes et le rebord des fenêtres des sucreries et des jouets pour les enfants sages, des fleurs et des talismans d'amour (petites poupées, coeurs de tissu, broches en bois ciselé), pour les jeunes filles désireuses de se marier.

 

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La Fortune, par Guido Reni (1575-1642).

 

Catherine est assimilée à Fortuna, la déesse de la chance, dotée de pouvoirs prophétiques et invoquée par les jeunes filles en quête d'un époux. Elle est représentée debout sur une sphère ou une roue. Elle brandit un gouvernail et une corne d'abondance (cornu copiae). Elle s'élève dans le vent et navigue dans le ciel diurne et nocturne. Au fil du temps, elle est devenue l'incarnation du destin favorable à certains hommes politiques mais elle a toujours été associée aux voeux et aux cycles de la féminité.

 

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Fortuna, 1541, par Hans Sebald Beham (1500-1550).

 

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La Roue de Fortune ou Roue du Destin.

 

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La Roue de Fortune issue du Tarot des Imagiers du Moyen âge d'Oswald Wirth (1860-1943), mon tarot préféré...

 

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 Les anciens Gallois célébraient la déesse Arianrod ou « roue d'argent », navigatrice céleste à la barque de lune.

 

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La Roue des Moires, les « Destinées »...

 

Clotho file les jours et les évènements de la vie. Lachesis enroule le fil et détermine le sort de chacun. Atropos coupe avec ses ciseaux le fil de l'existence et libère le souffle vital de l'enveloppe corporelle.

 

Catherine, la fileuse des voeux, revêt certains attributs des Moires antiques, des Parques et des Nornes, appelées aussi les Trois Fées.

 

Dans certaines régions de France, le 25 novembre, les petites filles allaient frapper aux portes des villageois, guidées par une « reine Sainte-Catherine », adolescente tirée au sort par les trois femmes les plus âgées de la communauté. Vêtue de blanc, elle brandissait une petite quenouille (attribut des fées), décorée d'une pomme rouge. Les fillettes chantaient des chansons et recevaient des sucreries. Elles confectionnaient aussi des roses en tissu.

 

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Dans certaines régions de France, comme la Haute-Saône et la Franche-Comté, les pâtissiers préparent, depuis des siècles, des cochons en pain d'épices qui symbolisent la prospérité. De grandes foires Sainte-Catherine se tenaient autrefois sur les principaux axes commerciaux. La fête de Sainte-Catherine coïncidait aussi avec l'achat du cochon que les paysans allaient engraisser pendant l'hiver.

 

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Ces cochons en pain d'épices recouverts de chocolat ont un petit sifflet de bois à la place de la queue.

 

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(Image Office de tourisme de Vesoul.)

 

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On peut écrire son nom sur ces gourmandises porcines.

 

Au Canada, on savoure la tire Sainte-Catherine, une sucrerie à base de mélasse, de sirop de maïs ou blé d'Inde, de beurre, de cassonade, de sucre blanc ou brun.

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Une religieuse de Nouvelle-France nommée Marguerite Bourgeoys (1620-1700) en est la créatrice. Elle fonda la Congrégation de Notre-Dame de Montréal, ouvrit sa première école un 25 novembre et fit déguster aux petites amérindiennes dont elle s'occupait ces friandises brun doré.

 

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Les jeunes filles à marier fabriquaient la tire pour l'offrir aux célibataires vivant près de chez elles. Aux États-Unis et au Canada anglais, ces gourmandises sont appelées « kisses ». Des baisers joyeusement sucrés dont la « fabrication » est encore plus aboutie quand elle se fait à deux... Chaque personne tire sur le mélange afin de lui donner une meilleure élasticité.

 

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Il existe de nombreuses recettes familiales avec plus ou moins de variantes. On y rajoute parfois du chocolat.

 

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Sainte-Catherine et la magie végétale

 

« A la Sainte-Catherine tout bois prend racine... »

 

Ce diction populaire, bien connu des jardiniers, désigne, à partir de la fin novembre, une période propice au bouturage des branches d'arbres. La saison est primordiale pour la multiplication de très nombreux arbres et arbustes, aussi bien ornementaux que fruitiers.

 

Défunts et Ancêtres ont été honorés pendant le cycle de Samain-Halloween et la terre profonde fourmille de vie, octroyant à certains végétaux des pouvoirs protecteurs.

 

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D'après les Archives Suisses des Traditions Populaires, (Tome XIII, 1909, p. 178), on choisit une rave le jour de la Sainte-Catherine. On coupe et on creuse la partie inférieure pour la remplir de terre et y semer des grains de blé puis on suspend la rave devant la fenêtre « qui s'ouvre à l'orient ». A la période de Noël, « la Catherine » ressemblera à une étrange poupée végétale, dotée d'une gaine de feuilles au bas du corps et d'une abondante chevelure verdoyante au-dessus. Protectrice du foyer, « la Catherine » sera nourrie avec un mélange de lait, d'eau de rose et de pluie.

 

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La ronde des dictons

 

Savourons quelques adages et devises issus des anciens almanachs et de la sagesse populaire...

 

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« Sainte-Catherine en manteau blanc

Apporte du froid pour longtemps. »

 

« Sainte-Catherine vient toujours de blanc habillée.»

 

« Pour la Sainte-Catherine fais de la farine

Car pour Saint-André le blé sera gelé. »

 

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« Quand au ciel Sainte-Catherine fait la moue

Il faut patauger longtemps dans la boue. »

 

« Sainte-Catherine, toute fille veut la fêter

Mais point ne veut la coiffer. »

 

Pour la Saint-Martin la neige est en chemin

Pour la Sainte-Catherine elle est à la courtine... »

 

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Je souhaite aux « Catherine » une excellente fête et je souffle à celles et ceux qui attendent l'être aimé mes pensées d'espoir et mes voeux de bonne fortune. Que la sagesse des Anciens leur soit favorable et que leurs rêves se réalisent!

 

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Le 25 Novembre est aussi la Journée Internationale pour l'élimination de la violence faite aux femmes mais n'oublions pas que l'attention aux victimes et le refus des actes de barbarie s'imposent chaque jour.

 

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Que virevoltent rêves et pensées au rythme des saisons!

 

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Bibliographie

 BRIÈRE, Léon: L'hôpital de Sainte-Catherine en la rue Saint-Denis (1184-1790). Paris: Imprimerie Nationale, 1890, 88 p. in-8°.

 COURSAULT, René: Sainte-Catherine d'Alexandrie. Le mythe et la réalité. Maisonneuve et Larose.

 DUMAX, V: Sainte-Catherine, patronne des jeunes filles. 1883.

 HURTAUT, MAGNY: Dictionnaire historique de la ville de Paris. Genève: Minkoff, 1779, 4 volumes. Réédité en 1973.

 

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 Merci de votre fidélité, grosses bises!

 

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Je vous offre cette rose d'automne photographiée sous la pluie, début novembre dans le Val d'Oise.

 

Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #abbe, #bourg, #cariatides, #passage, #rue

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Ce passage, ouvert en 1828 par l'architecte Auguste Lusson sur une dépendance de l'abbaye Saint-Martin-des-Champs, reliait la rue Saint-Denis et l'ancienne rue du Bourg-l'Abbé. Il se situe entre le passage du Grand Cerf et le passage de l'Ancre, allée privée bordée de petites boutiques, qui se dévoile à quelques pas du musée des Arts et Métiers.

 

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 Il appartient à un réseau de cheminement piéton qui se déploie entre la rue Saint-Denis et la rue Saint-Martin, à l'instar du passage Saucède (ancien passage de la Croix de Lorraine), ouvert en 1827 à proximité du passage de l'Ancre et dont il ne demeure aucune trace.

 

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Le passage du Bourg-l'Abbé fut amputé de son extrémité ouest en 1854, lors du percement de la rue de Turbigo et du boulevard de Sébastopol. Après diverses modifications, il mesure aujourd'hui 47 mètres de longueur. Certains promeneurs lui préfèrent le passage du Grand Cerf mais il offre de beaux détails d'architecture et ne mérite pas d'être boudé.

On y contemple des devantures en bois qui rappellent les boutiques anciennes. Elles ont été restaurées, il y a quelques années, après un incendie.

 

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Sa verrière est arrondie alors que dans la plupart des passages parisiens, les verrières présentent une structure à deux pentes.

 

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Verrière à deux pentes du Passage du Grand Cerf, avec des cadeaux de Noël en suspension.

 

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 Quand il était encore en vogue, le passage du Bourg-l'Abbé abritait un estaminet, un marchand de liqueurs, une imprimerie, une fabrique de pipes appartenant à un certain monsieur Krebs et plusieurs échoppes de tissu. Depuis 1965, on y trouve l'atelier de la famille Lulli, ébénistes de père en fils.

 

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 Une horloge et un baromètre se situent à chacune de ses extrémités, bijoux mécaniques qui ont échappé aux griffes du temps.

 

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 L'horloge nous séduit par la finesse de son décor et les heures s'écoulent, rythmées par le cliquetis de la petite étoile d'or.

 

 Un dialogue secret semble s'établir entre le baromètre et l'horloge qui se font face.

 

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Le passage de l'Opéra, joyau architectural du 9e arrondissement de Paris et malheureusement détruit en 1925 lors du prolongement du boulevard Haussmann, était organisé autour d'une galerie de l'Horloge et d'une galerie du Baromètre. Ces deux instruments marquaient le temps tout en témoignant de la splendeur et de la richesse des lieux.

 

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Le passage s'ouvre sur la rue Saint-Denis, quasiment en face du passage du Grand Cerf.

 

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Il débouche sur la rue de Palestro, bordée par une petite place qui s'étend vers le boulevard de Sébastopol. Sa façade monumentale fut reconstruite aux début des années 1860 par l'architecte Henri Blondel (1821-1897), gendre de Charles Garnier (1825-1898), le célèbre concepteur de l'Opéra.

 

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 Henri Blondel construisit de nombreux immeubles le long des boulevards percés par le baron Haussmann sous le règne de Napoléon III. Il fut aussi l'architecte de la Bourse de Commerce, érigée à l'emplacement de l'ancienne Halle aux blés, rue de Viarmes, à partir de 1885.

 

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Une majestueuse arcade englobe le rez-de-chaussée et l'entresol de l'immeuble. Elle est flanquée de deux puissantes cariatides qui soutiennent le balcon du premier étage et symbolisent l'Industrie et le Commerce. Elles ont été sculptées en 1863 par Aimé Millet (1819-1891).

 

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 Entre ces deux gardiennes, à la clef de l'arcade, une ruche entourée d'abeilles dans un fin cartouche évoque l'activité économique des lieux, autrefois « bourdonnante ».

 

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L'Industrie est appuyée sur un marteau, outil polyvalent qui évoque la force de production, le travail industriel mais aussi l'ouvrier qui le manipule.

 

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Instrument à la fois créateur et destructeur, le marteau forme la matière et brise ce qui entrave le processus de création. Il est associé aux anciens dieux du tonnerre et de la forge. Le marteau Mjöllnir est l'attribut de Thor dans la mythologie nordique. Héphaïstos, le seigneur des Cabires, artisans mystérieux de l'Antiquité gréco-romaine, possédait un marteau capable de faire jaillir le feu de la terre. Sucellus, le dieu gaulois des croisées de chemin, patron des bûcherons, des tonneliers, divinité champêtre et passeur d'âmes, brandit un maillet avec lequel il tue et ressuscite, à l'instar de l'omniscient dieu celte Dagda, le porteur de massue.

 

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Symbole de vigueur, le marteau accompagne le dieu Mercure du pont du Carrousel, sur la rive droite de la Seine. Le dieu du commerce se présente ici comme un dieu de l'industrie et un gardien des richesses de la ville, à l'instar des cariatides du passage du Bourg-l'Abbé.

 

Avec la faucille, le marteau était considéré comme l'incontournable symbole du communisme mais depuis quelques mois certains ont jugé ces instruments obsolètes voire honteux. Ils n'apparaissent donc plus sur les affiches officielles du parti, chacun jugera...

 

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Une roue crantée, symbole de mouvement et emblème des mécaniciens, apparaît derrière le drapé de l'Industrie. Elle représente la vitesse des échanges, la subtilité des rouages du destin et le cycle inéluctable des saisons qui se déroulent sur l'écheveau du calendrier.

 

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L'allégorie du Commerce est reconnaissable à l'ancre de marine qui se dévoile près de sa draperie. Un paquet rappelle les marchandises qui transitaient par voie d'eau, marchandises particulièrement abondantes dans le quartier Montorgueil-Saint-Denis.

 

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L'ancre est aussi un symbole de stabilité et d'espoir. Elle retient les bateaux dans la tempête et permet aux marins de trouver le salut face aux caprices des éléments.

 

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Au-dessus de la belle arcade sculptée, le travail des balcons et des fenêtres ornées de mascarons retient également l'attention.

 

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Henri Blondel et Aimé Millet ont à nouveau associé leurs talents au numéro 15 de la rue du Louvre, dans les premier et deuxième arrondissements de Paris.

 

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En 1889, Henri Blondel reprit le dispositif de la façade du passage du Bourg-l'Abbé mais il choisit de doubler l'arcade d'entrée pour donner davantage d'ampleur à la composition. Aimé Millet créa deux figures d'atlantes pour soutenir la balustrade ouvragée du balcon.

 

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Blondel et Millet construisirent, à l'emplacement d'un hôtel qui fut la résidence du président Baillet (1560) et du chancelier Pierre Séguier (1630) avant de devenir le siège de la Ferme Générale (1690), un double portail monumental encadré de deux larges bustes d’atlantes non symétriques, juchés sur des consoles à guirlandes.

 

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En 1891, la cour de l'élégant édifice fut occupée par une compagnie de diligences dont les bâtiments s'élevaient sur les vestiges de l'ancienne Cour des Fermes. Ce vaste espace avait été érigé là où se dressait l'hôtel de Jean de Ferrières (1520-1586), ami de Gaspard de Coligny (1519-1572). Amiral de France et chef du parti protestant, Gaspard de Coligny fut assassiné lors du massacre de la Saint-Barthélémy. La rue du Louvre regorge de trésors et mérite amplement qu'on lui consacre une série d'articles. J'ai commencé ce travail d'écriture il y a plusieurs mois, je laisse « décanter » comme à l'accoutumée et quand ce sera prêt je vous montrerai la variété de son architecture.

 

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(Désolée pour la voiture, j'ai attendu pour prendre ma photo mais le véhicule n'était pas disposé à s'en aller...)

 Les figures d’atlantes et de cariatides se généralisèrent, à partir des années 1860, dans le décor des façades d'immeubles. Charles Garnier lança cette mode sur les façades de l'Opéra et de nombreux architectes lui emboîtèrent le pas. Ils voulurent opposer une réaction ornementale à ce qu'ils appelaient « l'uniformisation haussmannienne ». Les propriétaires d'immeubles cherchèrent à attirer le regard des visiteurs et des passants sur la beauté de leur bien.

 Le plus souvent, les atlantes et les cariatides soutiennent le balcon axial du premier étage. Ils sont parfois placés de part et d'autre de certaines fenêtres et se présentent comme des enseignes monumentales témoignant du prestige et de l'aisance financière de leur commanditaire.

 Les cariatides et les atlantes des bâtiments officiels se situent plutôt au dernier étage pour « supporter esthétiquement » les coupoles et les frontons.

 

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(Photo d'Harrieta 171 datée du 21/01.06).

 Les cariatides font référence aux « jeunes filles » appelées « cariatides de l'Erechteion », temple d'ordre ionique situé sur l'Acropole d'Athènes, au nord du Parthénon. Il existe plusieurs interprétations mais la plus répandue prétend que ces jeunes filles vouaient un culte à Artémis Caryatis ou Karyatis, déesse de la lune, de la chasse et des arbres fruitiers.

 

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 En 1550, Jean Goujon (1510-mort entre 1564 et 1569), artiste majeur de la Renaissance française et maître d'oeuvre de la Fontaine des Innocents, sculpta des cariatides pour soutenir la tribune des musiciens au Louvre, dans la salle du même nom.

 

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Gravure de Jacques Ier Androuet du Cerceau (1510-1584). Image Gallica.bnf.fr.

 Les cariatides se fondent et se dévoilent majestueusement dans les paysages de nos villes. Elles sont très nombreuses à Paris où elles décorent aussi les célèbres fontaines Wallace.

 

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Ces charmants édicules en fonte ont été conçus pour distribuer de l'eau potable à différents endroits de Paris. Nous les devons à Sir Richard Wallace (1818-1890), un philanthrope qui offrit aux parisiens une part conséquente de sa fortune, suite à la guerre de 1870. Il fit construire un hôpital pour les victimes et distribuer de la nourriture dans les rues de Paris. Il dessina lui-même les plans de ses fontaines.

 

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Il en confia la réalisation à Charles-Auguste Lebourg (1829-1906) qui illustra sa devise « bonté, simplicité, charité, sobriété » à travers quatre cariatides aux drapés délicats.

Au fil du temps, je vous montrerai les différentes cariatides de ma collection.

 

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Nées sous le ciseau d'Aimé Millet, les cariatides du passage du Bourg-l'Abbé sont restées les gardiennes d'un lieu autrefois apprécié pour son effervescence. Épargnées par les outrages du temps, elles nous invitent à contempler les façades qui bordent nos rues, à la recherche des visages de jadis qui ont une infinité de grandes et de petites histoires à nous relater.

J'ai pris beaucoup de plaisir à écrire cet article, j'aime particulièrement ces deux statues et l'atmosphère hors du temps (certains diront inanimée) du passage du Bourg-l'Abbé qui dévoile aux promeneurs de beaux vestiges de sa splendeur passée.

 

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Je vous souhaite une très agréable semaine, bien au chaud si possible... Je vous remercie pour votre fidélité. Gros bisous!

 

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Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #grand, #marie, #passage, #rue, #saint

 

 

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 Ce passage élégant, où règne une atmosphère hors du temps, traverse l'un des plus anciens quartiers de Paris: le Quartier Montorgueil-Saint-Denis. Même si vous le connaissez, je vous invite à redécouvrir sa belle architecture, ses ornements néoclassiques et les nombreuses boutiques d'artisanat moderne et vintage qu'il abrite.

 

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 Il n'est pas le plus décoré des passages de la capitale mais son charme est bien réel et chaque fois que je l'emprunte, je suis séduite par la beauté des verrières, la qualité de la lumière, les enseignes colorées et les magasins de thé, d'art et de design qui rythment la promenade. Attention si vous souhaitez le visiter, il n'est pas ouvert le dimanche.

 

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Il fut érigé dans la cour de la « maison du roulage du Grand Cerf », une ancienne hôtellerie, terminus des Messageries Royales, qui reliait, il y a plusieurs siècles, les rues Dussoubs et Saint-Denis.

 

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L'hôtellerie fut vendue en 1812 par l'administration des Hospices et démolie en 1825 par son nouveau propriétaire: la banque Devaux-Moisson. La banque initia la construction d'un passage probablement terminé en 1835 mais la date d'ouverture au public, comme le nom de l'architecte, ne sont pas établis.

 

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La famille Monier fit l'acquisition des lieux en 1826. Mais, en 1862, suite à une affaire d'héritage, le passage fut légué à l'Assistance Publique. Il s'ensuivit une désaffection progressive à l'égard de cette voie commerciale pourtant fort appréciée quelques décennies auparavant. Il fallut attendre les années 1990 pour que l'endroit soit réhabilité.

 

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Aujourd'hui, le passage du Grand Cerf possède la plus importante hauteur de verrières de tous les passages parisiens, soit 11,80 mètres et trois étages de façades.

 

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Originellement destiné à la production et à l'artisanat, le passage, long de 113 mètres, abritait une galerie marchande populaire, peuplée d'ateliers, d'échoppes et de fabriques. Seul le troisième étage était consacré à l'habitation.

 

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Lors des restauration des années 1990, le troisième étage et les combles ont été réaménagés pour accueillir des petites maisons fleuries. Les habitants des lieux appellent cet espace privilégié « la dalle ».

 

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Plus récente que le reste du passage, la verrière est particulièrement intéressante par sa hauteur et la qualité de sa structure. L'emploi de grandes poutrelles en fer forgé et de tirants métalliques conçus comme des arcs-boutants a favorisé la création de larges espaces vitrés sur les façades intérieures.

 

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Le passage du Grand Cerf se situe dans le prolongement de la rue Marie Stuart où se dressait autrefois le terminus des Messageries Royales. Les Messageries reliaient les provinces de l'est et du nord de la France à Paris.

 

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La rue Marie Stuart (ancienne rue Tire-vit puis Tireboudin) formait, avec la rue Brisemiche et la rue Dussoubs (ancienne rue Gratte-Cul), le quartier général des prostituées du quartier Montorgueil. Le nom actuel de cette voie tranquille est le fruit d'une erreur commise par l'historien Henri Sauval (1623-1676). Ce dernier nous rapporte que le nom Tire-vit fut changé en Tireboudin pour ne pas choquer la reine Marie Stuart, épouse du Dauphin et futur François II.

« Marie Stuart passant dans cette rue, en demanda le nom; il n’était pas honnête à prononcer; on en changea la dernière syllabe, & ce changement a subsisté. De toutes les rues affectées aux femmes publiques, cette rue, & la rue Brisemiche, étaient les mieux fournies. »

 Mais l'appellation Tireboudin était déjà utilisée en 1419 alors que la reine vécut de 1542 à 1587. La rue fut pourtant baptisée rue Marie Stuart en 1809 par le ministre Joseph Fouché (1759-1820). Les habitants du quartier proposèrent le nom de rue du Grand Cerf mais le ministre s'y opposa, considérant que « cela faisait trop médiéval et populaire. »

 

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La rue Marie Stuart, photographiée en juillet 1907 par Eugène Atget (1857-1927). (Source gallica.bnf.fr).

 

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La rue Marie Stuart  et l'entrée du passage du Grand Cerf.

 

L'ancienne rue aux Ribaudes prit le nom d'une reine mais le souvenir des « filles bordelières » qui louaient des baraques en planches ou « bords » afin d'y exercer leur activité de « bordel », est toujours bien vivant dans les livres d'histoire. Les péripatéticiennes s'étaient installées là suite au décret de Saint Louis, promulgué en 1256 pour interdire la prostitution dans Paris. Elles avaient franchi l’enceinte de Philippe-Auguste, dont l'emplacement correspondait à l'actuelle rue Étienne-Marcel, et comptaient parmi leurs clients ceux de l'ancienne hôtellerie du Grand Cerf.

 

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On admire aujourd'hui dans la rue Marie Stuart de belles portes, des ornements sculptés et de gracieux balcons en fonte et en fer forgé.

 

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Indissociable de l'histoire et de la scénographie du passage du Grand Cerf, la rue Marie Stuart se situait, au XVIIIe siècle, au débouché des Messageries Royales, composées de diligences, de roulages et de coches d'eau qui desservaient les plus grands départements de France.

 

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De l'autre côté, s'ouvre la rue Saint-Denis, l'une des antiques voies d'accès à Paris qu'il suffit de traverser pour s'engouffrer dans le passage du Bourg-l'Abbé auquel je consacrerai bientôt un article.

 

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Les armoiries de Paris dominent l'entrée du passage, nous rappelant la toute puissance économique de Paris, initiée par la Hanse ou Guilde des marchands de l'eau d'où l'emblème « fluctuat nec mergitur »: « il est battu par les flots mais ne sombre pas ».

 

Le 5 novembre 1827, sous le règne de Charles X (1757-1836), le passage fut le témoin de violentes émeutes qui se déroulèrent dans la rue Saint-Denis. Suite à la révolte des Canuts à Lyon, suscitées par une misère grandissante, les fileuses et les ouvriers du quartier Montorgueil formèrent des barricades. Un peloton d'infanterie chargea la foule à la baïonnette et le passage fut jonché de cadavres.

 

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Après ces tristes événements, les petits ateliers se multiplièrent dans cette rue couverte dont la hauteur et l'élancement, plutôt inhabituels, ne doivent pas nous faire oublier les discrets ornements néoclassiques qui décorent, à l'instar des gracieuses feuilles d'acanthe, une partie de la structure.

 

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 On contemple, comme dans la plupart des passages parisiens, des allégories de l'Abondance et du Commerce.

 

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L'Abondance soutient une corbeille de fruits qui représente le pouvoir de la Terre, source inépuisable de richesse, de nourriture et de bienfaits.

 

La renommée des lieux est associée au Commerce, allégorie qui brandit un caducée. (Rappelons-nous que le caducée ne représente pas toujours la médecine.) Symbole de force, d'abondance et de prospérité, le bâton aux serpents est surmonté du pétase, le chapeau rond du dieu Mercure, messager des dieux et patron du négoce, protecteur des voyageurs, des bergers et des commerçants. Dieu ambivalent qui gouverne aussi les escrocs et les brigands...

 

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Photographie d'Eugène Atget, 1909. (BNF, Estampes Eo 109b boîte 5, microfilm : H025820, T039636.)

 

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De nos jours, le passage est apprécié pour son atmosphère chic et sereine qui permet de s'extraire en douceur de la course folle des voitures et du stress ambiant.

 

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Les promeneurs apprécient les pimpantes enseignes au-dessus des boutiques, touche de fantaisie et d'originalité.

 

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La boutique d'Optique « Pour vos beaux yeux » propose des montures de lunettes anciennes, jamais portées, des stocks oubliés qui font la joie des amateurs de lunettes vintage.

(Je précise que je ne suis pas sponsorisée pour écrire au sujet des marques que je cite. Je montre ce qui me plaît au fil de mes pérégrinations.)

 

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Mes amies brodeuses apprécieront sûrement l'enseigne et la vitrine de Lil Weasel, boutique plébiscitée par les aficionados de la couture et du tricot.

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Côté rue Saint-Denis, les visiteurs sont accueillis par des bouquets romantiques.

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Mais le passage est surtout connu pour abriter deux boutiques Rickshaw, à la fois cavernes d'Ali-Baba et cabinets de curiosités dans lesquels on chine des lanternes anciennes, des plaques émaillées, des bibelots d'inspiration coloniale, en bois ou en laiton patiné par le temps, des meubles et des coffrets précieux, des miroirs et des petits flacons, des poignées peintes en céramique ou en bois et toutes sortes d'ornements insolites. De nombreux objets sont réalisés à partir de matériaux recyclés.

 

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(Un peu floue ma photo mais je l'aime bien quand même...)

 

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Le passage est aussi très apprécié pour ses ateliers de stylisme et de bijouterie fantaisie, ses boutiques de thé, de luminaires, de tissus parfumés et d'objets poétiques.

 

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Éléments indissociables du développement urbain et d'un certain art de vivre, galeries et passages témoignent des bouleversements architecturaux et économiques survenus à Paris dans le dernier quart du XVIIIe siècle, lorsque le duc d'Orléans ouvrit les alentours du Palais-Royal à la spéculation immobilière. (Un article sur le sujet est en préparation...)

 

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Des galeries de bois du Palais-Royal, créées en 1786 et dédiées au plaisir sous toutes ses formes, aux passages les plus intimes ou les plus majestueux, ces voies piétonnes qui relient deux rues ou deux artères, sont, à de très rares exceptions près, des lieux mondains et commerciaux, des espaces de rencontre et surtout des microcosmes où le temps semble s'écouler à un rythme différent. Ils offrent aussi aux piétons une protection contre les intempéries et les encombrements de la route.

Tantôt à la mode et tantôt boudés en raison de l'essor des Grands Magasins, parfois privés d'une partie de leurs éléments structurels et décoratifs ou soumis à des restaurations que certains jugeront hasardeuses, ils nous séduisent encore aujourd'hui par leurs détails pittoresques et leur atmosphère agréablement surannée.

 

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Petites et grandes, secrètes ou maintes fois chuchotées, il y a tant d'histoires à redécouvrir au fil de ces passages, coiffés de belles et amples toitures de verre qui créent une aération bienvenue dans l'épaisseur du tissu urbain. Je me réjouis de vous les montrer, au fil du temps...

 

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Je vous dis à très bientôt pour d'autres reportages sur le sujet. Merci pour vos messages, je souffle vers vous, avec les feuilles d'automne, mes amicales pensées...

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Renseignements pratiques

 

145, rue Saint-Denis/10, rue Saint-Denis.

Ouvert du lundi au samedi de 8h30 à 20h30.

Métro Étienne Marcel, ligne 4.

 

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Quelques bijoux d'automne...

 

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Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #halloween, #jour, #mort, #nuit, #toussaint

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Ami(e)s lectrices, lecteurs, je réédite mon article intitulé "La mystérieuse nuit d'Halloween" après l'avoir agrémenté de cartes anciennes, de photos et d'illustrations issues de ma collection personnelle. Vous étiez nombreux en 2012 à apprécier ce voyage littéraire, folklorique et fantasmagorique. Je vous en remercie!

 

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N'oubliez pas que vous pouvez lire cet exposé en plusieurs fois, en raison de sa taille « conséquente ». J'ai choisi de le publier ainsi (et non sous la forme de petits billets) car je n'aime pas couper le fil de ma pensée. La cohérence de mon travail ne serait pas la même si je le divisais en plusieurs morceaux.

 

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La mystérieuse nuit d'Halloween

 

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Des fêtes du calendrier à l'univers sauvage des contes, il n'y a souvent qu'un trait de plume, un frisson d'imaginaire, un chemin d'or et de brume qui s'aventure dans une étrange forêt...

 

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L'année, dans les traditions païennes et chamaniques, prend la forme d'une roue ou d'une spirale d'énergie, rythmée par des jours et des nuits dits de « pouvoir ». Au seuil de ces « temps sacrés », les forces calendaires se régénèrent, appelant des rituels fondés sur la connaissance intime des cycles naturels. A travers eux, nous tissons nos expériences.

 

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L'année celtique commence dans la nuit du 31 octobre lorsque s'ouvrent les portes de Samain, fête de l'entrée dans l'hiver, dont Halloween est la résurgence. Elle se divise en deux périodes: une période sombre qui s'écoule de Samain à Beltane, (du 31 octobre au 30 avril), et une période claire qui s'étend de Beltane à Samain, (du 30 avril au 31 octobre).

 

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Célébrée dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, principalement aux États-Unis, au Canada et dans les pays anglo-saxons mais pas seulement, Halloween plonge ses racines complexes dans les croyances et la mythologie celtiques. Elle réveille aussi un code symbolique commun à plusieurs régions de France.

 

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Au XIXe siècle, ayant survécu à la christianisation sur le Vieux Continent, les traditions de Samain furent transportées en Amérique du Nord par les Irlandais, les Écossais et les Gallois. Elles s'implantèrent dans le Nouveau Monde et s'adaptèrent, avec certaines contradictions, aux contraintes de cette terre en friche, creuset de populations variées et de religions multiples.

 

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Les émigrants irlandais furent contraints par millions de quitter leur pays, en raison de la famine qui y sévissait. (Archives nationales canadiennes/C-3904).

 

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Dans les ténèbres de Samain

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Samain, qui signifie « réunion », désigne la nuit mystérieuse qui ouvrait les portes de l'année sombre. Appelée Samhain, Soween ou Oiche Shamhna: « la nuit de la fin de l'été » en Irlande, Samhuinn en Écosse, Samon ou Samonios en Gaule, elle rassemblait les tribus celtes autour de grands brasiers.

 

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Elle se ranimait, cycliquement, dès que les puissances de l'obscurité déferlaient sur le monde humain. Très ancienne fête des récoltes émanant de rites agraires du Néolithique, elle célébrait, de manière étrange et flamboyante, l'entrée dans le monde hivernal.

 

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Dans la pensée celtique, la nuit venait avant le jour. La lumière et la vie jaillissaient de profondes abysses sur lesquelles régnait un dieu des ténèbres nommé Orgos ou Dir Atir.

Dans la Guerre des Gaules, VI, 18, Jules César relate que les Celtes « placent les anniversaires, les commencements des mois et des années de telle façon que le jour fait suite à la nuit ».

Quand les Celtes s'implantèrent sur les territoires de l'Europe Centrale, ils associèrent aux croyances locales leurs conceptions religieuses. Ils divisèrent l'année en deux grandes périodes et en 12 mois lunaires de 28 jours. Un treizième mois intercalaire permettait la coïncidence des cycles lunaire et solaire et chaque mois « sélène » portait un nom particulier, réceptacle de magie et de mystère.

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Le Calendrier de Coligny, grande table de bronze de la fin du IIe siècle après J.-C, fut retrouvé dans l'Ain, en novembre 1897.

Ce calendrier luni-solaire couvre une période de cinq années et nous éclaire au sujet des connaissances astronomiques des Celtes et de leur conception si particulière du temps.

 

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D'après les anciennes croyances, à l'orée de Samain, le voile entre le monde humain et le monde des esprits s'amoindrissait. Trois jours avant la nuit fatidique et trois jours après, les populations festoyaient autour de grands feux afin de bannir les créatures dangereuses qui hantaient l'obscurité mais certaines célébrations pouvaient s'étendre sur une durée de 31 jours.

 

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Always, 2004, par Nene Tina Thomas.

A la période de Samain, la communication avec le Sidh, l'Autre Monde de la tradition celtique, était favorisée. Intimement lié à la féerie, aux dieux et aux esprits, cet Autre Monde était accessible à des êtres qui portaient d'étranges marques de naissance, détenaient certains dons ou souffraient d'épilepsie. Les héros et les êtres au sang vif étaient aussi happés sur ces mystérieux chemins.

Inversement, des êtres surnaturels et des créatures inquiétantes, venus du Sidh, pouvaient pénétrer dans le monde humain.

 

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Sleepy Hollow, la Légende du Cavalier sans tête. Ce film fantastique de Tim Burton, avec Johnny Depp et Christopher Walken, date de 1999. Il s'inspire de la nouvelle de Washington Irving (1783-1859) intitulée La Légende de Sleepy Hollow.

 

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L'excellente série Sleepy Hollow, actuellement en cours de diffusion aux États-Unis, décrit les aventures d'Ichabod Crane, historien et espion au service de Georges Washington, revenu à la vie au XXIe siècle afin de combattre le démon Moloch et les cavaliers de l'Apocalypse. Un programme fort réjouissant! Ichabod est assisté de la pétillante Abbie Mills, enquêtrice au service du shérif. Je regrette qu'il n'y ait pas davantage d'épisodes diffusés chaque semaine car je les dévore à la vitesse d'un carré de chocolat!

 

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Après cette légère digression qui n'en est pas une (je souris), revenons à Samain. La première nuit de l'année celtique était accueillie avec la volonté de repousser les entités néfastes et d'attirer les faveurs des esprits en revêtant leur apparence par le biais de déguisements et de masques.

 

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Mais la nuit n'abritait pas que des forces maléfiques. Des êtres bienveillants et protecteurs, d'une sagesse intemporelle, y cheminaient aussi.

 

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Une Initiation Royale

Dans la « Nuit-Jour » du 31 octobre, on investissait autrefois le Nouveau Roi de l'Année Hivernale. Celui-ci devait accomplir certaines épreuves dans un lieu sombre (réseau de galeries souterraines, caverne préhistorique, dolmen à couloir...) avant d'émerger dans la lumière purificatrice des flambeaux. Une fois « régénéré », il balayait un espace sacré avec un balai de bouleau (instrument magique consacré à la Déesse Blanche, maîtresse de la Lune, des esprits bienveillants, des sorcières et des chamanes.)

Devenu maître des rituels et des festivités de Samain, il arborait une armure en écorce de bouleau et célébrait l'année nouvelle en compagnie des Ancêtres.

A cet égard, il sacrifiait un porc, animal psychopompe, consacré à la Déesse Mère et au dieu Mercurius Moccus. Rôtie et arrosée d'hydromel, la chair de l'animal lui permettait d'entrer en communication avec les esprits protecteurs et tutélaires de son clan.

 

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Les hostilités guerrières cessaient pendant cette période sacrée.

Des incantations de protection étaient prononcées au-dessus des armes afin d'éloigner « la rouille de Samain », une substance qui corrodait les métaux et que l'on croyait née de la sorcellerie.

Les prouesses viriles étaient récompensées. Les guerriers affrontaient les esprits du froid personnifiés par des mannequins d'écorce, couverts de terre et de cailloux, sous l'obédience d'une déesse protectrice, gardienne des forces calendaires.

 

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Illustration d'Arthur Rackham (1867-1939).

Les anciens peuples Germains et Scandinaves célébraient la Troisième Moisson, sous l'égide de Hel, la souveraine d'Helheim, royaume accueillant les défunts qui n'avaient pas trouvé la mort au combat.

 

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Hel et ses frères, le loup Fenrir et le serpent de mer Jörmungand, 1905, par Émil Doepler (1855-1922).

Fille de Loki, le dieu trickster de la mythologie nordique, et de la géante Angrboda, Hel ou Hela est l'une des hypostases de la déesse mère Freyja. L'image de cette déesse des profondeurs fut dévoyée par les clercs du Moyen âge qui la transformèrent en une harpie ivre de sang, au visage à demi décharné.

 

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Naglfar, le navire de Hel, est construit avec les ongles des défunts. Dans les civilisations anciennes, l'utilisation des ongles et des dents évoquait le passage vers d'autres mondes. Dans plusieurs régions de France, (Berry, Yonne, Morvan, etc...) on enterrait des rognures d'ongles sous certains arbres pour obtenir la guérison d'une maladie, apaiser la fièvre ou rendre hommage aux défunts.

Les Vikings érigèrent des tombes naviformes et donnèrent à certaines pierres levées une apparence de navire, en l'honneur de Hel.

 

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Mégalithe d'Ale, en Suède (Photo Wikistrike.com)

 

Coutumes populaires et magie de Samain

Bien que considérées, par certains auteurs, comme des scories de l'Antiquité, les coutumes de Samain se sont perpétuées avec force dans l'Europe du Moyen-âge, de la Renaissance et bien au-delà.

 

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Les femmes préparaient des soul cakes, « gâteaux d'âmes » ou « gâteaux pour les âmes ». Elles y dissimulaient une bague pour déterminer qui se marierait en premier; une figurine en terre cuite pour connaître l'identité de celle qui deviendrait mère dans l'année; une pièce de monnaie pour attirer les richesses; un petit morceau de bois destiné à honorer un proche défunt. Autrefois, les soulers, principalement des enfants et de pauvres hères, recevaient ces gâteaux et allaient chanter, de maison en maison, des prières pour les disparus.

 

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La tradition des soul cakes est toujours vivace dans plusieurs régions d'Écosse, d'Irlande, de France, dans les comtés d'Angleterre et dans certains pays d'Europe de l'Est et d'Europe du Nord mais ces biscuits, qui célèbrent le All Souls'Day, « le jour de toutes les âmes », ressemblent davantage à des cookies.

 

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Les âmes des personnes aimées viennent, pendant la nuit de Samain, se réchauffer au feu de l'âtre familier ou près des bougies allumées sur le rebord des fenêtres. Mais les spectres de personnes décédées de mort violente cherchent aussi à exercer leur vengeance...

 

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La tradition préconise d'allumer la « chandelle des âmes » pour montrer aux défunts « débonnaires » la voie souhaitée et de placer autour des lits des fèves, des graines de fenouil et des brins de lavande pour éloigner les présences non désirées.

On laisse également de la nourriture sur la table familiale, sur le seuil de la porte ou devant la cheminée, pour les esprits du lieu qui dansent à travers les flammes ou jaillissent de la terre glacée.

 

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Il est fortement déconseillé de balayer après le coucher du soleil pendant les trois jours qui suivent le 31 octobre car, à cette période, le balai domestique détient le pouvoir d'absorber les esprits familiers, protecteurs du foyer. Seul le balai de sorcière, rituellement consacré à Aradia, dame lunaire des croisées de chemins et avatar de la sombre Hécate, pouvait être utilisé.

On ne doit ni coudre, ni filer, ni laver le linge, de crainte que les couturières, les fileuses ou les lavandières de nuit (âmes errantes, damnées et carnassières) jettent des sorts aux vivants et sucent leur sang pendant le sommeil.

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De nos jours, les anciens rituels se lovent dans les coutumes populaires. Les citrouilles ciselées, décorées avec de petites bougies et promenées dans les rues sont autant de visages protecteurs destinés à faire fuir les êtres maléfiques.

 

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De Samain à Halloween

Samain survécut, malgré l'évangélisation croissante, dans les rituels et les croyances des « gens de la terre ». Elle vogua sur des eaux tumultueuses, rejoignit les côtes américaines et se répandit dans les villes où elle s'affirma comme un carnaval des âmes, à la croisée de l'automne et de l'hiver.

 

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Halloween et la Toussaint

(Les photos qui illustrent mes différents chapitres ont été prises au cimetière du Père-Lachaise.)

 

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L'église Catholique institua la fête de la Toussaint pour lutter contre les célébrations païennes d'Halloween mais elle échoua dans sa tentative d'annihilation des anciennes croyances.

 

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La Toussaint, par le peintre naturaliste Jules Bastien-Lepage (1848-1884), tableau conservé au musée des Beaux-Arts de Budapest.

Originaire d'Orient, la Toussaint signifiait la commémoration de tous les martyrs et fut initialement célébrée le premier dimanche après la Pentecôte.

En 608, l'empereur byzantin Phocas céda au pape Boniface IV le Panthéon de Rome, temple païen dédié à tous les dieux, qui avait été saccagé par les barbares en 410. Le pape transforma les lieux en une église dédiée à la Vierge et aux saints martyrs et la tradition rapporte qu’il y fit transporter vingt huit chariots d’ossements saints collectés dans les cimetières et les catacombes de Rome. Le 13 Mai 609, jour de la dédicace de la nouvelle église, il institua la fête de la Toussaint, en l’honneur des saints martyrs, pour supplanter les Lemuria, fête romaine au cours de laquelle on honorait les Ancêtres.

 

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En 835, Grégoire IV introduisit la Toussaint dans le calendrier liturgique à la date du premier novembre et l'empereur Louis le Pieux, fils de Charlemagne, instaura la fête dans tout l'empire carolingien, sur la requête du pape.

 

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La Toussaint, 1886, par Émile Friant (1863-1932), tableau conservé au musée des Beaux-Arts de Nancy.

 

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Fête de tous les saints, connus ou inconnus, la Toussaint précède la Fête des Morts, initiée le 2 novembre 998, par l'abbé Odilon de Cluny. Héritière des festivités de Samain et du culte romain des défunts et des dieux familiers, la Fête des Morts est souvent confondue avec la Toussaint.

 

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Noms et Etymologie d'Halloween

« Hall » est lié à la racine germanique « hel », qui a donné le mot anglais « hell » signifiant « enfer », mais ces termes ne doivent pas être interprétés dans un sens chrétien.

Halloween, que l'on appelle aussi Hallowmas, est la contraction des termes suivants:

« Hallowed Even » signifiant « Nuit Sacrée ».

« Alls-Souls-Eve » signifiant « Veille de toutes les âmes ».

« All Hallow's Eve ou Evening » signifiant « Veille de la Toussaint ».

 

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Dans la nuit d'Halloween, la gourmandise, la joie et le partage s'entrelacent au coeur d'un étrange univers, celui des cauchemars nourris des peurs de l'enfance, cataclysmes émotionnels qui nous aident à grandir. Les peurs rôdent, personnifiées dans les ombres étranges, les bruits qui caracolent et les accessoires qui composent un autre nous-même, à la fois rebelle et monstrueux.

 

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A l'instar des récits de veillée, elles favorisent la transmission des secrets et perpétuent une forme de connaissance orale traditionnelle qui nous prépare à affronter le monde de l'hiver.

 

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Les peurs jaillissent mais dans la nuit « hantée » les flammes des bougies repoussent les créatures de l'obscurité. Crinières dansantes dont la chaleur ranime les feux d'antan, allumés à la limite des villages et des villes pour repousser ce qui venait des lieux sauvages, des terres inexplorées, peuplées de bêtes voraces et d'esprits tourmenteurs.

 

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Dans les pays anglo-saxons, les enfants et les adultes, costumés et masqués, défilent dans les rues en brandissant des lanternes, des balais de sorcière et différents objets magiques. Les enfants frappent aux portes des maisons et prononcent la phrase consacrée « Trick or Treat » qui signifie « un bonbon ou un sort » ou « tu payes ou tu as un sort! » Messagers ludiques du monde des esprits, ils reçoivent des sucreries et de l'argent dans un sac ou un petit chaudron.

 

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Des citrouilles évidées et sculptées, garnies de bougies, défient l'obscurité de la nuit.

 

Fruits-visages et lampes d'Halloween

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Traditionnellement, les lampes d'Halloween étaient creusées dans de gros légumes que l'on ramassait vers l'équinoxe d'automne, aux alentours du 21 septembre. Racines, rhizomes et tubercules étaient transformés en lanternes flamboyantes pour repousser les démons tapis dans le noir.

 

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Pour conjurer le mauvais sort, les têtes lumineuses étaient placées à la croisée de plusieurs chemins (lieux associés aux apparitions du Diable et aux rituels des sorcières), à l'entrée des cimetières ou devant les bâtiments en ruines, repaires de rôdeurs maléfiques...

 

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La tradition des Rommelbootzen ou « têtes de mort de la Toussaint » existe toujours en Lorraine et en Moselle. De grosses betteraves creusées, ciselées en forme de visages grotesques sont illuminées par de petites bougies. Elles sont ensuite placées aux croisées de chemins, au pied des calvaires et sur le rebord des fenêtres. La coutume veut que les sculpteurs de betteraves y « transfèrent » un peu de leur âme.

 

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(Affiche du festival des « Betteraves Grimaçantes » qui se déroule au château Saint Sixte de Freistroff, près de Bouzonville en Moselle, du 27 au 31 octobre 2013.)

Les racines relient le monde des profondeurs, celui de la mort nourricière et des esprits chthoniens, au monde de la surface où évoluent les vivants. Dans le folklore du nord de l'Europe, certaines racines sont « habitées » par de mystérieux esprits dont il faut se concilier les faveurs. Les légendes allemandes font référence à Rübezahl, le « compteur de navets » que l'on appelle aussi « Maître Jean », « Seigneur Jean » ou « Sire Jean ».

En Wallonie, ce sont les Lumerottes ou Grinche-Dents qui ont la cote auprès du public et surtout des enfants. Ils creusent des betteraves fourragères, appelées « racines d'abondance », et placent à l'intérieur de petites bougies. Ils accrochent chaque betterave à un fil et suspendent le fil à un bâton. Ils vont collecter des bonbons en faisant danser ces lumières étincelantes.

 

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Le 11 Novembre, dans le Pas-de-Calais, pour célébrer la Saint-Martin, des adultes et des enfants, réunis en joyeuses processions, tiennent des lanternes fantastiques constituées de courges, de betteraves, de potirons ou de pommes de terre. Ces masques végétaux, éclairés par des bougies, ravivent la tradition des Têtes flamboyantes qui marquaient la fin des travaux agricoles (fête des guénels).

En Écosse, les enfants promènent une neepy candle, visage brasillant creusé dans un gros rutabaga (neep), destiné à chasser les êtres malveillants et à stimuler la venue des fées protectrices.

 

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Qui peut dire qu'Halloween est purement américaine et n'a aucun lien avec « nous » alors que nous sommes en présence d'un fonds culturel commun qui a traversé les âges et s'est profondément enraciné dans l'inconscient collectif?

 

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Les Citrouilles Indiennes: Quand les Irlandais, victimes de la famine, s'expatrièrent en masse vers les États-Unis, leurs croyances trouvèrent un écho dans celles des Amérindiens. Ces derniers célébraient l'arrivée des jours sombres et le retour sur la terre des âmes des défunts, venues donner du courage et de la force aux vivants.

 

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(Photographie trouvée sur le net)

Originaires d'Amérique, les grosses citrouilles oranges (pumpkin), se développent sur des lianes luxuriantes. Leur peau épaisse se partage en quartiers. Leurs grandes feuilles vert vif forment des vrilles décoratives. Leurs fleurs jaune d'or en forme d'entonnoir se forment à la fin du printemps. Gorgées de graines au moment d'Halloween, elles évoquent la mort et la fécondité, la connaissance et les liens subtils entre les mondes. Leurs graines rissolées sont des trésors de vitamines et d'énergie.

Dans certaines tombes mayas, on a retrouvé des citrouilles fossilisées, âgées de plus de 6500 ans.

 

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Le potiron vient aussi des Amériques. Ce beau fruit se distingue par ses couleurs variées, du rouge vif au vert foncé en passant par l'orange lumineux. Sa chair appétissante excite les papilles et stimule l'imagination des gourmands. Sa chair est moins filandreuse et plus sucrée que celle de la citrouille.

 

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Courges musquées, butternut ou spaghetti, giraumons, potimarrons, pâtissons... le monde des cucurbitacées nous régale de ses saveurs. Avec leurs couleurs solaires et leurs étranges silhouettes, ces « merveilles végétales » sont les emblèmes d'Halloween.

 

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La légende de Jack O'Lantern

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Jack était un fermier irlandais, buveur impénitent qui écumait les pubs et les auberges de son petit village. Une nuit d'Halloween, il déambulait dans les rues en quête d'une âme désireuse de lui offrir à boire quand il aperçut un jeune homme élégant, dressé à la croisée de plusieurs chemins. Il l'interpella et l'inconnu se transforma en pièce luisante qui roula sur le sol. Jack ramassa la pièce et se précipita vers la première taverne venue. Il avait conclu sans le savoir un pacte avec le Diable mais comme sa bourse était protégée par une serrure en forme de croix, Satan dut lui accorder une année supplémentaire de vie, en toute tranquillité.

Ce délai écoulé, le Diable vint chercher Jack mais ce dernier parvint à le berner en le faisant grimper dans un arbre. Incapable d'en redescendre, Satan dut accepter que Jack ne soit jamais emporté en Enfer.

Quand Jack mourut, les portes du Paradis se refermèrent devant lui en raison de ses nombreux pêchés. Il devint une âme errante, s'éclairant dans l'obscurité avec un gros navet qu'il avait rempli d'un peu de braise, subtilisée aux abords de l'Enfer.

A chaque nuit d'Halloween, on peut le rencontrer, solitaire sur les vieilles voies ténébreuses, une énorme citrouille sur le dos...

 

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Dans la nuit « entre les temps » vont les moissonneurs d'âmes, les charrettes, les carrosses et les barques de mort. Présente sous une multitude de formes, dans les légendes celtiques, la mort est initiatique et nourricière. Elle attend le roi et ses guerriers au creux d'un chaudron magique, puits ouvert sur le monde d'en bas, espace temps d'épreuves et de dangers qui régénèrent l'impétrant et renouvèlent les forces de la communauté. Entre Halloween et la Toussaint, la mort creuse ses inéluctables sillons.

 

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La Faucheuse traversant les voiles de la nuit. (Carte de la Mort extraite du Tarot d'Aleister Crowley (1875-1947) ou Livre de Thot. Les illustrations ont été réalisées, dans un style surréaliste, par Lady Frieda Harris (1877-1962), adepte de la Confrérie de l'Astre d'Argent.)

 

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(La Déesse à la Pomme, image issue du Tarot de Merlin, créé par R.J. Stewart et illustré par Miranda Gray).

Tantôt féminine, tantôt masculine, la mort étend son ombre sur le paysage, telle un manteau glacé. Les devises qui l'accompagnent nous enseignent que nul ne peut se soustraire à sa loi.

 

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Contrairement aux apparences, la Mort du Tarot n'est pas une lame funeste. Elle est associée au changement, à la transformation positive, au renouveau de l'existence après une difficile période.

 

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La Mort à la faux, gravure de Michelet, début du XXe siècle.

En Bretagne, le maître de la mort est l'Ankou, dont le nom signifie « trépas ». Dans chaque paroisse, le rôle de collecteur d'âmes échoit au dernier défunt de l'année. Il revêt plusieurs apparences: squelette drapé dans un linceul ou une cape noire, grand homme émacié, aux longs cheveux blancs, coiffé d'un imposant chapeau de feutre. Le tranchant de sa lame est tourné vers l'extérieur, dans le sens contraire à celui de la faux des moissonneurs. Il aiguise ce redoutable instrument en le frottant sur un os humain. Il tient parfois une lance ou une flèche et se déplace, de nuit, dans une charrette invisible aux roues de fer, le Karrik an Ankou, qui grince horriblement. En fonction des paroisses, la description de son équipage subit certaines variantes.

Deux chevaux blancs, l'un vigoureux, l'autre squelettique, tirent la charrette funeste. Deux valets mystérieux assistent l'Ankou. Le premier tient la bride du cheval de tête. Le second ouvre portes et barrières et place dans la charrette les morts fauchés par son maître.

 

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Il emporte aussi les morts dans sa Barque ou son Bateau de Nuit, (Bag Noz), à l'instar du nocher Charon qui faisait « passer » les âmes, sur le sombre Styx antique.

 

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La nuit de la Toussaint, dans certaines clairières, l'Ankou et les défunts de l'année viennent festoyer sous le ciel ténébreux. Les vivants dressent de grandes tables, tendues de noir, et garnies de bougies. Ils déposent des crêpes, des pommes, des châtaignes bouillies, du lait caillé et du cidre. Après le festin de l'Ankou, les âmes s'évanouissent dans les airs au premier chant du coq.

 

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Dans la forêt de Huelgoat, au coeur des monts d'Arrée, l'Ankou tient sa cour, dans un château fantastique, éclairé par des milliers de chandelles. Chacune d'elles représente une vie humaine. Quand l'Ankou éteint d'un souffle une de ces chandelles, la personne expire.

Anken, le chagrin et Ankoun, l'oubli sont des avatars de l'Ankou. Ils battent la campagne, la nuit de la Toussaint, une lanterne spectrale à la main.

 

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Le Bateau de l'Ankou est accompagné d'une flottille de barques, chargées des âmes collectées dans l'année. Pendant la nuit de la Toussaint, les pêcheurs peuvent être réveillés par trois coups sourds frappés à leur porte. Ils ne sauraient opposer un refus à la main invisible venue les extirper du sommeil et se rendent sur le rivage pour guider, dans la brume, ces barques psychopompes.

 

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En Corse, le Cortège des Ombres suit les vieilles voies, les chemins qui traversent l'île, rythmés par les statues-menhirs et le chant âpre des légendes. De même que l'on cache avec un drap les miroirs à chaque décès pour éviter que l'esprit du défunt reste prisonnier de son reflet, on couvre les miroirs pendant la nuit de la Toussaint. Gare aux fantômes blancs qui hantent les routes! S'ils glissent un cierge dans votre main ou dans votre poche, vous risquez de vous transformer en sorcier (mazzeru, stregu...).

Le Mazzerisme, passionnant ensemble de rituels et de croyances, s'étudie pendant de longues années et ne se résume pas en quelques lignes mais celles qui suivent sont remarquables...

« Un mazzeru, sorte de devin, c'est celui qui pressent, qui devine, qui voit, qui dit et dont les rêves se réalisent. Cet homme, c'est le rêve pétri dans la chair et le sang, c'est en quelque sorte l'incarnation de l'inconscient collectif. Son corps, c'est la terre où dorment les ancêtres. Son sang, c'est l'eau des sources d'où jaillit la vie avec la mort. En lui se confondent dans l'infini intérieur: U Locu (la terre, le lieu) et U Populu (Le Peuple). Car le rapport qui existe entre le peuple corse et le territoire de l'île de Corse, c'est une chose très simple: l'humain. » Roccu Multedo: Le Mazzerisme: un Chamanisme corse.

 

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Le mazzeru revêt les pouvoirs de l'Ankou. Il peut nommer la mort...

Mascarella: la petite sorcière; Falcina ou Falciola: la petite porteuse de faux; Pediniella: la Pieds Noirs; Pedanella: la Pieds Légers; Morte Niella: la mort noire; Bianchinetta: Blanchette... La mort revêt bien d'autres noms dans les prières magiques mais ils ne peuvent être dévoilés, ils sont transmis.

 

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En Normandie, la Charrette des Morts était particulièrement redoutée à la Toussaint. Tirée par des boeufs noirs ou des chevaux blancs, elle promenait un cercueil enveloppé d'un linceul et entouré de cierges à la clarté frémissante. Elle sillonnait les vieux chemins, fauchant  les voyageurs égarés mais elle ne pouvait franchir les champs qui avaient été bénis. Les voix des morts de l'année résonnaient à travers le grincement de ses roues.

 

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En Provence, on craignait le Carrosse de la Mort, ténébreux équipage guidé par quatre chevaux noirs ou par des chevaux invisibles. Si on regardait à l'intérieur, on apercevait des silhouettes spectrales, vêtues de noir.

 

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Dans les Côtes-du-Nord, le Diable conduisait la Charrette des Ombres. L'attelage était constitué de douze cochons et d'oiseaux de nuit.

Dans le Marais Poitevin, la Barque des Défunts, couverte d'un drap mortuaire, sillonnait les canaux silencieux, guidée par un mystérieux fantôme appelé le Tousseu.

 

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Chaque région de France possède ses funèbres équipages...

 

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Sorcières et Petit Peuple d'Halloween

Aux antipodes de ces sombres manifestations, les sorcières d'Halloween n'apportent pas la mort mais la protection aux enfants auprès desquels elles jouent le rôle d'initiatrices. Dans l'imagerie populaire d'Halloween, elles transmettent leurs secrets avec bienveillance.

 

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La silhouette de la sorcière se découpe sur le disque lunaire. Elle chevauche son balai, véhicule entre les mondes, emblème de protection et de purification du foyer. Son chat noir l'accompagne. Offrandes à la nuit et symboles de connaissance, deux pommes rouges, posées sur le rebord de la fenêtre, établissent un lien entre la chambre des fillettes et le ciel enchanté, voie des mystères et des sortilèges.

 

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La sorcière, maîtresse des animaux ténébreux, survole la campagne. Ses familiers (chat noir, chauve-souris, chouette) l'assistent dans ses déplacements. On aperçoit sur l'image la dernière gerbe de la moisson appelée « Part des Esprits ». Considérée comme tabou, elle ne doit pas être touchée.

 

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Le Petit Peuple jaillit du Sidh et s'élance sur des montures inspirées de l'imagerie victorienne: la chouette et la chauve-souris.

 

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Les fées soufflent des pétales de rêve...

 

Voeux et pratiques divinatoires d'Halloween

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A Halloween, les bougies sont investies de grands pouvoirs. Leurs clartés mouvantes sont associées à des rituels de magie amoureuse. Il est ainsi recommandé de se placer devant un miroir, ovale de préférence, et de brandir une chandelle en s'adressant aux esprits de la nuit.

 

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Intermédiaire entre le monde humain et celui des esprits, le miroir dévoile, dans la trame de son oeil magique, le visage d'un futur époux.

 

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Les voeux d'amour et de chance fleurissent à la période d'Halloween. Ils sont associés à certains végétaux, comme la citrouille, gorgée de graines généreuses, et se lovent dans les pommes rouges, fruits fétiches des sorcières.

 

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« Bobbing the apple » consiste à saisir avec les dents une pomme suspendue à un fil ou plongée au fond d'un baquet d'eau.

Une variante, le snapdragon est un jeu permettant d'attraper des raisins ou des petits fruits dans du cognac flambé, jeu qui s'adresse, bien évidemment, aux adultes.

 

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Doux apartés pour les petits et les grands...

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La nuit d'Halloween est propice à l'amour. On l'appelle Nutcrack Night, nuit du casse-noisettes ou de la pomme croquante.

 

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Après avoir attrapé une pomme rouge en faisant un voeu, les jeunes filles posaient deux noix sur le bord de l'âtre. Une noix portait le nom de l'être aimé; sur l'autre était gravé le nom de la jeune fille. Si les noix émettaient une clarté brillante en se consumant doucement, cela signifiait la sincérité de l'amour. Si les noix crépitaient violemment, l'infidélité menaçait le couple. Si les noix s'enflammaient en même temps, les amants seraient unis pour la vie.

 

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En cette nuit particulière, on cherche aussi à se concilier la Fortune. A cet égard, on consomme certains plats traditionnels comme le Barmbrack (báirín breac) en Irlande. Dans ce gâteau aux fruits, on place, avant la cuisson, des petits objets investis d'une valeur oraculaire. Un petit pois signifie l'infortune amoureuse; un minuscule bâton, un mariage malheureux; un bout de tissu, la malchance; une pièce, la bonne fortune; un anneau, la rencontre du véritable amour et peut-être un mariage dans l'année...

Le Colcannon est un plat à base de pommes de terre et de chou dans lequel on cache également certains objets. Une pièce de monnaie pour la richesse, une bague pour l'annonce d'un mariage en vue, une poupée de porcelaine pour la venue d'un enfant.

 

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La Candy ou Toffee Apple, pomme bonbon inventée au début du XXe siècle, dans le New Jersey, par le confiseur William W. Kells est la gourmandise d'Halloween par excellence. Son rouge écarlate flamboyant attise l'amour et la chance.

 

A nos chers disparus!

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Cimetière du Père-Lachaise, été 2012.

Autrefois, pour célébrer la Toussaint, les parents offraient aux enfants des colliers gourmands, constitués de pommes rouges et de châtaignes bouillies. Les enfants en profitaient pour se régaler sur la route du cimetière. La pomme rouge a décidément la cote!

Les jeunes gens accomplissaient, comme à Noël et à Pâques, des tournées de quête. Ils chantaient devant les maisons et collectaient de la nourriture, du vin et des friandises. Les plus intrépides grimpaient au sommet des clochers et sonnaient les cloches à toute volée.

Les vivants et les morts entretenaient des liens étroits, au-delà de tout dogme religieux.

 

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D'après la croyance populaire, les défunts défilaient sur les chemins, à la lisière des bois et des champs. Ils se réunissaient dans les cimetières et dans certaines églises, près des tombes moussues, pour écouter le sermon d'un prêtre fantôme.

 

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Ils regagnaient ensuite leur foyer, l'espace d'une nuit. Ils trouvaient un feu vif dans la cheminée, la table dressée pour eux et, sur le rebord des fenêtres, des mets investis d'un caractère sacré: lait et pain nourriciers, eau purificatrice, châtaignes à la robe mordorée, pommes de mort et de fécondité.

Un des rituels domestiques les plus répandus consistait à examiner, à l'aube, les cendres du foyer et à interpréter les traces que l'on y voyait. Ces mystérieux messages révélaient des secrets divinatoires.

 

Certains gâteaux sont directement associés au folklore de la Toussaint. J'ai dû faire un choix parmi de nombreuses gourmandises...

 

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(Photo recettes-corses.fr)

En Corse, les bastelle sont des chaussons circulaires fourrés avec des blettes, des oignons, de la courge, (parfois des pommes de terre) et du brocciu, le fameux fromage de brebis, dont la recette aurait été transmise aux Hommes par l'Ogre, Orcus, avatar de l'Orgos celte auquel je faisais allusion au début de mon article. Les sciacce (fougasse) leur ressemblent mais ils sont parsemés de raisins secs.

D'après la légende, quand un cavalier passa près de l'arca, la sépulture commune du village, il perçut les voix de ses ancêtres qui se plaignaient de la frugalité de leur repas. Il promit alors que chaque année les pauvres et les familles du village recevraient une fougasse bien garnie.

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La Salviata est un gâteau en forme de S, traditionnellement parfumé à la sauge et à la liqueur d'anis. On le trouve, de nos jours, aromatisé au citron et couvert d'une pellicule de sucre.

 

La niflette de Provins, en Seine et Marne, est à l'honneur au moment de la Toussaint.

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L'origine de ces gâteaux feuilletés, garnis de crème pâtissière et désormais agrémentés de fleur d'oranger, remonte au Moyen âge. D'après la légende, un boulanger s'émut de trouver une fillette en sanglots sur la tombe de sa grand-mère. Il lui prépara un petit gâteau rond et le lui offrit en disant « ne flete », « ne pleure pas ».

Le premier novembre, on apportait des niflettes à « ceux qui reniflent », l'autre nom des orphelins.

Les habitants de la cité des Comtes de Champagne peuvent déguster des niflettes une quinzaine de jours avant la Toussaint et jusqu'au dimanche suivant le 11 novembre. Elles se vendent, pour le plus grand plaisir des gourmands, « treize à la douzaine »!

 

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(Visage anonyme rencontré à travers les méandres du Père Lachaise.)

 

Une autre version de la Toussaint: le Jour des Morts dans le monde amérindien.

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(Image Wikimedia Commons)

Au Mexique, le Jour des Morts (Dia de los Muertos) est une résurgence, haute en couleurs, d'une fête précolombienne inscrite, depuis 2003, au Patrimoine Culturel Immatériel de l'Humanité.

S'inspirant d'une très ancienne célébration aztèque, pendant laquelle les familles festoyaient en l'honneur des défunts, les Espagnols ont institué le Jour des Morts à la date de la Toussaint. A l'origine, les morts étaient honorés entre juillet et août, sous l'égide de Mictecacihuatl, la Dame de la Mort, épouse de Mictlantecuhtli, Seigneur du Mictlan, le lieu le plus profond de l'Inframonde. Deux fêtes, séparées d'une vingtaine de jours, avaient lieu. La première, Miccaihuitontli, était consacrée aux enfants; la seconde, Hueymiccalhuitl, concernait les adultes.

Les festivités du Jour des Morts se déroulent sur plusieurs jours. Le 31 octobre, chacun attend les Angelitos, les âmes des enfants, aimantés par les lanternes accrochées aux portes des maisons. Entre la porte et l'autel domestique, des chemins magiques sont dessinés avec des pétales de fleurs blanches.

 

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                                                           (Photo sites.psu.edu. Spanish culture.)

Dans la nuit du 1er au 2 novembre, les fleurs blanches sont remplacées par des fleurs jaune vif provenant d'une fleur sacrée, la rose d'Inde (Tagetes erecta).

 

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Dotée d'une belle couleur solaire, la calendura ou zempaxuchilt est utilisée depuis l'époque précolombienne pour honorer les défunts. On extrait de ses pétales un pigment intense qui colore les aliments et possède des vertus médicinales.

Après avoir nettoyé les tombes, les habitants des villes et des villages offrent aux défunts de la nourriture, de la tequila, des roses d'Inde et des crânes en sucre.

 

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Ces petits crânes gourmands ou calaveras sont considérés comme des amulettes de chance et de bonne fortune. On partage des sucreries colorées vives et le pain des morts (pan de muertos), sorte de brioche fourrée aux fruits confits et saupoudrée de sucre, ornée de dessins d'os.

 

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Les chemins qui mènent aux cimetières sont décorés de bougies et de fleurs, afin de guider les défunts vers les tombes où les attendent leurs plats préférés, des poupées végétales et de la résine de copal en train de brûler.

Le 3 novembre, les familles partagent le festin des morts. La communion avec les défunts s'effectue par le biais de la nourriture.

Ce fonds magique et folklorique se retrouve au Japon et en Chine avec O-Bon et la Fête des Fantômes.

 

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En Europe, les tombes se parent, grâce aux chrysanthèmes, de couleurs chatoyantes. La « fleur d'or » a remplacé les bougies que l'on allumait autrefois sur les tombes.

 

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A l'instar de la marguerite, le chrysanthème appartient à la famille des Astéracées (Composées). D'origine asiatique, il fut introduit en Europe, vers 1753, par le naturaliste suédois Carl Von Linné. Petits soleils moutonnants, réputés résister au gel, les fleurs de chrysanthème ont investi les tombes des soldats, après l'Armistice de 1918.

 

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Vénéré en Extrême-Orient, le chrysanthème est le symbole de l'automne. Il inspire le bonheur et la paix, il attire la bienveillance. Il était arboré par les guerriers au coeur noble. Cultivé dans la Chine ancienne depuis le XVe siècle avant J.-C, il était considéré comme un réceptacle d'énergie vitale. Apparu au Japon au VIIIe siècle après J-C, il devint un emblème impérial au XIIIe siècle.

 

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Le chrysanthème de l'empereur, fleur de vie à 16 pétales doubles, décorant les portes du sanctuaire Shintô Yasukuni de Tokyo. L'Ordre du Chrysanthème fut fondé en 1876.

 

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Le neuvième jour du neuvième mois de l'année est consacré aux poupées de chrysanthème.

(Photo maisonarts.forumgratuit.org)

 

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Le chrysanthème fleurit sur de nombreux bâtiments, sur les vêtements d'apparat, les bols à thé, les éléments de parure...

 

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Symbole de vie, de renouveau, de changement de saison, offert à l'occasion de la fête des mères, il est très apprécié, non seulement au Japon mais aussi en Australie et aux États-Unis alors qu'en Europe, c'est à la mort qu'on l'associe.

 

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L'humain a toujours éprouvé le besoin de célébrer les défunts. A Halloween, dans « le temps entre les temps », nous établissons un lien privilégié avec « ceux qui ne sont plus » en les honorant de manière joyeuse. Nous nous confrontons à l'idée de notre mort en acceptant le fait qu'elle est inéluctable. Nous formulons des voeux d'amour et de bonne fortune car les esprits bienveillants évoluent autour de nous. Nous effrayons nos peurs en revêtant leurs attributs et nous communiquons avec l'invisible.

 

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Avant de refermer les pages de mon grimoire, je lève mon verre de cidre, boisson fétiche de Samain, à nos chers disparus, aux forces de la nuit, aux « amis invisibles » qui voyagent si près de nous... Mon esprit s'envole où dansent les vieilles âmes, où chuchotent les arbres gardiens des sylves légendaires, vers les anciennes sépultures et les mégalithes aux noms évocateurs « Maison de l'Ogre », « Quenouille de la Sorcière », « Pierre à Marotte des Lutins », « Table du Festin des Fées »...

Je vous souhaite un très Joyeux Halloween!

 

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Bibliographie

Actes du colloque sur La Mort en Corse et dans les Sociétés Méditerranéennes, Bonifacio, mars 1976.

DE BECQUE, Maurice: Ankou, Légendes Bretonnes. 1921.

LE BRAZ, Anatole: La Légende de la mort chez les Bretons amoricains. Paris, 1922-1923.

MARKALE, Jean: Halloween: histoire et traditions. Imago Editions, 2000.

PREAUD, Maxime: Les Sorcières Catalogue d'exposition. Paris, 16 Janvier-20 Avril 1973, B.N. Paris: Bibliothèque Nationale, 1973.

RONECKER, Jean-Paul: Halloween. Puiseaux: Pardès, 2000.

VALENCE, Marie de: S comme sorcière. Vallon-en-Sully: Cercle Beltane, 2000.

WARGNY, Guy de: La France des sorciers. Saint-Pierre-lès-Nemours: EUREDIF, 1980.

 

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Publié le par maplumefee

 

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Amies lectrices, lecteurs,

 Pour répondre à l'invitation d'une de mes plus jeunes lectrices qui a souhaité voir les couleurs de « mon » ciel, voici un florilège de ce que j'aperçois, au fil des saisons, en rêvant à la fenêtre...

 

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Parce que les rêves permettent et permettront toujours de mieux supporter le chaos de la maladie et le venin de la douleur. Pour chacun de mes combats, les yeux dans le ciel, gardant l'espoir à portée de souffle.... Pour la petite Luna qui contemple chaque jour les caprices du soleil, de la brume et des nuages en s'efforçant de vaincre les cellules ennemies qui ont colonisé son sang. Pour mes ami(e)s qui se reconnaîtront et pour une amie très chère qui m'a écrit... « une feuille qui se détache est un bisou qui s'envole vers toi... ta plume m'apaise ma petite fée »...

 

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Et pour Clara, des photos et des créations sur le thème de Noël, comme son papa l'a demandé...

 

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Merci à vous qui m'envoyez chaque jour des pensées gorgées de tendresse.

 

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Et merci de penser à Luna, à Clara et à toutes les personnes qui affrontent la maladie au quotidien...

 

Gros bisous, prenez bien soin de vous!

Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #bercy, #espace, #jardin, #parc, #petit

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Après avoir exploré l'histoire du négoce du vin à Bercy et contemplé les délicates facettes du Jardin Romantique, nous allons découvrir une autre « atmosphère » de ce parc atypique qui réunit trois espaces subtilement contrastés.

 

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 L'eau, la lumière et la végétation composent un fascinant écrin de soie verte.

 

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Soie du paysage qui enveloppe ce petit hôtel à insectes. Ces « entomo-logis » sont de plus en plus nombreux dans les squares et les jardins de Paris.

 

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Nous quittons le Jardin Romantique pour emprunter l'une des passerelles qui chevauche la rue Joseph Kessel.

 

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Créée à l'occasion de l'aménagement de la partie est de la ZAC de Bercy, la rue fut appelée BW/12 avant de recevoir, par un arrêté municipal du 30 novembre 1992, le nom de Joseph Kessel (1898-1979), aventurier, résistant, journaliste, aviateur, écrivain et membre de l'Académie Française à partir de 1962.

 

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Joseph Kessel et son chat Mustapha, en 1974.

 

Avec son neveu Maurice Druon, (le créateur de la saga des Rois Maudits), il écrivit le sublime Chant des Partisans qui fut l'hymne de la Résistance, sur une musique d'Anna Marly L'oeuvre de cet infatigable baroudeur est impressionnante. Elle se compose d'environ quatre-vingts romans et d'une profusion d'articles et de récits de voyage inspirés par soixante années de reportages sur tous les continents. Kessel fut le témoin privilégié de procès comme ceux du Maréchal Pétain, de Nuremberg ou du criminel nazi Adolf Eichmann.

L'inoubliable auteur du Lion (1953) et de l'Armée des Ombres (1944) est enterré au cimetière du Montparnasse (28e division).

 

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La passerelle nous guide vers un labyrinthe de poésie végétale qui s'articule autour de neuf espaces ou carrés de culture appelés « Parterres de Bercy ». Bernard Huet, l'architecte paysagiste initiateur du projet, a souhaité retrouver « l'esprit du lieu », celui qui animait l'espace à l'époque dorée du négoce du vin. Il a aussi cherché à restituer le lien qui unissait autrefois l'eau et la terre et rendu hommage aux jardins à la française du château de Bercy, conçus par André Le Nôtre. (J'ai présenté ces broderies majestueuses dans un précédent article).

 

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De grands arbres veillent sur notre promenade: platanes centenaires, hêtres, marronniers... Leur puissante verticalité domine les chaussées pavées qui se déployaient autrefois jusqu'au fleuve.

 

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Plénitude estivale

 

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Prémices d'automne

 

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 Avant de poursuivre notre chemin, nous profitons de l'ombre bienfaisante que nous offre cette pergola.

 

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 Héritée de l'Antiquité, cette structure élégamment parée de verdure abrite les rêveries et les conversations des visiteurs.

 

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 En cette belle journée d'été, mon imagination s'est lovée dans une jungle de volutes verdoyantes, irriguée par un agréable microclimat.

 

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Le lieu est l'expression d'une idée maîtresse de Bernard Huet qui consistait à « produire du bien-être et à rendre l'espace, au-delà de tout intérêt spéculatif, à l'usage des promeneurs et des habitants. »

 

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Au bord du petit canal qui longe la pergola, les arbres étaient investis par une myriade de cocons scintillants. La lumière tissait un spectacle envoûtant à travers ces habitacles soyeux.

 

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Des oeuvres oniriques mais très urticantes...

 

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Le spectacle n'attirait pas les promeneurs, à l'exception d'un monsieur intrigué par ces larves de chenilles et qui se demandait tout haut s'il s'agissait bien de chenilles processionnaires. Ces dernières apprécient plutôt de s'installer dans les pins dont elles dévorent les aiguilles...

 

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Pendant que je contemplais ces trames mystérieuses, un jeune homme est passé près de moi. Une tristesse immense noyait son regard. Il est allé s'assoir sous la pergola (« assoir » est la nouvelle orthographe de « asseoir », petit clin d'oeil aux puristes qui pourraient me dire que j'ai oublié le « e » ).

 

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 Son chagrin tissait un mur invisible autour de lui. Je lui ai souhaité de « connaître soie sur soie » ou, d'après le Littré, « de vivre des choses agréables arrivant l'une sur l'autre ». J'ose espérer qu'à ce jour il va mieux.

 

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 En revoyant mes photos, j'ai songé à cette citation du peintre, écrivain et dramaturge suédois Johan August Strindberg (1849-1912): « Au fond, c'est ça la solitude: s'envelopper dans le cocon de son âme, se faire chrysalide et attendre la métamorphose, car elle arrive toujours. » Seul (1903).

 

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Au-delà de la pergola, le jardin s'offre à travers une succession d'espaces qui évoquent la luxuriance et se parent de couleurs tantôt froides tantôt chaudes. Dédiés aux éléments, les allées, les parterres et les monuments célèbrent les puissances de la terre et les « forces météoriques »: l'eau, le feu et le vent.

 

Le Printemps, l'Eau, le Vert

 

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L'esprit du printemps rayonne dans le jardin des bulbes et tout autour de « la pyramide sous le lierre », maisonnette conique ou tumulus rappelant les habitations féeriques du Petit Peuple.

 

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« Là où pousse le vert, cela signifie tout simplement la nature, la croissance positive... le sentiment du printemps. » Michel Pastoureau.

 

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Le haut de ma photo est un peu noyé dans la lumière mais nous apercevons l'entrée de cette « fabrique » qui évoque les folies végétales du XVIIIe siècle.

 

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Dans une atmosphère humide et semi-ombreuse, elle abrite une fougère arborescente, véritable « dinosaure végétal ».

 

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 Autour de la « pyramide sous le lierre », se déploient de fiers palmiers, des fleurs des champs et des totems, dressés par les jardiniers du parc, en hommage aux six continents.

 

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Une jolie girouette et un petit moulin à vent complètent l'ensemble.

 

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Ces palmiers luxuriants dominent les rues pavées, traversées par des rails sur lesquels circulaient autrefois les wagons chargés de précieux tonneaux de vin de Bourgogne et de Bordeaux.

 

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L'Été, la Terre, le Noir

 

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Associée à un petit labyrinthe de buis et à un jardin des senteurs, la roseraie est un des lieux les plus intimes et les plus élégants du parc. Couleur alchimique de la terre, le noir évoque ici les profondeurs fertiles du sol d'où émerge la vie, en ses velours d'été.

 

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 La rose, symbole de l'hédonisme, héroïne des cantiques mystérieux.

 

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 Délicat et puissant hommage des poètes à la beauté, à la jeunesse ravie aux griffes de la mort...

 

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 Suzeraine des vergers du Paradis.

 

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 Corbeille de félicité, écrin pour les métamorphoses de la lumière.

 

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 Rose d'aurore ou rose d'automne qui accueille en ses pétales la mémoire et les pensées de ceux qui furent...

 

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 Étoile ou calice des Innocents...

 

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 Née du sang d'Adonis (le seigneur de la végétation) ou fille de Cypris (Vénus) et des caresses de l'Amour.

 

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 Rose de Saadi ou d'Ispahan dont le baiser de feu emporte toute raison...

 

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 Muse des plaisirs des sens et de l'éveil spirituel.

 

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Les amoureux, les rêveurs, les poètes, les initiés... goûtent ses parfums suaves et ses textures soyeuses ou veloutées.

 

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Au centre du parc, à côté de la roseraie, se dresse la Maison du Jardinage.

 

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Cet ancien bureau de perception des taxes est devenu un lieu incontournable pour les jardiniers de Paris. On y trouve une bibliothèque spécialisée dans l'art de jardiner, des herbiers, une serre et de précieux conseils.

 

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Les jardiniers du parc y organisent des ateliers pour que les visiteurs mettent en pratique ce qu'ils ont appris à la Maison du Lac, dans le Jardin Romantique.

 

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L'Automne, le Feu, le Rouge

 

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La partie du parc consacrée à l'automne s'organise autour de cette haute cheminée de briques rouges que je vous ai déjà présentée.

 

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Ces belles grappes évoquent le commerce du vin à Bercy et les nombreux métiers qui s'y trouvaient associés, comme en témoigne l'ancien chai conservé en bordure du potager pédagogique.

 

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Le verger, bordé par l'orangerie, nous offre ses joyaux sucrés.

 

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Ces « fruits d'or » rappellent la vogue des orangeries dans l'Italie de la Renaissance et la France des XVIIe et XVIIIe siècles. Si vous désirez approfondir le sujet, vous pouvez consulter mon article intitulé Les trésors de l'Orangerie Chapitre Un.

 

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L'Hiver, l'Air, le Blanc

 

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L'hiver est représenté par une construction appelée « Pavillon du Vent ». De hauts piliers de béton, destinés à entrer en résonance avec les humeurs de l'air, encadrent des instruments de mesure servant à étudier la vitesse de certains courants aériens.

 

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 Cette installation moderne est aussi un hommage aux très anciens cercles de pierre où nos Ancêtres célébraient les esprits et les dieux.

 

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Le Parc de Bercy n'a pas fini de nous enchanter. On a beau s'y être promené de nombreuses fois, il continue de nous dévoiler ses visages plus secrets. Témoin vivant et évolutif d'une rencontre entre la création contemporaine et les constructions du passé, il rend hommage au travail des jardiniers qui, sans relâche, font vivre l'espace au rythme des saisons, conscients qu'une profonde sagesse naît de l'observation subtile des cycles de la Nature...

 

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Je vous donne rendez-vous dans quelques jours afin de poursuivre notre « aventure » dans les méandres verts de Bercy.

 

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Gros bisous!

Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #bercy, #eau, #maison, #nenuphar, #paris

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Butine, ensorcelée, la couleur de l'instant

Fouille l'or et la soie, la rosée et l'encens

Corsetée de mystère au velours d'un regard

Souffle dans la lumière ton feu de nectar...

 

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Je vous ai présenté, il y a quelques semaines, l'histoire des vignes et du château de Bercy. Je suis ravie de vous retrouver dans le parc qui en perpétue le souvenir, à quelques encablures de la Seine, dans le 12e arrondissement de Paris. Au tout début du mois de septembre, alors que les raisins se délectaient à mûrir dans la lumière dorée, le jardin s'est paré de tons et de reflets merveilleux.

 

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Entre 1993 et 1997, les architectes Bernard Huet, Madeleine Ferrand, Jean-Pierre Feugas et Bernard Leroy, assistés des paysagistes Philippe Raguin et Ian Le Caisne, ont réalisé, entre les pavillons de Cour Saint-Émilion et le Palais Omnisports de Paris Bercy, un ensemble de trois jardins spécifiques.

 

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Notre flânerie commence dans le « Jardin Romantique » dont la végétation évoque les parcs à l'anglaise, à proximité des anciens chais qui témoignent de l'âge d'or du négoce du vin.

 

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Nous voici devant la Maison du Lac, ancien poste de garde des entrepôts, qui se contemple dans un miroir dormant. Les gardiens veillaient à ce que les habitants de Bercy ne récupèrent pas, à la nuit tombée, plus de vin qu'ils n'étaient autorisés à collecter chaque jour soit dix litres par personne!!!

 

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Sur cette photo datée de 1900, vous apercevez la grille d'entrée des entrepôts et la maison des gardiens dans le fond.

 

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Elle accueille aujourd'hui des expositions consacrées à l'art des jardins. L'eau et les arbres (cèdres du Liban, pins de Corse, arbres aux quarante écus, bouleaux, saules, chênes, liquidambars) composent tout autour une romantique scénographie.

 

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« L'Oeil... Tout l'Univers est en lui, puisqu'il voit, puisqu'il reflète. » Guy de Maupassant (1850-1893), Le Horla (1886-1887).

 

Dans les spires de l'eau, fusionnent l'ombre et l'instant soyeux, les lignes vives et les ondulations mystérieuses. Aimantée par les sortilèges aquatiques et les mues chatoyantes du paysage, je songe à la riche histoire des lieux...

 

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On a retrouvé, à proximité de cette jolie bâtisse, des vestiges de l'ancien village néolithique de Bercy, vestiges que l'on peut admirer au musée Carnavalet.

 

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Le minutieux travail des archéologues exhumant de la grève sableuse l'une des pirogues monoxyles en bois de chêne. Crédit photographique INRAP (Iconothèque de l'Institut National de recherche archéologique préventive.)

 

Des fouilles ont été menées à Bercy en 1990, en 1991, en 1992 et en 1996, afin de mettre au jour les restes d'un village installé sur les berges de la Seine depuis l'époque néolithique (4500-2000 avant J.-C.). Dans le cadre du « Projet Archéo 2000 », les objets collectés ont été installés dans l'ancienne Orangerie du musée Carnavalet.

 

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Outre les pirogues que j'ai présentées dans mon article consacré aux vignes de Bercy, un arc de chasseur en bois d'if, datant de la période de Cerny (4600-4400 avant J.-C.), a été retrouvé. Il s'agit vraisemblablement du plus ancien arc conservé dans sa totalité. Taillé dans un if âgé de plus de 50 ans, il permettait de tirer des flèches d'environ 68 centimètres de long.

 

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Moulage et reconstitution de l'arc d'après l'original. Ce travail a été accompli par Mr Blaise Fontannaz, facteur d'arc, spécialisé dans l'archerie traditionnelle.

 

Situé sur la rive gauche de la Seine, à l'emplacement d'un ancien chenal, le gisement archéologique de Bercy a dévoilé des milliers d'objets de la vie quotidienne: outils de pierre, de silex et d'os, haches et meules de pierre, statuettes, céramiques décorées, figurines en bois de cervidé, ossements de poissons, de sangliers et de petits carnassiers...

 

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De nombreuses coupes à socle datant du Chasséen (vers 4200 avant J.-C.), aux parois hachurées et ornées de motifs en damier et en losanges, ont été retrouvées dans la partie supérieure de l'ancien chenal, au-dessus des vestiges de l'époque de Cerny.

 

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Cette hache en silex poli date du néolithique final (2700-2200 avant J.-C.). Elle a été exhumée lors des fouilles de 1991.

 

Malgré les inondations périodiques qui ont obligé les habitants à reconstruire leurs maisons et à déplacer leur village au gré des caprices de l'eau et du ciel, les lieux ont été occupés pendant près de trois mille ans.

 

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L'eau continue d'occuper une place très importante à Bercy où elle donne à certaines parties du jardin des allures de cité lacustre.

 

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En face de la Maison du Lac, sur un îlot dominant un tapis de nénuphars, se dresse une fascinante sculpture contemporaine: la dixième des vingt « Demeures » réalisées par l'artiste contemporain Étienne-Martin en 1968. (Le trait d'union entre Étienne et Martin n'est pas une coquille. L'artiste a choisi de le placer entre son prénom et son nom.)

 

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Divinité gardienne des cycles du temps, la Demeure 10 semble se nourrir des frissons de l'eau, des métamorphoses des couleurs, du souffle des éléments et des trilles des oiseaux. « Oeuvre-lieu » puissamment fantasmagorique, elle épelle de silencieuses sonorités vers les « mondes en contrebas ».

 

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Elle se dévoile à fleur d'eau, au-dessus d'un magma d'ombres vertes et de lacis de lumière.

 

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Corps enchevêtrés qui forment une maison-visage, émanation du ventre et de l'abri originels, la sculpture incarne le désir de se lover dans la hutte primordiale, la crypte matricielle du fond des âges et des eaux/os. « Elle s'enracine dans la nuit des réminiscences originelles; elle est à la fois l'idole caverneuse, l'infernale demeure et le vestige reconstitué, transposé en termes plastiques, des maisons des souvenirs de l'artiste. » Pierre Volboudt.

 

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Étienne-Martin (1913-1995) est né à Loriol, dans la Drôme. A l'âge de 16 ans, il s'est inscrit à l'École des Beaux-Arts de Lyon, et, après un apprentissage qualifié de « traditionnel », il a décidé d'étudier la sculpture, de 1934 à 1939, à l'Académie Ranson de Paris, auprès de Charles Malfray (1887-1940), maître sculpteur, tailleur de pierre et survivant des tranchées de Verdun.

 

La sculpture était pour lui quelque chose de profondément sensuel et matriciel, un art des creux, des gouffres et des cavités que l'on ne peut aborder autrement qu'avec le corps et en faisant appel à tous les sens.

 

Inspiré par les « spiritualités mystérieuses », il a travaillé, de 1951 à 1956, à un « Hommage à l'écrivain Howard Phillips Lovecraft » qui s'appelait initialement « le Grand Rythme ». Ce plâtre monumental n'existe plus mais le souvenir de ses structures alvéolées complexes perdure dans les anfractuosités des Demeures où s'entrelacent les cauchemars et les rêves.

 

H P Lovecraft (1890-1937) est un auteur américain rendu célèbre par ses récits fantastiques, oniriques, macabres, ses contes d'horreur et ses ouvrages de dark fantasy et de science-fiction. Un petit clin d'oeil aux aficionados du Necronomicon et du Mythe de Cthulhu...

 

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Étienne-Martin a commencé en 1954 la série des Demeures et a reçu en 1966 le grand prix de sculpture à la 33e Biennale de Venise. Il existe vingt Demeures de taille variée, réalisées chacune dans des matériaux différents. Elles le ramènent toutes à la maison natale de Loriol dont il dira: « Un jour, j’ai été obligé de me séparer de ma maison, là où j’étais né, et j’en ai été choqué et peiné. Mais elle est restée tellement présente en moi que j’ai eu le désir de l’explorer. (…) En travaillant sur ce thème, j’ai retrouvé la forme, la lumière, les gens, tout ce qui constituait l’âme de cette maison.»

 

« Construire, c'est pénétrer dans la matière, traverser l'épaisseur où se lovent les hantises originelles... »

 

Étienne-Martin aimait les sculptures d'Océanie aux cavités gorgées de « sacré », les tabernacles et les sculptures-tombeaux étrusques. Il était également fasciné par l'art égyptien monumental, les pyramides et les colosses d'Abou Simbel. Il invoquait sous ses doigts d'artiste ce qui naît, meurt et renaît dans la terre et le sable.

 

Il considérait le bois comme la matière primordiale et la pierre comme une source de résonances infinies. Les végétaux aux formes étranges, les fleurs séductrices et les plantes dotées de profondes racines l'inspiraient aussi.

 

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En contemplant les nénuphars gorgés de soleil qui s'épanouissent au pied de la Demeure X, on se détache doucement des bruits de la ville. Le regard caresse les délicats pétales blancs et les larges feuilles ovales, épaisses, cireuses et d'un vert satiné, qui flottent à la surface de l'eau.

 

Le nénuphar blanc ou nymphaea alba est une plante aquatique, originaire d'Inde, qui fleurit, de juin à août, dans les eaux calmes et les étangs d'Europe et d'Asie. Ses noms vernaculaires: « reine des lacs » « lys des étangs », « clef de Vénus », « rose ou lune d'eau »... témoignent de sa nature enchanteresse.

 

On l'appelle aussi « horloge des eaux » car il commence à se déployer à l'aube. A midi, il s'ouvre bien au-dessus de l'eau et à partir de quatre heures, il se referme lentement. Sa tige est un rhizome spongieux qui traverse les profondeurs de l'eau pour engendrer une multitude de petites racines. Son fruit gorgé de graines ressemble à une capsule de pavot.

 

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Les vertus du nénuphar sont connues depuis des temps très anciens. Le nom de cette « sorcière des eaux » vient du sanscrit « nilotpatan » ou « nipplupal » qui devint « nilufar » ou « ninûfar » en arabe et finalement « nénuphar ».

 

La mythologie grecque nous rapporte que le héros Hercule transforma en nénuphar une nymphe qui se consumait de passion pour lui.

 

Fleur sacrée, compagne des déesses indiennes, aimée pour ses nacres issues des « eaux primordiales » dans l'Égypte ancienne, elle devint l'un des motifs les plus utilisés dans l'Art Nouveau. Les maîtres ébénistes et verriers de l'École de Nancy déclinèrent ses formes poétiques à travers de nombreux matériaux.

 

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Le Nénuphar, 1898, par Alfons Mucha (1860-1939).

 

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Vitrail aux nénuphars de Jacques Grüber (1870-1936).

 

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Lampe nénuphar en pâte de verre et en bronze doré et ciselé, conçue par Louis Majorelle (1859-1926) et exécutée par la maison Daum en 1902.

 

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Lit aux nénuphars en acajou, bois d'amourette, marqueterie de bois précieux et bronze doré et ciselé, réalisé entre 1905 et 1909 par Louis Majorelle. On peut admirer ce chef-d'oeuvre au musée d'Orsay.

 

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Le nénuphar inspirait les artistes Art Nouveau en raison de la sensualité de ses formes mais dans l'Antiquité on l'utilisait pour réprimer le désir et dissiper les songes érotiques. A l'époque médiévale, on le qualifiait d'« herbe aux moines » ou de « plante aux moniales ». Son nom savant de « nymphaea » désigne la blancheur virginale de ses pétales consacrés aux nymphes et aux jeunes mariées.

 

Il existe aussi des nénuphars jaunes, roses ou tirant vers le fuchsia.

 

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Photo Aquatic Bezançon

 

L'onguent de nénuphar était jadis employé pour adoucir la peau, atténuer plaques et rougeurs et apaiser certaines inflammations.

 

Riche en tanins et en amidon, le rhizome était utilisé pour apprêter les cuirs, teindre les tissus en noir et fabriquer une farine dite « de disette ».

 

Dans le folklore de l'ancienne Europe, le nénuphar était réputé éloigner les esprits malfaisants, protéger les voyageurs et le bétail contre les animaux nuisibles et les créatures vampiriques de la nuit.

 

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 Il était aussi le gardien des petites fées...

 

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Le nénuphar, aquarelle de John Lafarge (1835-1910), peintre et maître verrier américain.

 

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Dans le Jardin Romantique de Bercy, on se laisse happer par le murmure du vent dans les hautes herbes et les chants d'oiseaux facétieux.

 

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Nous évoluons dans une utopie végétale qui reflète, entre désir de mémoire et soif de modernité, la passion de ses créateurs.

 

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L'eau verte serpente entre les hautes herbes et forme un gracieux petit étang.

 

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Les promeneurs et les oiseaux apprécient cette construction sur pilotis qui se dévoile avec élégance dans le paysage.

 

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Espace de rencontre, de rêverie ou de méditation à fleur d'eau...

 

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A la saison propice, les fleurs sont souveraines.

 

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Les roses trémières m'ont enchantée...

 

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Au bord de l'eau, palpite une végétation luxuriante où s'abritent de nombreux oiseaux.

 

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Poules d'eau, canards, et même un héron cendré s'ébattent joyeusement dans cet espace privilégié.

 

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Les poules d'eau (gallinula chloropus) se laissent approcher de plus en plus facilement.

 

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Les poules d'eau adolescentes, dont la couleur diffère avec celle de leurs parents, s'occupent des poussins avec beaucoup de soin.

 

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Mais qu'aperçois-je de bon matin, immobile comme une statue?

 

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Monsieur héron cendré, un grand oiseau gris, au port majestueux, doté de longues pattes grêles jaune grisâtre, d'un cou étiré et d'un grand bec jaune grisâtre en forme de poignard. Son ventre, le dessus de sa tête et son cou sont zébrés de noir. Il émet des cris rauques et perçants.

 

Le héron apprécie les zones humides peu profondes (étangs, marais, cours d'eau) et riches en nourriture. La nature de l'eau: douce, salée, saumâtre, vive ou dormante, lui importe peu. Redoutable chasseur, il peut rester appuyé, sur une seule patte, pendant des heures avant de fondre sur sa proie, de préférence des poissons, des anguilles et des batraciens. Il se nourrit aussi de petits rongeurs, d'insectes, de reptiles et de crustacés.

 

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Le héron cendre est devenu la mascotte de Bercy, mascotte à laquelle une jeune fille a donné le nom d'Henry. Il se régale des poissons rouges qui nagent dans les eaux calmes du parc et savoure aussi des carpes et des petits gardons.

 

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Étant donné la quantité de poissons qui s'offre en ces lieux, Henry n'est pas près de crier famine!

 

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Sources et bibliographie

 

«Les Demeures», ouvrage collectif, catalogue d'exposition, Éditions du Centre Pompidou, Paris, 1984

 

MULLER Joseph-Émile: L'art au XXe siècle. Paris:Larousse, 1967.

 

PESSARD Gustave: Nouveau dictionnaire historique de Paris. Paris: Lejay, 1904.

 

VALLIER Dora: L'art abstrait. Paris: le livre de poche, 1980.

 

VOLBOUDT Pierre: Étienne-Martin, revue du XXe siècle, numéro 39, décembre 1972, pages 130 à 132.

 

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Le Parc de Bercy nous réservant bien d'autres surprises, je vous donne rendez-vous dans quelques jours pour la suite de cette promenade. Je vous remercie de m'avoir accompagnée sur ces chemins buissonniers qui se fondent dans les méandres du temps...

 

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Avec mes amicales pensées, gros bisous!

Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #1910, #automne, #couleurs, #vers, #                        

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Hans Anderson Brendekilde (1857-1942), Le jardin japonais, vers 1900. Cet artiste danois, orienté vers le réalisme, excellait aussi à peindre les « effets d'atmosphère » et le rouge automnal.

 

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J'aime profondément l'Automne. La Nature nous conte ses couleurs précieuses tout en glissant vers le plus doux et mystérieux des sommeils, celui de l'Hiver. Laissons-nous happer par cette alchimie de sortilèges chauds et sucrés...

 

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Lucien Lévy-Dhurmer (1865-1953), artiste symboliste. Coup de vent, 1910.

 

                          Poésie d'Automne

                          Sous les platanes féeriques

                         Drapé dans sa robe de sang

                         Flamboyant et fantomatique

                         L'automne danse avec le vent

 

                         Feuilles d'or mat qui caracolent

                         Entre les ombres mélangées

                         Passe une rouge farandole

                         Au sillage étrange et sucré

 

                         Elle s'est enivrée de lumière

                         La nymphe des soirs mystérieux

                         L'été s'endort et si légère

                         Elle suit le cortège des dieux

 

                         Emportée par les mots sauvages

                         Et le temps qui pulse à rebours

                         Dans le crépitement volage

                         Des bacchanales de velours

 

                         Sous la pâlissante ramure

                         De la clairière au chant vermeil

                         La coupe des heures obscures

                         Aimante le feu du sommeil

 

                         Elle papillonne et s'aventure

                         Sur la mue rousse du chemin

                         L'automne dans sa chevelure

                         Souffle la pourpre et le carmin...

 

                                                   Cendrine

 

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Lucien Lévy-Dhurmer, Automne, vers 1900.

 

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Régalez-vous de mille et un trésors, de petits riens, d'instants voluptueux et de couleurs enfiévrées...

 

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De la rouille des marronniers à la soie rose et parme des dahlias, l'Automne s'enracine dans le paysage.

 

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Premières feuilles métamorphosées dans la lumière d'or... (Je n'ai pas « saturé » le bleu du ciel, les couleurs sont naturelles.)

 

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Enivrons-nous de cette éphémère beauté...

 

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Je vous souhaite un très bel Automne! Merci de votre fidélité...

 

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La feuille sur l'océan des rêves... (Illustration de Joséphine Wall.) Image20.gif

Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #fut, #historique, #loi, #monuments, #patrimoine

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Aux portes de l'équinoxe d'automne, alors que tourbillonnent les premières feuilles mordorées, les Journées du Patrimoine nous invitent à commémorer le centenaire de la loi du 31 décembre 1913, texte fondateur de la loi de protection des monuments historiques en France.

 Il s'agit d'un double anniversaire car, depuis trois décennies, les Journées européennes du Patrimoine sont une résonance de l'héritage transmis par la loi de 1913.

 

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Cette trentième édition a pour but de stimuler la volonté des citoyens de s'engager au nom de la sauvegarde du patrimoine. Elle fait aussi revivre les grandes dates de l'histoire de la préservation des monuments historiques.

 

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Le musée de Cluny photographié depuis le square Paul Painlevé.

 

Après la Révolution Française, des intellectuels, des hommes politiques et des citoyens prirent conscience de l'importance du patrimoine dont ils avaient hérité. Cette « révélation » se nourrissait du sentiment d'appartenance à la Nation.

 

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Les premières initiatives de protection des monuments historiques furent mises en place sous la Monarchie de Juillet mais il faut saluer des initiatives plus anciennes comme celle d'Alexandre Lenoir (1761-1839), médiéviste amateur qui fut témoin de la destruction des tombeaux royaux de la basilique Saint-Denis, décrétée par la Convention, le 1er août 1793.

 

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Portrait d'Alexandre Lenoir par Jacques-Louis David (1748-1825).

 

Il s'employa à lutter contre le vandalisme révolutionnaire et parvint à soustraire de nombreuses oeuvres à la fureur populaire en les installant dans la cour de l'ancien cloître du couvent des Petits-Augustins (actuelle école des Beaux-Arts). En 1795, il ouvrit au public le Musée des monuments français, qu'il administra pendant une trentaine d'années. Son courage et sa ténacité nous permettent de contempler aujourd'hui des vestiges fondamentaux de notre histoire.

 

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Pendant la Monarchie de Juillet, naquit une « conscience patrimoniale » qui permit de sauver de nombreux édifices endommagés par le temps.

 

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La Monarchie de Juillet (1830-1848) est le régime monarchique constitutionnel instauré en France après les Trois Glorieuses, soit après les journées des 27, 28, 29 juillet 1830 qui firent tomber Charles X de Bourbon au profit de Louis-Philippe Ier d'Orléans. Le tableau décrit les combats sur le Pont-Neuf et l'attaque du Louvre pendant la journée du 29 juillet 1830. Cette oeuvre, issue de l'école française de la première moitié du XIXe siècle, est conservée au musée Carnavalet.

 

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Eugène Delacroix (1798-1863), La Liberté guidant le peuple, 1830.

 

L'oeuvre magistrale de Delacroix traduit, avec une fougue romantique et un fascinant réalisme, les évènements qui précipitèrent l'avènement de la Monarchie de Juillet. Résolument novatrice, la composition met en scène l'allégorie de la Liberté qui franchit les barricades pour guider le peuple, après la remise en cause des acquis de la Révolution de 1789 par Charles X et son très impopulaire ministre, le Prince de Polignac.

 

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La structure pyramidale de l'oeuvre exalte la puissance de l'assaut final. La Liberté guide la foule, dans un fracas de poussière, vers le camp adverse. Elle est à la fois déesse, fille du peuple et incarnation de la Révolution de 1789. Coiffée du bonnet phrygien, elle arbore un habit jaune qui laisse apercevoir sa poitrine tout en rappelant subtilement les drapés antiques. Elle brandit de la main droite le drapeau de la révolte et tient dans la main gauche un fusil, modèle 1816.

 

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Sa silhouette de Victoire antique, à la forte et sensuelle musculature, se découpe sur un panache de fumée. Le drapeau, qui ondule comme une flamme, attire le regard du spectateur vers la toile rouge, imprégnée d'une lumière de sang.

 

Delacroix a particulièrement soigné la description des personnages qui l'entourent et notamment les gamins de Paris, forces vives de la ville et du nouvel âge qui s'annonce.

 

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Celui qui se tient à sa gauche, du côté du fusil, exhorte par un cri les insurgés à poursuivre le combat. Il symbolise la jeunesse révoltée par l'injustice et annonce, avec son béret de velours noir, le personnage de Gavroche que l'on trouvera dans les Misérables de Victor Hugo trente ans plus tard. Il porte une giberne en bandoulière (boîte recouverte de cuir dans laquelle les soldats plaçaient les cartouches et différents objets pour l'entretien des armes) et brandit un pistolet de cavalerie dans chaque main.

 

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De l'autre côté du tableau se dresse un ouvrier manufacturier, coiffé d'un béret et vêtu d'un pantalon à pont (ou pantalon de marine) et d'un tablier. Il arbore la cocarde blanche des monarchistes et le nœud rouge des libéraux. Il brandit un sabre des compagnies d’élite d’infanterie, modèle 1816, ou briquet. Le pistolet qu'il tient à la ceinture est retenu par un foulard qui symbolise le mouchoir rouge de Cholet, barré de raies blanches, évoquant le souvenir du sang des Vendéens.

 

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A côté de lui, apparaît un homme coiffé d'un chapeau haut de forme. Agenouillé sur les corps, il est vêtu d'une veste noire et d'un pantalon large tenu par une ceinture de flanelle rouge. Il brandit une arme de chasse appelée tromblon, à deux canons parallèles. Certains critiques d'art ont cru reconnaître en lui le visage de Delacroix ou d’un de ses amis.

 

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Aux pieds de la Liberté, un homme au foulard noué sur la tête, ensanglanté, parvient à réunir ses forces pour se redresser. Sa chemise bleue et sa ceinture rouge font écho aux couleurs du drapeau.

 

Au premier plan, se trouvent des cadavres de soldats et au fond de l'image, des étudiants, dont un polytechnicien au bicorne bonapartiste.

 

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Le paysage est un personnage à part entière du tableau. Nous apercevons les tours de Notre-Dame qui percent le panache de fumée et la lumière du soleil couchant. Les constructions situées entre la cathédrale et le fleuve sont issues de l'imagination de l'artiste.

 

L'oeuvre de Delacroix symbolise tout autant la révolution citoyenne que la révolution picturale moderne et romantique. Mais elle fut rejetée par la critique et dut attendre pour connaître la célébrité qu'on lui connaît.

 

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Elle entra en 1863 au musée du Luxembourg et fut transférée au Louvre en 1874. Entre 1978 et 1995, elle illustra les billets de cent francs.

 

Depuis décembre 2012, elle est exposée dans l'exposition La Galerie du Temps au Louvre-Lens.

 

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C'est sous la Monarchie de Juillet que se mirent en place, grâce au ministre François Guizot (1787-1874) et aux inspecteurs généraux Prosper Mérimée (1803-1870) et Ludovic Vitet (1802-1873), les premières mesures de protection légale des monuments historiques.

 

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Portrait de François Guizot, homme d'État et historien, par Jehan Georges Vibert (1840-1902), au musée national du château de Versailles.

 

L'«ère Guizot» fut celle des « lois d'affaires » qui favorisèrent l'essor de la haute bourgeoisie et l'expansion industrielle de la France, en grande partie grâce au développement du chemin de fer.

 

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Portrait de Prosper Mérimée par Simon Jacques Rochart (1788-1872), conservé au Musée Carnavalet, Paris.

 

Écrivain de renom, grand voyageur, ami de la famille impériale, inspecteur général des monuments historiques puis sénateur, il fut à l'origine d'une politique de consolidation et de restauration active de grands édifices.

 

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On aperçoit sur ces photographies, signées Séraphin-Médéric Mieusement (1840-1905), le démontage des maçonneries du déambulatoire de la Cathédrale de Sées, dans l'Orne, vers 1850, en vue d'une restauration. (Crédit photographique: Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.)

 

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Ludovic Vitet (1802-1873) obtint, auprès du ministre François Guizot, la création et le poste d'inspecteur général des monuments historiques, rattaché au ministère de l'Intérieur. Il effectua plusieurs voyages en France pour répertorier les monuments, les musées, les bibliothèques, les archives et les écoles d'enseignement artistique. Le rapport qu'il écrivit en 1831 fut utilisé par Victor Hugo quand ce dernier publia sa « Guerre aux démolisseurs », en 1832.

 

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Vitet était un grand érudit, président de la commission des Monuments historiques, créée à son initiative, jusqu'en 1848. Il entretint avec Mérimée une relation épistolaire. Il fut membre de l'Académie Française et député.

 

Après les troubles de la Commune et une courte période d'emprisonnement, il fut réélu député et devint le rapporteur de la loi du député Rivet qui institua la Troisième République. Il retrouva sa place de président de la Commission des monuments historiques.

 

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Salamandre photographiée dans le square Léopold Achille, à proximité du musée Carnavalet. Ce vestige d'un hôtel particulier de la Renaissance a été préservé grâce à la politique instituée sous la Monarchie de Juillet.

 

Grâce aux nombreuses publications de Ludovic Vitet, des listes de monuments majeurs, classés par ordre d'importance, virent le jour entre 1842 et 1875.

 

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En 1825, Victor Hugo (1802-1885) écrivit « Il faut arrêter le marteau qui mutile la face du pays. Une loi suffirait; qu’on la fasse!

 

Quels que soient les droits de la propriété, la destruction d’un édifice historique et monumental ne doit pas être permise à ces ignobles spéculateurs que leur intérêt aveugle sur leur honneur; misérables hommes, et si imbéciles, qu’ils ne comprennent même pas qu’ils sont des barbares ! Il y a deux choses dans un édifice, son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde; c’est donc dépasser son droit que de la détruire. »

 

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Le roman Notre-Dame de Paris, publié en 1831, se présenta comme un manifeste en faveur de la sauvegarde des monuments anciens. Nous contemplons ici la reproduction de la première page du manuscrit. L'original est conservé à la BNF.

 

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Vue sur le chevet de la cathédrale depuis le quai d'Orléans, en bordure de l'Île Saint-Louis.

 

« En attendant les monuments nouveaux, conservons les monuments anciens. Inspirons, s'il est possible, à la nation l'amour de l'architecture nationale. C'est là, un des buts principaux de ce livre. » écrivit-il dans sa préface de 1831. Deux ans plus tard parut sa Lettre sur le vandalisme en France.

 

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A son initiative, la première loi française sur les monuments historiques fut adoptée le 30 mars 1887 mais comme elle ne fut pas jugée véritablement « satisfaisante », elle vit son contenu évoluer pour donner naissance à la loi du 31 décembre 1913.

 

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Portrait de Victor Hugo, vers 1884, par Nadar (alias Gaspard-Félix Tournachon, 1820-1910).

 

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A cause de la première Guerre Mondiale, le décret d'application de la loi ne fut adopté que le 18 mars 1924.

 

Il fallut intervenir auprès de monuments classés et très endommagés comme la cathédrale de Reims et intégrer à la liste des monuments répertoriés les monuments commémoratifs, les stèles individuelles et collectives, les cimetières militaires et même les champs de bataille.

 

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La cathédrale de Reims avec les ruines de la rue de Vesle au premier plan. Photographie de. J. J. Moreau © Archives Larousse.

 

Pendant la seconde guerre mondiale, il y eut plusieurs arrêtés de classement destinés à placer des biens sous la protection de l'article 56 de la Convention de La Haye afin d'éviter la réquisition et la destruction de nombreuses oeuvres. Mais comme en vertu d'une loi promulguée par le Gouvernement de Vichy, le 11 octobre 1941, les statues métalliques non ferreuses devaient être fondues, les allemands firent disparaître de nombreuses sculptures dans les jardins et sur les places de Paris.

 

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Dans ce contexte, la statue du Général Thomas Alexandre Dumas (1762-1806) qui se dressait autrefois sur la place du Général Catroux, dans le 17e arrondissement de Paris, fut détruite par les allemands en 1942. Vous pouvez retrouver son histoire dans un des premiers articles paru sur mon blog et intitulé Flânerie dans la rue Georges Berger.

 

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Le 25 février 1943, sous le Gouvernement de Vichy, une loi de « visibilité » des monuments historiques offrit un rôle majeur aux architectes des Bâtiments de France, chargés de s'assurer que les travaux effectués près des monuments classés et inscrits ne puissent endommager ces derniers.

 

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Trois ministres s'illustrèrent, pendant la seconde moitié du XXe siècle, en matière de reconnaissance de l'architecture moderne: André Malraux (1901-1976), Michel Guy (1927-1990) et Jack Lang, né en 1939.

 

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Le premier immeuble du XXe siècle à être classé, en dehors des bâtiments liés aux conflits mondiaux, fut le théâtre des Champs-Elysées, en 1957.

 

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Ce théâtre fut construit en 1911, dans un style mixte classique et art déco, par Auguste Perret (1874-1954), assisté de ses frères Claude et Gustave. Perret fut l'un des premiers entrepreneurs à utiliser le béton armé dans la construction.

 

La façade, recouverte de marbre blanc, présente des bas-reliefs d'Antoine Bourdelle (1861-1929) qui ont pour thème l'histoire des Muses et d'Apollon.

 

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La Danse, 1912.

 

Bourdelle représente ici la célèbre danseuse Isadora Duncan (1878-1927), morte étranglée par un foulard qui s'entortilla dans les rayons de la roue d'une voiture en marche.

 

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Portrait d'André Malraux (1901-1976).

 

Le 4 octobre 1962, la loi dite « Malraux » sur les secteurs sauvegardés a mis en lumière une vision nouvelle du patrimoine consistant à classer des ensembles urbains comme ceux de Lyon (1962), de Besançon (1964), de Sarlat-la-Canéda (1964) et de Saint-Germain-en-Laye (1964).

 

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La loi du 8 janvier 1993 a créé des zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager. Elle a été renforcée par la loi dite « Grenelle II » du 12 juillet 2010.

 

L'attention se porte désormais vers de « nouvelles catégories de biens » comme les chemins de fer et leur histoire complexe et mouvementée; les usines, les châteaux d'eau, les mines, les véhicules hippomobiles, les machines de construction, les voitures et les avions.

 

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Cette photographie montre une automotrice Rowan de la Compagnie Générale des Omnibus au terminus de la ligne TK, devant le Louvre. Ces automotrices furent conçues par l'ingénieur anglais Rowan et essayées à Copenhague en 1875. Elle apparurent à Paris en 1889, pour l'Exposition universelle, et furent utilisées à Lyon et Tours. Elles circulèrent à Paris jusqu'au 15 novembre 1913.

 

Les années 1990 ont été marquées par des débats sur le « patrimoine culturel immatériel de l'humanité », débats qui ont abouti, le 17 octobre 2003, à la Convention de l'UNESCO pour la sauvegarde de ce patrimoine particulier. Cette Convention a été ratifiée par la France en 2006. Ainsi, des pratiques et des savoir-faire comme la tapisserie d'Aubusson, le Fest-noz breton ou le Compagnonnage ont été inscrits en 2010 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

 

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L'éducation d'Apollon, d'après un carton de Charles Coypel (1694-1752). Tapisserie en laine et soie de la manufacture royale d'Aubusson, milieu du XVIIIe siècle.

 

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Enseigne des Compagnons du Devoir, place Saint-Gervais, dans le 4e arrondissement de Paris.

 

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A une époque où certaines mairies choisissent de détruire leur église ou les vestiges de certains châteaux sous prétexte que cela coûte trop cher de les conserver, n'oublions pas que nos villes et nos campagnes sont des musées à ciel ouvert. Les édifices anciens, qu'ils soient religieux on non, font partie intégrante du paysage et sont les réceptacles de l'histoire et de la vie de nos ancêtres.

 

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L'église Saint-Pierre Saint-Paul de Sarcelles, située près de chez moi. Je vous en reparlerai bientôt.

 

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Je vous souhaite de très belles journées du patrimoine. Réjouissez-vous, explorez les cours secrètes, les jardins archéologiques, les galeries qui serpentent sous la terre et les forteresses dans les nuages. Ouvrez les portes closes et pénétrez dans des cryptes façonnées par la ferveur des Hommes. Élevez votre regard vers les cimes célestes et contemplez le savoir-faire des bâtisseurs du patrimoine. Que vos pensées s'entrelacent avec les spires du temps...

 

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Vous pouvez retrouver le programme de ces belles journées à l'adresse suivante:

 www.journeesdupatrimoine.culture.fr

 

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Pour répondre aux ami(e)s qui me l'ont demandé, j'ai l'intention de retourner visiter le Palais du Luxembourg. J'avais exploré les salles de ce bâtiment magnifique, lors de précédentes Journées du Patrimoine, mais mon appareil photo avait un zoom moins puissant que mon appareil actuel.

 

Et de séduisantes découvertes s'annoncent ensuite...

 

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Je vous remercie pour les nombreux messages que vous m'avez envoyés à l'occasion du deuxième anniversaire de mon blog. Ils m'ont beaucoup touchée.

 

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Avec mon amitié, ce petit panier de roses...

Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #clef, #deux, #mot, #paris, #temps

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Charles Wysocki (1928-2002), illustrateur américain.

 

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Deux années se sont écoulées depuis la création de mon blog. Fidèles lectrices et lecteurs, depuis septembre 2011, la passion m'a emportée. J'ai fait de bien jolies rencontres et l'amitié s'est épanouie comme une rose dans la lumière d'été.

 

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(Somptueuse rose « Madame Delbard », photographiée cet été dans le square Saint-Gilles Grand Veneur qui fera l'objet d'un prochain article.)

 

Les liens tissés, entre le virtuel et la réalité, nous ont permis de nous connaître davantage alors je vous remercie, vous qui déposez dans mon univers les couleurs de vos émotions. Merci pour votre constance et votre sensibilité!

 

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Je me réjouis de vous montrer Paris au fil de mes articles, Paris en lettres capitales, aimant pour les avancées majeures et les bouleversements de l'Histoire, entité tentaculaire étirant toujours plus haut ses constructions anciennes et futuristes... Ville mythique dont les charmes se déclinent à travers le maillage du Temps, riche de ses constructions éclectiques, de ses allées triomphales et de ses squares enivrés de verdure qui protègent des bulles d'intimité.

 

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Entre lieux intimistes et monuments connus, Paris nous enchante et nous attire sur ses chemins buissonniers. Ce ne sont pas les gargouilles de Notre-Dame, perchées dans les couleurs du temps, avec une vue imprenable sur les mystères de l'Île de la Cité, qui me contrediront!

 

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Au rythme des saisons, laisser caracoler ma plume dans les méandres de Paris est un bonheur toujours renouvelé.

 

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Paris est une flamme dont l'intensité ne faiblit jamais, une boîte à trésors qui nous laisse de temps à autre entrevoir la clef des secrets...

 

Deux bougies pour Ma Plume Fée dans Paris!

Ce matin-là, je me suis arrêtée devant la porte d'un immeuble Belle-Époque, situé vers le milieu de la rue Saint-Jacques, probablement la plus ancienne voie religieuse et commerciale de Paris, empruntée par les nombreux pèlerins qui se rendaient à Compostelle.

 Je ne me souviens plus du numéro. D'habitude, c'est ce que je note en premier dans mon carnet mais ce jour-là, deux angelots aux gestes ésotériques ont investi mes pensées.

 Le premier me regardait en tenant une clef.

 

Deux bougies pour Ma Plume Fée dans Paris!

 

 

Deux bougies pour Ma Plume Fée dans Paris!

L'autre, avec son doigt sur la bouche, reprenait l'attitude d'Harpocrate, le dieu du silence et semblait me prévenir que commençait ici le royaume des secrets.

 

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 Son geste imposait la discrétion et stimulait la curiosité, de même que la petite enveloppe qu'il brandissait de la main droite.

 

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 Mais c'est la clef qui a aimanté mon attention.

Clef de la ville ou des champs, des songes perdus dans le frisson des nuées, clef de l'intrigue ou clef de voûte étoilée...

Clef de sol, d'ut ou de fa tissée sur les fils de l'arc-en-ciel, clef des plaisirs défendus, des sortilèges et des initiés... Le mot « clef » me séduit par son bruit d'eau vive et son ancienne graphie, réminiscence des cours de grammaire historique où le langage, à travers ses strates ambivalentes, devenait code et cryptex pour des esprits bouillonnants de sève.

Le « f », la lettre qui ne se prononce plus, évoque irrémédiablement le mystère, celui qu'on a voulu gommer par une subtile opération d'alchimie linguistique mais l'angelot n'a pas oublié les étapes de la transformation du mot.

Il y eut le latin « clavis » signifiant « clef, loquet, instrument de métal servant à ouvrir et à serrer » et sa variante « clavus », le « clou ».

Il y eut la serrure primitive, constituée d'une cheville ou d'un clou glissé dans un anneau et la barre métallique utilisée pour ouvrir une porte. Par extension, la clef devint le code nécessaire pour déchiffrer un texte. L'idée de fermeture et de secret est omniprésente dans ses dérivés: clavicule, conclave, cheville...

Suspendue aux lèvres du mystère, la clef active un balancier entre la mort et la vie, la fin et le commencement. Au Moyen-âge, elle fut l'instrument qui servait à tendre la corde d'une arbalète et l'outil permettant de calculer la date des fêtes mobiles, fêtes lunaires au parfum de paganisme enfiévré.

Bijou et amulette, elle fut et demeure le charme d'amour enfoncé dans la serrure du coeur, charme dont l'angelot connaît la puissance...

La clef de l'harmonie, sur la portée du silence, qui nous invite à suspendre nos mouvements erratiques et à contempler, dans les ombres et les patines du temps, une parcelle d'Or Universel.

 

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A nouveau, ami(e)s lectrices et lecteurs, je vous remercie pour ces deux années écoulées et je vous donne rendez-vous, dans quelques jours, pour la suite de notre promenade au parc de Bercy.

 

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 Avec mon amitié!

Plume

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