

A l'angle de la rue Cler et de la rue de Grenelle, au numéro 23, dans le 7e arrondissement de Paris, on découvre un bâtiment sobre et puissant, doté d'un bien joli décor. Construit en 1911, il abrite le Café Roussillon.

Plusieurs zones d'ombre entourent la création de cet immeuble. Le nom de l'architecte et celui du sculpteur n'apparaissent pas et la peau d'ombellifères luxuriante où se lovent des figures de femmes et d'enfants revêt un charme énigmatique.




Cette broderie invite le promeneur à suspendre le cours de sa marche.

Femmes et enfants se lovent parmi les feuilles et les fleurs d'une forêt imaginaire.





Les ornements floraux épousent les lignes structurelles du bâtiment et créent une forme d'enchantement entre ombre et lumière.

Le motif des ombellifères est récurrent dans l'Art Nouveau mais on le rencontre plus souvent sur les vases et les ouvrages de marqueterie que dans l'architecture.

Aquarelle « Ombellifères » de l'atelier d'Émile Gallé (1846-1904), Musée d'Orsay.

La porte d'entrée est décorée d'un magnifique motif en fer forgé sur le thème de l'ombelle.


Après cette halte devant le Café Roussillon, il suffit de traverser la rue de Grenelle pour s'engager dans la partie piétonne de la rue Cler.
J'ai déjà emmené certains lecteurs en promenade, via mon blog, dans cette rue semi-piétonne du 7e arrondissement de Paris mais c'était au tout début de mon aventure sur la toile. Bordée, sur sa moitié, par des commerces et des restaurants, la rue Cler s'insère dans ce qu'on appelait autrefois « le bourg du Gros-Caillou »et rencontre la rue du Champ-de-Mars, la rue Saint-Dominique et la rue de Grenelle. Elle s'achève, vers le sud, au niveau de l'avenue de la Motte-Picquet.



Au numéro 36, on admire cette jolie porte dont le décor évoque Héloïse et Abélard, amants tragiques et passionnés.

Ancienne « rue Neuve-de-l'Église » puis « rue de l'Église », la rue Cler changea de nom en 1864, pour rendre hommage au Général Jean Joseph Gustave Cler (1814-1859), vainqueur de l'Alma et tué à la bataille de Magenta. Photo ci-dessus.

Le Bourg du Gros-Caillou
Ce quartier fort agréable, à la fois huppé et populaire, se situe à l'ouest du 7e arrondissement. L'une de ses originalités est d'avoir conservé, à différents endroits, l'apparence d'un village du XVIIIe siècle. Plusieurs rues ont gardé leur nom et leur tracé d'avant la Révolution et leur ancien pavement a été préservé.

La rue Cler vers 1900
Jusqu'au milieu du XVIIe siècle, une « garenne verdoyante » (garanella: grenelle) s'étendait à l'emplacement du quartier actuel. Elle était couverte de vignes et de prés, de vergers et de potagers. On y chassait la caille et le lièvre.
L'abbaye de Saint-Germain-des-Prés et l'abbaye de Sainte-Geneviève se partageaient la jouissance de cet espace luxuriant. La rue de Grenelle était appelée le « grand chemin des Vaches » et la rue Saint-Dominique, « rue aux Vaches » car les vaches du Faubourg Saint-Germain la remontaient pour aller paître dans le Pré aux Clercs.
L'église Saint-Pierre-du-Gros-Caillou se dresse au croisement des rues Cler et Saint-Dominique près de l'endroit où jadis, un gros caillou marquait la limite entre les terres des deux abbayes.

Cette église, conçue par l'architecte néo-classique Étienne-Hippolyte Godde (1781-1869), prend la forme d'une basilique romaine. Elle est précédée d'un péristyle dorique. Dans le fronton, une inscription latine fait référence à l'apôtre Pierre et à la pierre de bornage.

Ce « Gros-Caillou » était un énorme bloc alluvial qui servait de point de repère dans le paysage et délimitait la frontière entre les abbayes établies sur la plaine de Grenelle. D'après le géographe Charles Pomerol, le caillou aurait été détruit, avec des explosifs, en 1738 mais le nom de l'église a perpétué son souvenir.


De nombreux artisans s'établirent dans le quartier lorsque Louis XIV décida la construction de l'Hôtel des Invalides pour y loger les vétérans de l'armée. Des lavandières affluèrent pour blanchir le linge des anciens soldats. Elles exerçaient leur activité dans des blanchisseries flottantes, les bateaux-lavoirs. Sous l'impulsion des habitants du bourg, une église fut édifiée à partir de 1738, à l'extrémité de la rue Cler mais le bâtiment devint rapidement trop petit. L'édifice actuel fut construit, en majeure partie, entre 1822 et 1829.

Le bourg connut donc un formidable essor grâce à la proximité des Invalides. Entre 1786 et 1858, une pompe à feu monumentale, créée par les frères Périer, alimenta en eau le quartier du Gros-Caillou, l'École Militaire, les Invalides et le faubourg Saint-Germain.

A la fin du XVIIIe siècle, les « pompes à feu » remplacèrent les « pompes hydrauliques », du type de celle de la Samaritaine (mise en service sur le Pont-Neuf en 1608 à l'initiative d'Henri IV et du duc de Sully).

Vue de la « pompe à feu de Chaillot », prise depuis le Gros-Caillou. Le dessin est de Jean-Baptiste Lallemand. Source: Gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France.
La première pompe à feu fut installée à Chaillot, sur la rive droite, en 1781. En 1788, la pompe du Gros-Caillou fut mise en place sur la rive gauche (Quai d'Orsay).

La tour que l'on aperçoit mesurait 35 mètres de hauteur. Elle contenait un réservoir géant et desservait les différents quartiers grâce à d'imposantes machines à vapeur, fabriquées en Angleterre. Elle fut abandonnée en 1851.
Le port du Gros-Caillou fut aménagé pour transporter les matériaux nécessaires à la construction des Invalides. Il ne cessa de se développer, de la fin du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle. Anecdote intéressante, une école de natation fut créée, dans le port, en 1822. La première école de natation fut fondée à Paris, en 1785, par le sieur Turquin, l'inventeur des Bains Chinois (des cabinets de bains réputés hygiéniques) et le créateur de la première piscine (Piscine Deligny), en 1801, le long des berges du Quai d'Orsay.

En 1810, une manufacture de tabac fut implantée sur une vaste parcelle de terrain située dans la partie nord du bourg. Cette gravure, qui provient du site de la BNF, est de Joris Minne d'après une illustration de A. Jahandier.

Manufacture des Tabacs, 1905. Photographie de Jean-Eugène Durand, trouvée sur le site culture.gouv.fr.
Comme vous l'aurez compris, l'histoire de ce quartier est passionnante à explorer et je ne manquerai pas de vous en faire découvrir d'autres aspects, au fil du temps.
Petit clin d’œil à Isa-Marie et à son blog Grelinette et Cassolettes pour qui la rue Cler revêt une importance toute particulière...

Gros bisous et merci de votre fidélité...
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